Auteur : Edouard Levé
Date de saisie : 15/05/2008
Genre : Essais littéraires
Editeur : POL, Paris, France
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-84682-236-7
GENCOD : 9782846822367
Sorti le : 06/03/2008
Le personnage de Suicide reste énigmatique parce qu'il est presque isolé. Sa femme est une femme, ses parents, des parents, peu caractérisés ; on s'approche au plus près de cette impossibilité, le roman à un personnage. Ce qu'il a de passionnant, c'est, outre l'absence d'analyse, l'absence de jugement...
Levé était un écrivain de bonnes idées. Il les prenait dans son autre art. C'était un photographe conceptuel, et il en a transporté la rhétorique dans la littérature. Cela en fait le pendant de Sophie Calle, qui transporte le roman dans les arts plastiques. Ces mouvements d'un art à l'autre sont très utiles. Ils déplacent les vieux meubles, remplacent les rideaux mités, aèrent les pièces. Le nouveau n'est parfois qu'un ancien venu d'ailleurs.
Comment lire le texte posthume d'un homme qui, comme Edouard Levé, a décidé sa mort avec tant de soin : faire-part, testament, post-scriptum ou simplement texte de plus - le dernier ? C'est une question que pose et met en scène Suicide, manuscrit que l'écrivain et artiste rendit trois jours avant le sien...
A l'ami disparu, Levé pose également des questions : «Aimer quelqu'un à partir de sa mort, est-ce l'amitié ?» Sans doute, si le dialogue continue. Chemin faisant, il recense dans la vie du mort, dans les textes et lettres de lui qu'il a lus, les présages de sa fin : c'est la chronique d'une mort annoncée...
Levé parle de son ami, plus il semble parler de lui-même. Il rejoint peu à peu un éclaireur, un modèle, un double, lui déjà mort, préparant sa propre fin en réfléchissant celle de l'autre. Suicide devient un nouvel Autoportrait - aussi réussi, à sa façon, que le précédent. Il arrive d'ailleurs que Levé définisse son ami comme il se définissait lui-même.
Le récit de cette mort, des détails de l'instant à l'absence durable qui s'ensuivit, mais surtout la lecture de cette vie à l'aune de cette mort, ont ceci d'extrêmement troublant qu'on ne peut éviter d'y voir un dernier geste biographique, comme ses précédents livres (autres rouages d'un édifice parfait auquel il aura ajouté la dernière pièce d'une manière étrangement posthume) figuraient un portrait en creux...
Nul voeu d'amoralité pourtant dans ce récit lucide et honnête, mais la déclaration d'amour d'un homme à son ami perdu, dont chaque mot sonne juste, qui revêt les couleurs d'un pacte, d'un dialogue intime dont la beauté n'a d'égale que la quiétude.
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