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Lieux de naissance. Volume 1, Le pays d'avant

Couverture du livre Lieux de naissance. Volume 1, Le pays d'avant

Auteur : Raphaël Draï

Date de saisie : 16/05/2008

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Michalon, Paris, France

Prix : 25.00 € / 163.99 F

ISBN : 978-2-84186-433-1

GENCOD : 9782841864331

Sorti le : 21/02/2008


  • La présentation de l'éditeur

Nous sommes en Algérie avant les «événements», alors que la tension monte et que la violence s'immisce dans la vie quotidienne. Nous sommes plus précisément à Constantine, une ville au paysage tourmenté, penchée sur un roc coupé en deux. Image du destin ? C'est encore un pays d'enfance, une douceur de vivre, des acacias en fleurs, le miel de trois langues : le français, l'hébreu et l'arabe. Mais cela n'est que la toile de fond, vivante, fébrile, d'une véritable saga qui raconte la construction d'un homme pendant la destruction d'un pays. Tout le sel du livre est là, bouleversant, parce que c'est la vie même, la nôtre - avec les émotions, les désirs qui naissent, les rivalités, les échecs, les amours, les amis auxquels on s'attache ou qui vous lâchent, ces strates qui s'empilent les unes sur les autres; puis la guerre qui tue, l'Histoire qui gronde et réverbère les déchirements intimes du narrateur.
Et ce narrateur c'est Raphaël Draï, qui raconte au fil d'une plume magnifiquement poétique la façon dont on grandit, dont on se réalise, à tâtons, les cahots de la vie, ses naissances successives, ses bifurcations si brusques - les drames et les résurrections. Le pays d'avant est bien une biographie, celle du fait de vivre, mais au-delà de soi, pour chaque jour s'en étonner.

Raphaël Draï est professeur de droit et de science politique à l'université d'Aix-Marseille. Il a notamment publié aux Éditions Michalon Lettre ouverte au président Bouteflika et La Thora dans la collection «Le Bien commun».



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  • La revue de presse Roger-Pol Droit - Le Monde du 16 mai 2008

Premier volet d'un triptyque, Le Pays d'avant dépeint Constantine, ses moeurs et ses habitants, dans l'immédiat après-guerre, et la lente dislocation d'un monde qui finit par disparaître sans retour...
Ce qui frappe, dans ce récit émouvant qui fait aussi comprendre autrement les drames vécus et les enjeux de l'époque, c'est l'extraordinaire acuité des détails, la précision quasi photographique des scènes, parties de foot, séances de cinéma ou découverte du dessin. A cinquante ans de distance, les couleurs sont toujours vives, et toujours sonores les rires et les larmes. Vient finalement le temps du dernier autobus, de l'adieu à la jeune fille alors aimée, du départ sans retour. Et les premiers moments, déjà, de ce qui sera désormais le "pays d'après" où, quoi qu'on fasse, l'autre demeure toujours présent, vivant au coeur en silence. On aura compris combien le livre de Raphaël Draï, en racontant une histoire singulière, dit quelque chose d'universel.



  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

Actes de naissance

Chaque être humain naît pour la première fois à une date précise et en un lieu particulier. À ce titre, il est doté d'un état civil. Mais, en réalité, cette première naissance est suivie de beaucoup d'autres, à des dates différentes, dans d'autres lieux et dans d'autres circonstances. L'on vient au monde un jour, dans une rue, sous un ciel de telle couleur. Puis notre visage se configure de manière différente et nous apprenons à le reconnaître un autre jour, en un autre endroit, sous un ciel d'une autre couleur, porteur de bonheur ou gros de menaces. Puis notre corps rencontre un autre corps, doté d'un autre visage. Dès cet instant, là où cette rencontre s'est produite, d'amitié ou d'amour, nous naissons à la joie d'autrui et parfois aux peines qui la suivent. Surviennent les leçons de l'esprit et ainsi nous apprenons, sur la page d'un cahier ou en marge d'un grand texte, que l'esprit est dure interrogation, qu'il nous fait sortir de nos limites natives vers un ailleurs dont nous ne savons rien. Et lorsque l'histoire nous saisit, elle nous fait naître tout aussi durement à ses tumultes chaotiques, à ses liturgies démentielles, aux combats incessants de ses deux anges : l'ange de la vie et l'ange de la mort. Alors les jours et les ans nous prennent entiers et, sans égards pour ce que nous aurions construit, ils nous cassent et nous concassent. Et nous renaissons autant de fois que nous sommes éprouvés.
Ainsi se construit une vie dont nul ne saurait prédire le cours, tant l'histoire est énigmatique, tant le monde est incertain. L'essentiel est de ne pas perdre le fil...

Ce qu'il est convenu d'appeler mon extrait de naissance, auquel est attribué le numéro 455, comporte deux faces.
Au recto, se trouvent portées les mentions suivantes, en écriture manuscrite anglaise, penchée, sans doute rédigées à la plume Sergent-Major : «Le vingt-et-un mai 1942, à vingt heures, est né rue Damrémont, n° 26, Raphaël, Pierre, du sexe masculin, de Henri Draï, né le 24 août mil neuf cent dix-sept à Constantine, comptable et de Louise Simha Nakache, née le onze février mil neuf cent quinze à Constantine, sans profession, son épouse, domiciliés à Constantine.
Dressé le vingt-deux mai 1942 à dix heures cinq sur la déclaration du père.»

Ainsi tout serait dit sur mes date et lieu de naissance ? Certes, à moins d'omettre deux faits. D'abord, et contrairement aux apparences, je ne suis pas né français. À la date chronologique de ma naissance, le décret Crémieux qui avait érigé les juifs d'Algérie en citoyens français avait été abrogé par les ordonnances raciales du maréchal Pétain. Je suis donc né «sujet» apatride par contrainte. Le décret Crémieux ne sera rétabli par le général de Gaulle qu'après le débarquement allié en Afrique du Nord en novembre de cette même année. Si je suis français à présent, c'est à titre rétroactif. Précarité de l'identité. Allers et retours du temps historique et juridique. Je ne suis né français que quelques mois après ma date de naissance factuelle. J'ai été fait français.
Ensuite mes parents m'ont doté de deux prénoms. Raphaël est le prénom de mon grand-père paternel. Comme c'est l'usage dans les familles juives d'Algérie, le fils aîné recevait de son père le prénom du sien, afin que fût assurée la transmission du sens de ce prénom, soit, en langue hébraïque : «. Dieu guérit». Mon grand-père paternel est né, lui, le 25 décembre 1870, juste quelques mois après la promulgation du décret. Il est né pleinement français, un jour de fête chrétienne. Et il est né à Constantine, rue... Israël. En 1870, Constantine comportait déjà cet entrelacs de références.


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