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_ L'humanité au pluriel : la génétique et la question des races

Couverture du livre L'humanité au pluriel : la génétique et la question des races

Auteur : Bertrand Jordan

Date de saisie : 14/02/2008

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Science ouverte

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-02-096658-0

GENCOD : 9782020966580

Sorti le : 14/02/2008

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  • La présentation de l'éditeur

L'humanité au pluriel
Bertrand Jordan

Bertrand Jordan, biologiste moléculaire, auteur de plusieurs ouvrages sur la génétique et ses applications, a obtenu le prix Roberval en 2000 pour Les Imposteurs de la génétique et en 2007 le prix Jean Rostand pour Thérapie génique : espoir ou illusion ?

L'humanité est-elle séparée en races différentes ? Vérité i scientifique au XIXe siècle et durant une bonne partie du XXe, cette affirmation a été battue en brèche après la Seconde Guerre mondiale. Au cours des dernières décennies, la biologie a nié la pertinence même de la question, au motif que tous les humains auraient en commun 99,9 % de leur patrimoine génétique. Mais les avancées toutes récentes de la génétique nuancent cette affirmation. L'étude fine du génome humain montre l'existence de différenciations héréditaires stables qui, au-delà des seules apparences (couleur de peau, chevelure, etc.), rendent possible de remonter aux origines géographiques lointaines des individus, ou peuvent parfois expliquer leur vulnérabilité à certaines maladies.
Certes, les groupes ainsi repérés ont des limites floues, leur diversité interne est élevée, et aucun classement hiérarchique global ne peut être justifié à partir de ces éléments. Les «races», au sens classique du terme, n'existent effectivement pas. Néanmoins, la pluralité humaine, telle qu'on peut l'appréhender avec les techniques les plus modernes, est plus grande et plus subtile qu'on ne voulait le croire...





  • La revue de presse Jean-Yves Nau - Le Monde du 21 mars 2008

Il y a cinq mois, le généticien américain James Watson, Prix Nobel 1962 de médecine, faisait scandale en tenant publiquement des propos racistes. Il soutenait notamment qu'il existait des différences dans les capacités intellectuelles entre les Occidentaux blancs et les Africains noirs...
C'est sur ce dossier que revient le biologiste moléculaire Bertrand Jordan dans un ouvrage lucide et courageux. L'auteur observe qu'il n'existe pas de livres récents traitant, en langue française, de la question de la race, "terme qui semble quasiment tabou dans notre beau pays"...
L'auteur n'élude aucune des difficiles questions inhérentes à un tel sujet, qu'il s'agisse des variations de quotient intellectuel ou de performances musculaires selon la couleur de la peau. Et, dans le même temps, il parvient à démontrer que la science génétique ne fournit aucun argument aux thèses racistes.



  • Les premières lignes

Petite histoire des races et du racisme

Le terme «racisme» est aujourd'hui mis à toutes les sauces : on parle de racisme anti-jeunes, anti-obèses, et la publicité nous annonce même la naissance d'«une nouvelle race de magasins». En tant que doctrine prétendument rationnelle, le racisme est d'apparition récente : il n'a réellement émergé qu'à partir du XVIIIe siècle. La xénophobie est certes systématique au sein des groupes humains primitifs, et pour beaucoup d'entre eux le terme «homme» désigne uniquement un membre de la tribu : l'étranger est appelé «singe de terre», «oeuf de pou», quand il n'est pas considéré comme un «fantôme». Cette peur de l'autre, qui se transforme souvent en haine, est bien compréhensible au sein de populations isolées, en butte à une nature hostile et pour lesquelles tout être inconnu est a priori menaçant. Elle n'est pas raciste à proprement parler dans la mesure où elle ne considère pas l'humanité comme un tout divisé en races supérieures et inférieures. Les civilisations antiques, de l'Egypte à Rome, reconnaissaient, certes, différents types humains : Nubiens noirs, Syriens blancs ou Égyptiens «de souche» (qui se repré­sentaient en rouge sur leurs fresques). Pourtant, malgré leur système économique reposant souvent sur l'esclavage, elles ne se fondaient généralement pas sur l'apparence physique mais sur la naissance (au sens familial étroit) ou sur les hasards de la guerre pour définir l'appartenance d'un individu à la catégorie des hommes libres ou à celle des esclaves. Plus près de nous, la société de la Renaissance était moins homogène qu'on ne l'imagine souvent : Alexandre de Médicis, premier duc de Florence, était le fils de Jules de Médicis (qui devint plus tard le pape Clément VII) et de sa maîtresse africaine. Le langage et la religion étaient les éléments essentiels d'appartenance à la collectivité, l'origine géographique ne jouant qu'un rôle mineur.

Races humaines et racisme au siècle des Lumières

Le mot «race» est pour la première fois appliqué à des groupes humains dans un texte de 1684, dû au médecin montpelliérain François Bernier, qui avait fait de longs voyages en Inde, et distinguait dans ses écrits quatre grandes races correspondant aux quatre continents. En fait, le racisme moderne naît avec le siècle des Lumières, avec Voltaire, Rousseau et surtout, un peu plus tard, avec la révolution américaine et l'instauration de la première démocratie sur les terres du Nouveau Monde. Le paradoxe n'est qu'apparent. En effet, si l'on rejette la monarchie de droit divin, si l'on cherche au monde des explications rationnelles, si l'on affirme la primauté du libre arbitre, alors l'esclavage, la soumission de peuplades indigènes, l'exploitation à grande échelle des «Nègres», dont la traite fait la fortune de Bordeaux et de Nantes, deviennent affreux, inacceptables. À moins que...


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