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Le maintien de l'ordre : Jacques Barry

Couverture du livre Le maintien de l'ordre : Jacques Barry

Auteur : Bernard Collet

Préface : Didier Semin

Date de saisie : 20/02/2008

Genre : Arts

Editeur : J.-P. Huguet, Saint-Julien-Molin-Molette, Loire

Prix : 30.00 € / 196.79 F

ISBN : 978-2-35575-014-4

GENCOD : 9782355750144

Sorti le : 26/11/2007

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  • La dédicace de l'auteur

«La peinture est un art difficile pour exprimer des choses, on ne peut y faire passer, comme en écriture ou au cinéma, des sentiments. La peinture n'est pas un bon médium pour s'exprimer» me dit Jacques Barry.

Silences. Il y a autour de moi, posées contre les murs, retournées et empilées, des dizaines de toiles de tout format. Quelques-unes sont bien visibles, offertes au regard dans un parcours agréable pour celui qui les contemple, elles créent une atmosphère, on la devine changeante selon que Jacques Barry aura choisi de laisser voir certaines et pas d'autres, qu'il aura fait un choix entre des travaux récents ou bien simplement entre les toiles qui sauront guider une atmosphère, un peu comme le reflet de l'humeur du peintre.

Je m'étonne de cette phrase, venue au centre d'une conversation déjà entamée depuis plus d'une heure, dans cet atelier de Saint-Étienne où nous avons décidé de nous rencontrer.

Après ce silence il dit «mais tout cela parle de moi quand même !»

Nous nous sommes regardés. Beaucoup avait été dit.

Il y a en effet ce que la peinture dit d'elle-même et ce qu'elle dit de celui qui la fait, il y a ces «signes peints de Jacques Barry» comme les appelait Pierre Gaudibert, cet ensemble de signes, j'y vois un alphabet reconstruit de toutes pièces pour tenter cet impossible-là, exprimer des choses et des sentiments, j'y vois un langage approché avec humilité et doute, «nous sommes toujours étrangers dans notre propre langue» disait Deleuze, oui, il y a cette difficulté toujours à se tenir au plus près de ce que l'on veut dire, montrer, il y a ce questionnement permanent sur la raison véritable de ce que nous faisons, sur son utilité même, et Jacques Barry est au centre même de ces interrogations.

Toute son oeuvre montre un jeu difficile, ces animaux, ces personnages, ces fleurs, tous ces signes que nous finissons par «reconnaître» de lui sont beaucoup plus que des prétextes à peindre, à ne s'intéresser qu'à la peinture seule, à inscrire l'oeuvre dans le parcours rhétorique de l'histoire de l'art ; ils sont beaucoup plus que des formes récurrentes qui l'auraient aidé à se débarrasser du si contraignant sujet en peinture. Ces signes sont comme des mots d'une phrase écrite, une phrase que Jacques Barry a commencé à écrire il y a plus de vingt ans et qui, si nous prenons la peine de la lire avec attention, nous parlera de l'essentiel, du désir et de l'énergie, de notre façon de tenir debout au monde dans la fragilité ou l'enracinement, les pieds bien plantés sur le sol et la tête dans les nuages, nous parlera de ces ailes qui nous poussent parfois lorsque nous sommes pris d'enthousiasme et aussi de la pesanteur massive des choses qui nous résistent, oui, cette phrase nous parlera de nous.
...
Des ailes poussent à ceux qui se tiennent debout dans le flot de la rivière du temps, à ceux qui savent garder encore la tête dans les nuages. Il suffit de peindre, ou de marcher, oui de cette même façon que dans la marche on avance un pas devant l'autre, obstinément, de sa grande silhouette solide de montreur d'ours et sa fragilité de plume à la coiffe d'un Indien, avec la force d'un arbre immense mais «vert de peur» comme il le disait lors de son exposition à Vienne en 2002, oui, c'est ce que fait Jacques Barry, il se confronte à la peinture, aux problématiques essentielles de la représentation, il propose ce «maintien de l'ordre» fait des rapports naturels entre les couleurs et les formes, en prenant la suite d'une picturalité née dans les cavernes magdaléniennes, comme de toute éternité.

Bernard Collet



  • La présentation de l'éditeur

vivre comme si on était mort. idylle princière. naviguer comme une valise. l'univers du sommeil. problème d'eau dans les oreilles. cette tombe est l'une de mes préférées. les neiges éternelles. bohème ou militaire. popeline tex. le sol des oiseaux. on voit les sapins, denise. la fabrique de perchoirs. le soupir. votre nom ne figure pas sur la liste. je reviens de suite. ah ! tout de suite les grands mots. passer au milieu des flammes. le bras droit va dans la manche droite. un demi-miracle. saint Sébastien. figure. rajouter des ailes. figures. sylvie illico. tout est bien ici-bas. chacun porte le nom d'une étoile. comme ci, comme ça. demain que ferons-nous ? demain nous recommencerons. un meurtre réussi, c'est quand on a su se débarrasser du corps. la tête en bas, on ne fane pas. saint Sébastien. le secret du premier étage. placards et tiroirs. vous vous intéressez à votre avenir ? je vous remercie, de quoi ? de rien. on a frôlé l'émeute. l'employée du mois. tous mes voeux...





  • Les premières lignes

le pied de nez du tennisman repenti.
didier semin

J'ai connu, il y a tout juste un peu plus de vingt ans, Jacques Barry sous les traits d'un dandy fitzgeraldien ; professeur à l'école des Beaux-Arts de Saint-Étienne, il semblait réserver la démonstration de l'extraordinaire facilité qui était sienne à assembler des formes, à tracer en quelques coups de pinceau une figure juste, à ses élèves : quand il s'agissait de leur imposer le respect, et de montrer qu'il demeurait le patron. Pour le reste il semblait avoir abandonné la peinture, et ne guère plus se consacrer qu'au tennis. Je le voyais quotidiennement partir - il habitait tout près de chez moi - vers les courts, impeccablement vêtu, sa raquette sous le bras, du pas délié des sportsmen britanniques. C'était comme s'il reportait la grâce dont il était capable dans la plus futile des activités, par dépit ou fierté, dans un monde où le geste aristocratique du peintre semblait avoir perdu toute valeur. Je ne pourrais pas jurer n'avoir pas été un peu jaloux, moi qui traîne comme je peux un corps tout sauf souple. Mais, restes sans doute d'une éducation religieuse, je considérais qu'il gâchait son talent, et qu'il avait tort de ne pas accepter avec plus de simplicité de mettre en oeuvre les qualités dont il avait hérité - que la peinture lui tiendrait grief de cette longue bouderie qu'il paraissait s'imposer. Nous nous sommes perdus de vue longtemps, pendant dix ans peut-être. Et un jour, j'ai reçu un coup de téléphone - il s'était remis à peindre pour de bon, et m'invitait à lui rendre visite dans son petit atelier parisien.
Il avait accepté de ne pas renier son talent, mais l'assumait désormais, avec la distance que donne la maturité, c'est-à-dire pour lui-même, sans la morgue et l'ambition qui poussent souvent les jeunes gens (j'attends le jour où un jeune peintre plus culotté que les autres aura le cran de simplement inscrire à la surface de la toile, en lettres calligraphiées : «ôte-toi de là que je m'y mette»), sans beaucoup de souci de l'histoire et de la place qu'y tiendrait ou pas son nom, avec la simple et limpide évidence du plaisir- peut-être au fond la longue parenthèse Roland Garros n'avait-elle pas été, pour lui, la réaction de repli que je croyais, mais un exercice Zen, l'apprentissage de la beauté du geste improductif, de l'échange gracieux, du combat sans enjeu de pouvoir. Car il y a quelque chose d'oriental désormais dans la peinture de Jacques Barry. Il peint des signes, comme dans les cultures asiatiques où les artistes figurent le réel en fonction de codes immuables très proches de ceux de l'écriture - une écriture idéogrammatique qui n'a, de son côté, jamais renié ses origines figuratives (quand l'écriture alphabétique, la nôtre, s'est construite sur l'oubli des images). Son vocabulaire plastique est volontairement restreint : animaux, bonshommes, arbres et plantes, maisons, nuages - il s'est, curieusement, constitué dans cet ordre là, celui de l'histoire de la représentation elle-même. S'interrogeant sur les origines de l'art, Aloïs Riegl faisait en effet remarquer combien il est, au fond, paradoxal que la peinture semble s'être tout d'abord mesurée au monde animal, puis à la figure humaine, ne se confrontant au végétal que très tardivement : un bison ou un auroch, ou un guerrier ennemi, ça bouge, ça ne vous veut pas que du bien, et ça ne prend pas volontiers la pose - il eût été plus simple pour les hommes de Lascaux de figurer des fleurs ou des plantes, exemplairement dociles.


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