Auteur : Sylvain Gouguenheim
Date de saisie : 27/03/2008
Genre : Histoire
Editeur : Tallandier, Paris, France
Collection : Moyen Age
Prix : 27.00 € / 177.11 F
ISBN : 2-84734-220-6
GENCOD : 9782847342208
Sorti le : 24/01/2008
Si Templiers et Hospitaliers sont connus du public français, c'est moins le cas de la " maison de l'hôpital des Allemands de Sainte-Marie de Jérusalem ", véritable nom de l'Ordre teutonique.
Les images du film d'Eisenstein, Alexandre Nevski, ont marqué les esprits, créant un véritable stéréotype des " chevaliers Teutoniques " : l'incarnation éternelle de l'envahisseur germanique, le manteau blanc à croix noire recouvrant une lourde armure d'acier, le visage démoniaque masqué par un heaume cylindrique. On s'est plu à voir en eux les agents avides de la colonisation allemande de l'Est, les impitoyables serviteurs d'une évangélisation aussi brutale que prédatrice.
De fantasmes romantiques en interprétations fallacieuses, on en est venu à ignorer leurs réalisations politiques et économiques. De leur naissance en Terre sainte à nos jours, Sylvain Gouguenheim retrace l'épopée de ces chevaliers conquérants, colonisateurs et administrateurs, devenus de véritables princes bâtisseurs avec la fondation de l'Etat de Prusse et la construction de puissantes forteresses, dont la célèbre Marienburg.
S'appuyant sur une documentation riche et souvent inédite, livrant pour la première fois de très nombreux extraits de sources traduits en français (chroniques de l'Ordre, textes législatifs, correspondance des grands maîtres, rapports des espions, etc.), il nous entraîne dans une chevauchée haletante sous les remparts de Saint-Jean-d'Acre, en Prusse, en Sicile, sur les glaces du lac Peïpous et aux champs sanglants de Tannenberg.
SYLVAIN GOUGUENHEIM, agrégé d'histoire, professeur d'histoire médiévale (HDR) à l'École normale supérieure lettres et sciences humaines de Lyon, après avoir travaillé sur les fausses terreurs de l'an mil, consacre désormais ses recherches à lhistoire de lOrdre teutonique. Il a notamment travaillé sur ses relations avec la Papauté au XIIIe siècle.
Non seulement les chevaliers teutoniques avaient été adoubés par la papauté désireuse de christianiser les dernières terres païennes subsistant aux confins de l'Occident, mais ils étaient fiers de leurs références bibliques, puisqu'ils avaient pour modèles les figures martiales de l'Ancien Testament, notamment David et les Macchabées, dont le chef Judas Macchabée, nous dit la Bible, mènera le peuple juif à la révolte contre Antiochos Épiphane, en 134 av. J.-C. Un étonnant contresens que met en évidence Sylvain Gouguenheim, professeur d'histoire médiévale qui revisite avec une précision d'archiviste l'histoire de cet ordre militaro-religieux dans un livre à la prose sèche mais nourrie de documents inédits. Il nous rappelle comment cette institution est née en Terre sainte, à la fin du XIIe siècle, où elle fut d'abord une organisation caritative, la Maison de l'hôpital des Allemands de Sainte-Marie de Jérusalem, chargée de secourir les croisés blessés. Comment elle monta en puissance en se militarisant sous la férule d'un personnage extraordinaire, Hermman de Salza, qui avait ses entrées à la fois auprès de l'empereur Frédéric II Hohenstaufen et des papes.
Les Templiers nous font rêver. Mais l'histoire des chevaliers Teutoniques, qui nourrit l'imaginaire des Allemands, ne nous évoque rien. Au mieux, les plus cinéphiles se souviennent de certaines scènes d'«Alexandre Nevski», le film d'Eisenstein, où des croisés portant une robe blanche par-dessus leur armure baptisent des bébés avant de les précipiter dans les flammes. La légende noire des Templiers, forgée contre eux par Philippe le Bel pour les faire condamner, continue d'attirer en France tous les amateurs de mystère; l'histoire des Teutoniques, elle, oppose visiblement, à l'est de l'Europe, une mémoire allemande et une mémoire slave. La synthèse solidement informée qu'offre Sylvain Gouguenheim vient donc combler pour nous un vide, et dégager cette histoire des nombreux clichés nationalistes qui l'ont obscurcie, sans lui retirer son parfum d'aventure.
Autant dire que la puissance de l'Etat teutonique et ses traces mémorielles n'ont cessé de marquer l'histoire allemande, ses rapports avec les voisins de l'Est, tout comme les discours nationaux polonais. C'est un des intérêts du livre du médiéviste Sylvain Gouguenheim que de faire l'histoire de l'Ordre en la situant dans une perspective longue, attentive aux enjeux d'écriture de l'histoire et aux usages politiques du passé...
Cette domination politique et territoriale d'un vaste espace fait la spécificité des Teutoniques par rapport aux autres ordres militaires, les Templiers en particulier, sur lesquels un numéro de L'Histoire vient salutairement de faire le point (no 323, septembre 2007). Sylvain Gouguenheim étudie dans le détail, avec clarté et sens de la nuance, cet Etat que l'on peine à caractériser exactement : Etat moderne ? Etat ecclésiastique ? Etat monastique ?
FONDATION
«A l'époque où Acre était assiégée par l'armée des chrétiens et où elle fut libérée des mains des infidèles grâce à l'aide de Dieu, des hommes des cités de Brème et de Lübeck, conduits par le zèle de Dieu à accomplir des oeuvres de miséricorde, fondèrent pour cette armée heureusement nommée, un hôpital, à partir d'une voile d'un de ces navires que l'on appelle "cogge", derrière le cimetière Saint-Nicolas
Si les Templiers sont connus du grand public, au prix parfois de légendes tenaces, au contraire, la «maison de l'hôpital des Allemands de Sainte-Marie de Jérusalem», véritable nom de l'ordre Allemand, celui que l'on appelle plus couramment ordre Teutonique, est peu évoquée en France. Elle fait l'objet d'appréciations encombrées de clichés dépréciatifs, que sa véritable histoire ne justifie guère.
On voit dans les «chevaliers Teutoniques» de farouches, voire de cruels combattants, et l'on ignore en général leurs réalisations politiques ou économiques. Les séquences du superbe film Alexandre Nevski de Sergueï Eisenstein - inspirées, mais volontairement orientées- ont imprégné les esprits, et la légende, moins belle en l'occurrence que la réalité, a supplanté cette dernière.
LES BRUMES DES ORIGINES
Les commencements de l'ordre Allemand sont assez bien établis, mais des zones d'ombre demeurent, qui résistent depuis longtemps à la sagacité des historiens.
Il faut s'attacher à distinguer les faits réels des récits légendaires. Il faut également savoir puiser dans les légendes elles-mêmes d'authentiques informations.
Naissance en Terre sainte
Un simple hôpital de campagne
Né en Terre sainte entre le 29 août 1189 (début du siège de Saint-Jean-d'Acre) et le mois de septembre 1190 (date du premier acte conservé), l'Ordre ne fut d'abord qu'un petit hôpital de campagne. Cette structure avait été fondée par des pieux marchands de Brème et de Lübeck sous les murs de Saint-Jean-d'Acre pour soigner les croisés allemands, si l'on en croit du moins la Narratio (ou Récit des commencements de l'ordre Allemand), composée dans la première moitié du XIIIe siècle. L'institution reçut alors le soutien de princes d'Empire présents sur place dans le cadre de la troisième croisade : Louis, margrave de Thuringe, Frédéric de Souabe, fils de l'empereur Barberousse, le duc d'Autriche Léopold. Mais le sort s'acharna curieusement sur ces bienfaiteurs. Beaucoup moururent très tôt, laissant la communauté hospitalière quelque peu isolée : Louis de Thuringe disparut le 16 octobre 1190, Frédéric de Souabe le 20 janvier 1191. L'empereur Henri VI (1190-1197) qui, à la suite de ces princes, avait pris cet hôpital sous sa protection, mourut aussi très vite, le 28 septembre 1197.
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