Auteur : Geneviève Girard-Gillet
Date de saisie : 12/02/2008
Genre : Langues
Editeur : Publications de l'Université de Saint-Etienne, Saint-Etienne, France
Collection : Travaux-Centre interdisciplinaire d'études et de recherches sur l'expression contemporaine, n° 137
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-86272-471-3
GENCOD : 9782862724713
Sorti le : 07/02/2008
Y a-t-il une altérité absolue ou un continuum, un spectre avec des gradations repérables, acceptables, depuis les barbarophones in-connus des Grecs et pour eux in-compréhensibles jusqu'à ces étranges étrangers, venus de si loin et si proches, dont parlait Prévert ? Jusqu'à nous-mêmes, à nous-mêmes étranges et parfois étrangers, parfois de notre langue séparés ? L'écart crée-t-il la différence, la déviation est-elle déviance par rapport à une norme, un standard ? La variation, de parole, de discours, de style même engendre-t-elle une nouvelle variété de langue comme des mélanges dus à la vie, au hasard, à des manipulations bricolées peuvent chez les êtres générer des espèces nouvelles ? Aux questions de la linguistique la linguistique répond, aidée aussi par la sociologie, la géographie, l'histoire et d'autres sciences humaines. Le domaine anglophone est tout particulièrement riche et créatif.
Extrait de la présentation :
L'atelier de linguistique a adopté ce thème en s'interrogeant, de différentes manières, sur la contradiction qu'il y a à chercher pour certains phénomènes un invariant, ou un sens fondamental, tout en admettant qu'il existe divers anglais - ce que les études sur la variation ont bien montré - où des fonctionnements éventuellement contradictoires existent précisément pour ces phénomènes. Le problème est particulièrement épineux lorsque des oppositions binaires bien étudiées et recueillant souvent l'adhésion sont remises en cause par l'étude plus approfondie de documents authentiques tirés de sources moins courantes. Les théories énonciatives, qui inspirent la plupart des articles dans ce recueil, ont toujours travaillé sur des énoncés en contexte, et se sont toujours montrées très attentives à tous les paramètres en jeu : rôle de l'énonciateur, de la situation d'énonciation, des repérages, des présuppositions, des enchaînements discursifs, etc. Or les études proposées ici, par exemple, sur l'utilisation du présent perfect, sur l'opposition prétérit/présent perfect, sur le choix des pronoms relatifs, sur le concept même de «mot massif» indiquent que les analyses solides existantes ont besoin d'être reconsidérées, du moins modulées au vu de nouveaux faits, ou du moins de faits mal pris en considération jusqu'à présent. Il est d'ailleurs intéressant de constater que ce sont des points de la grammaire de l'anglais qui ont tout particulièrement attiré l'attention des linguistes travaillant dans un cadre énonciativiste qui conduisent à l'interrogation plus générale qui traverse presque tous les articles. On peut peut-être faire entrer ces faits dans un cadre traditionnel, en faisant jouer à l'énonciateur, au co-énonciateur, un rôle à mieux définir, mais il est intellectuellement plus captivant - défi à relever - de se demander si certaines données n'ont pas été négligées, et si la langue n'est pas rebelle à une mise en carte trop systématique. Le développement fécond de nouvelles approches, et en particulier dans le cadre large de ce qu'il convient d'appeler la cognition, invite à la curiosité. L'atelier a donc posé beaucoup de questions. Il faut attendre les réactions des uns et des autres à la lecture de ces Actes pour apprécier la pertinence des interrogations et envisager éventuellement les approfondissements. L'important dans toute recherche est de se montrer ouvert à toutes les données. Elles seules justifient ou disqualifient les théories.
Pour aborder le thème général, Étrange/Étranger, Élise Mignot s'interroge, dans un premier temps, sur le sens même des termes strange et «stranger», en anglais. L'adjectif strange n'a pas le même sens lorsqu'il est adjectif ou base du nom. L'adjectif strange signifie la plupart du temps odd, bizarre, et quelque fois unfamiliar, unknown. C'est ce dernier sens qui se retrouve dans le substantif. Le dictionnaire Collins Cobuild nous propose au moins trois définitions pour le substantif :
-A stranger is a person who does not know a place very well, for example, because they have only just arrived there.
- If two people are strangers, they do not know each other.
- If you are a stranger to something, you do not understand or have not had any expérience of it : I was not a stranger to visiting arrangements in jails ; Martin, himself no stranger to controversy, began the debate.
Dans les articles présentés ici, les termes de strange et de stranger vont régulièrement venir à l'esprit des lecteurs, car les énoncés analysés pourront paraître bizarres, peu familiers, voire déviants. Certains anglophones sont perçus comme autant d'étrangers par d'autres anglophones, même dans les variétés les plus fortement représentées numériquement. En effet, de nombreux éditeurs américains sentent la nécessité de modifier des énoncés d'anglais britannique pour que leurs lecteurs ne soient pas dépaysés par les romans venant d'outre-Atlantique. Sans aller jusqu'à dire comme H. L. Mencken que de chaque côté de l'Atlantique Nord on parle des langues différentes, on peut s'interroger sur l'existence d'une langue uniforme. S'il ne s'agissait que de variantes lexicales, la réflexion se limiterait à un catalogue des termes britanniques et des termes américains correspondants ; mais lorsque ce sont les composants même des systèmes qui fonctionnent différemment, il est nécessaire de s'interroger très précisément.
C'est ce que font les auteurs, dont nous allons ici résumer les interventions, après avoir défini les thèmes des analyses.
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