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Coeur de feu : j'étais une enfant soldat

Couverture du livre Coeur de feu : j'étais une enfant soldat

Auteur : Senait Mehari

Traducteur : Jean-Claude Walfisz

Date de saisie : 08/02/2008

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Archipel, Paris, France

Prix : 18.95 € / 124.30 F

ISBN : 978-2-8098-0012-8

GENCOD : 9782809800128

Sorti le : 06/02/2008

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  • La présentation de l'éditeur

Abandonnée encore bébé par sa mère, Senait Méhari passe ses premières années dans un orphelinat où sa naïveté lui permet de survivre aux pires abominations des hommes. Elle part ensuite vivre chez son père où violence, humiliation et privations marqueront son quotidien.

Mais le pire est à venir... Elle a à peine cinq ans lorsque, ne pouvant la nourrir, son père la confie au front de libération de l'Erythrée, qui en fera une enfant soldat...

C'est son témoignage d'enfant miraculée qu'elle livre ici. Mais aussi le sentiment de déracinement qu'elle éprouva lors de son exil, avant de pouvoir goûter enfin à la liberté et à la paix.

Senait Méhari est née à Asmara, l'actuelle capitale de l'Erythrée, probablement en 1974. Il n'existe pas d'acte de naissance officiel. Après s'être réfugiée au Soudan, elle a gagné l'Allemagne, où elle a entamé avec succès une carrière de chanteuse. Senait soutient plusieurs organisations humanitaires, dont l'Unicef et Terre des Hommes, et milite contre l'utilisation d'enfants soldats. Traduit dans huit pays, son livre a été un phénomène de librairie en Allemagne où il s'est vendu à plus de 400 000 exemplaires.





  • Les premières lignes

L'enfant de la malle

Lorsque je sortis pour la première fois de la maison de mes grands-parents, une bande de gamins du voisinage passa devant moi dans la ruelle poussiéreuse en criant :
- Senait, l'enfant de la malle ! L'enfant de la malle est arrivé !
Leurs hurlements rauques m'effarouchèrent, mais ils ne savaient pas plus que moi ce que signifiait «l'enfant de la malle». Ils ne faisaient que répéter ce qu'ils avaient saisi au vol dans les conversations des adultes. Ce n'est que bien plus tard que je sus pourquoi ils m'avaient appelée ainsi.
Mes parents s'étaient séparés avant ma naissance et mon père ne voulait plus entendre parler de moi. Sans argent et avec un enfant sur les bras, ma mère sombra dans le désespoir. Adhanet, c'était son nom, venait d'arriver à Asmara. Sa famille venait d'Addis-Abéba, en Ethiopie ; celle de mon père d'Adi Keyh, une petite ville des hauts plateaux de l'Erythrée. Ces deux peuples se faisant la guerre depuis plus de quinze ans, on peut aisément comprendre que cette situation n'était pas facile à vivre : un enfant né de cette alliance jetait la honte sur ses parents.
Mon arrivée était donc, pour différentes raisons, bien peu souhaitée. Aussi, quelques semaines après ma naissance, ma mère prit la décision de se débarrasser de moi. Toutefois, elle n'osa pas me supprimer et choisit un compromis entre l'infanticide et l'abandon : laisser le destin décider de mon sort.
Elle m'habilla comme tous les jours et me plaça dans une malle qu'elle referma et posa sur une armoire. Puis elle partit pour la ville. Une voisine entendit mes gémissements et pénétra dans notre maison mais, malgré mes pleurs, ne me trouva pas. Pensant que quelque chose d'épouvantable s'était produit, elle courut dans la rue en hurlant jusqu'au poste de police le plus proche. Les policiers refusèrent tout d'abord de l'écouter, n'accordant aucun crédit aux cris d'une femme hystérique. Comme elle ne se calmait pas, deux agents acceptèrent néan­moins de la suivre et me trouvèrent finalement dans la malle fermée à clé au-dessus de l'armoire. Je commençais déjà à étouffer.
Les policiers m'emmenèrent à Orfan, l'orphelinat public, et arrêtèrent ma mère dès qu'elle rentra chez elle. Elle passa six années en prison pour tentative de meurtre. Un reporter contacté par un voisin prit une photo de moi que l'on put voir, le lendemain matin, en première page du quotidien de la ville d'Asmara. La légende de «l'enfant de la malle» était née.


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