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Dialogues de sourds : traité de rhétorique antilogique

Couverture du livre Dialogues de sourds : traité de rhétorique antilogique

Auteur : Marc Angenot

Date de saisie : 10/07/2008

Genre : Philosophie

Editeur : Mille et une nuits, Paris, France

Collection : Essai

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 2-84205-992-1

GENCOD : 9782842059927

Sorti le : 30/01/2008

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  • La présentation de l'éditeur

Qui a jamais persuadé son prochain à force d'arguments ? Au cours d'une vie, rares sont les moments où l'on se laisse convaincre et où l'on parvient à emporter l'adhésion de notre interlocuteur, préalablement attaché à une opinion autre que la nôtre. La rhétorique, traditionnellement définie comme l'art de persuader par le discours, se révèle être une science qui ne remplit pas l'objectif qu'elle se donne.
Les hommes argumentent constamment, et en toute circonstance, mais à l'évi­dence ils se persuadent assez peu mutuellement. Du débat politique à la querelle de ménage, de la dispute amicale à la polémique philosophique, c'est l'expérience constante que l'on en a. Peut-être, du temps d'Aristote et des sophistes, le rhéteur persuadait-il ses concitoyens à coups de sorites, d'enthymèmes et d'épichérèmes ? Il semblerait qu'aujourd'hui cela ne marche plus. Qu'en est-il d'une science, la rhétorique, aussi faillible ? Pourquoi, se persuadant rarement, les hommes persévèrent-ils à argumenter ? Us persistent à soutenir des controverses interminables, faites d'échecs répétés. Pourquoi ces échecs ? Qu'est-ce qui ne va pas dans le raisonnement mis en discours ? Pourquoi lorsque l'on argumente le message passe-t-il si mal ? Dans cet essai original et ambitieux, Marc Angenot nous propose d'explorer l'univers de la mécompréhension, d'en analyser les mécanismes, de répertorier les formes du raisonnement logique et celles des errements illogiques. Il éclaire des cas illustres ou méconnus de dialogues de sourds qui marquèrent l'histoire de la philosophie et celle des débats publics. Il en vient ainsi à poser la question de l'universalité de la raison raisonnante et à réexaminer les théories admises sur le sujet.

Marc Angenot est analyste du discours et historien des idées. Il occupe la chaire James-McGill d'étude du discours social à l'Université McGill de Montréal. Il est membre de la Société royale du Canada.





  • La revue de presse Jean-Louis Jeannelle - Le Monde du 10 juillet 2008

Et si le malentendu constituait non pas un accident mais la manière même dont nous échangeons des arguments... Là où la tradition rhétorique se réduit à une histoire du "persuasible", Marc Angenot ouvre un champ d'étude dont chacun mesurera l'étendue : celui des polémiques sociales et des divergences cognitives qui les sous-tendent...
Pessimisme déplacé ? Pas tout à fait, puisque donner enfin sa place au conflit n'implique pas, bien au contraire, que nous abdiquions tout travail critique.



  • Les premières lignes

Les malheurs de la rhétorique

Nous nous jugeons réciproquement de même : les uns et les autres, nous nous paraissons des fous. Saint-Jérôme parlant des polémiques entre chrétiens et païens.

Ce livre part d'un étonnement face à une évidence qui ne semble guère perçue et face à une définition qui est universellement reçue alors qu'elle se révèle, à l'examen, inadéquate. Les manuels, de jadis et d'aujourd'hui, définissent benoîtement et classiquement la rhétorique comme «l'art de persuader par le discours». Cette simple définition n'est acceptée que parce qu'on ne s'y arrête pas. Arrêtons-nous y. On lui opposera quelques élémentaires objections : les humains argumentent constamment, certes, et dans toutes les circonstances, mais à l'évidence ils se persuadent assez peu réciproquement, et rarement. Du débat politique à la querelle de ménage, en passant par la polémique philosophique, c'est en tout cas l'impression constante qu'on a, je suppose que vous êtes comme moi. Ceci pose une question dirimante à cette science séculaire qu'est la rhétorique : on ne peut construire une science en partant d'une efficace idéale, la persuasion, qui ne se présente qu'exceptionnellement. Qu'est-ce qu'un savoir qui pose pour critère de sa définition un résultat qu'il sait ne pouvoir guère obtenir, c'est-à-dire un savoir qui doit en constater l'échec, la non-réalisation dans les circonstances ordinaires de la vie ?
Cette première objection formulée, une autre question, puis plusieurs autres viennent à l'esprit : pourquoi, se persuadant si rarement, les humains ne se découragent-ils pas et persistent-ils à argumenter ? Non seulement les individus et les groupes humains échouent très généralement à modifier les convictions des autres, mais encore rien, apparemment, ne les décourage de continuer à essayer. Ils sont capables de soutenir ainsi en des controverses (philosophiques, religieuses, politiques, etc.) interminables des échecs persuasifs indéfiniment répétés.
Et d'ailleurs pourquoi ces échecs répétés ? Qu'est-ce qui ne va pas dans le raisonnement mis en discours, dans l'échange de «bonnes raisons» ? Qu'y a-t-il à apprendre d'une pratique si fréquemment vouée à l'échec et cependant inlassablement répétée ? Quand les «sujets parlants» sont engagés dans une situation de communication, ils cherchent à atteindre leur but, qui est de communiquer et, en gros, on admet que ça marche : ils sont compris, leur message est censé être bien reçu par le destinataire. Mais quand les gens, plus spécifiquement, se mettent à argumenter, ce qui est une sous-catégorie majeure de la communication, la transmission du «message» ne se passe jamais bien : ils trouvent très vite que la partie adverse non seulement ne conclut pas de la même manière qu'eux et reste étrangement inaccessible aux preuves soumises, mais qu'elle raisonne de son côté de travers et ne respecte pas certaines règles fondamentales qui rendent le débat possible. De cette expérience commune on garde l'impres­sion que quand la persuasion rate, quand le désaccord perdure, ceci ne tient pas uniquement au contenu des arguments, pas uniquement aux différences de perception du monde, mais à la forme, à la manière de s'y prendre, à la façon de procéder et de suivre des règles logiques - ce qui forme l'autre grande question à creuser.


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