Auteur : Jean-Philippe Garric | Valérie Nègre | Alice Thomine-Berrada
Date de saisie : 08/02/2008
Genre : Sciences et Technologies
Editeur : Picard, Paris, France
Prix : 53.00 € / 347.66 F
ISBN : 978-2-7084-0810-4
GENCOD : 9782708408104
Sorti le : 25/01/2008
La Construction savante, qui désigne une dimension de l'art de bâtir comprenant l'usage et la production d'une littérature spécifique, évoque aussi, dans un sens second, les processus à travers lesquels les savoirs pratiques sont changés en livres.
Issu du colloque Les avatars de la littérature technique, organisé en mars 2005 par le Centre d'histoire des techniques et de l'environnement du CNAM et par l'Institut national d'histoire de l'art, ce volume rapproche les recherches sur la littérature technique et les travaux sur les livres d'architecture conduits au sein de ces institutions. Il croise ainsi les approches de chercheurs spécialistes de l'Histoire des sciences, de l'histoire des techniques, de l'histoire de l'art ou de l'architecture, de l'histoire du livre, et de l'histoire du droit. Sur une longue période - de la naissance de l'imprimé jusqu'au XXe siècle - les contributions apportent des points de vue complémentaires par l'analyse des contenus ou de la forme des ouvrages, I'étude de leur destination et de leur réception, ou encore par le décryptage du contexte professionnel, institutionnel ou social, de leurs publications. Au-delà d'une connaissance plus fine des relations complexes qui unissent depuis cinq cents ans les aspects matériels et intellectuels de la construction, ces convergences ouvrent des voies nouvelles pour interroger ce qui est davantage qu'un moyen ou une conséquence de l'émergence d'une discipline : une dimension à part entière de l'acte d'édifier.
Extrait de l'avant-propos :
Parler de construction savante c'est risquer l'hypothèse que l'on peut distinguer et identifier un ensemble de pratiques de la construction qui se caractérisent par la production et l'usage de publications. Dans un sens second, le titre évoque aussi le processus intellectuel par le biais duquel les savoirs pratiques sont changés en livres. Mais cette adaptation de la formule voisine d'architecture savante, employée familièrement dans le domaine du patrimoine, et dont elle partage l'imprécision et les ambiguïtés, appelle des commentaires qui éclairent aussi certains enjeux de cet ouvrage.
Une première erreur serait d'opposer de façon trop tranchée une construction ordinaire, par essence traditionnelle et fondée sur l'exercice de savoirs constitués sur des bases empiriques, à un art de bâtir impliquant des lettrés, participant des arts libéraux, et disposant d'un moment d'élaboration théorique indépendant de la pratique.
Certes, plusieurs contributions, en étudiant le passage d'un monde coutumier à un autre plus rationnel, postulent bien l'existence de deux réalités distinctes. Ainsi, l'édification de champs disciplinaires susceptibles de développements autonomes et qui s'accompagnent d'une diffusion des connaissances à travers l'imprimé est l'un des thèmes principaux que l'on rencontrera ici. Mais opposer deux modèles ne signifie pas qu'il faille accréditer l'idée d'une césure étanche entre deux univers autonomes, voire même étrangers l'un à l'autre, car règnent entre eux, au contraire, les échanges incessants, permettant l'importation dans la construction ordinaire de données issues de la culture savante, ainsi que des inventions et des progrès dus aux emprunts en sens inverse. Le savoir n'est pas l'apanage des lettrés et des livres. La science de ceux qui bâtissent sans le secours ou l'ambition de l'imprimé doit d'autant moins être opposée à l'autre, que les connaissances issues du chantier et de l'expérience ont souvent donné matière à publication, après qu'elles ont été «réduites en art», selon l'expression choisie par Hélène Vérin, ou qu'on a changé les carnets d'épuré en traités de stéréotomie, comme le montre Philippe Potié. Pourtant, même si les constructions savantes, qui sont un des plus brillants legs du Moyen Âge européen ou méditerranéen, n'ont pas attendu l'invention des caractères mobiles pour se multiplier, la construction savante des humanistes n'est pas non plus, cette ridicule, telle les pédantes de Molière, qui se perdrait en vains discours pour s'écouter parler.
Le champ culturel initialement défini par l'humanisme de la Renaissance confère au livre, notamment sous l'impulsion d'Alberti, un rôle privilégié dans la constitution et la diffusion des savoirs liés à la construction. Dans ce contexte la dimension imprimée de l'art d'édifier n'est ni une conséquence, ni un simple moyen de la constitution de ces savoirs et de leur émergence comme champ disciplinaire ; elle en est au contraire une des caractéristiques fondamentales, une dimension à part entière. Cette conviction explique le choix d'un cadre chronologique élargi ; une ouverture à l'entière période de production du livre imprimé qui s'est trouvée confortée, à posteriori, par le contenu de plusieurs interventions illustrant l'intérêt et la nécessité d'inscrire l'analyse des ouvrages dans des temps longs et dans des généalogies complexes. C'est le cas, par exemple, des livres juridiques présentés par Robert Carvais ou des catalogues de matériaux et d'éléments dont Henri Bresler décrit le développement. Mais c'est aussi vrai pour des études monographiques, du moins dans leur intitulé, comme celles d'Annie Charon sur Bullet, ou d'Olga Medvedkova sur l'abrégé de Vitruve, qui proposent chacune de suivre l'évolution d'un livre à travers ses avatars : versions successives, traductions, ou adaptations.
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli