Auteur : Jean-Pierre Adam
Date de saisie : 08/02/2008
Genre : Architecture
Editeur : Picard, Paris, France
Prix : 68.00 € / 446.05 F
ISBN : 978-2-7084-0799-2
GENCOD : 9782708407992
Sorti le : 30/01/2008
Extrait de l'introduction :
L'architecture romaine est, de toutes celles qui virent le jour et s'élaborèrent sur la planète depuis quelque cinq millénaires, la plus étonnamment riche, en techniques comme en programmes et pour ces raisons celle qui nous est la plus perceptible et la plus proche. Pour un architecte, la contemplation, l'analyse et la restitution de l'art monumental romain, mêlent la stupéfaction de la perception d'une manière de concevoir la construction qui est celle de notre siècle, à la familiarité qui nous unit si rapidement à nos confrères de l'Antiquité et à leurs réalisations.
Cette proximité que vingt siècles n'ont pu altérer, nous la devons en très grande partie à un couple exceptionnel parfaitement complémentaire, réunissant la conception à la réalisation, les conseils aux applications, ou aux erreurs, bref l'esprit à la matière, couple qui a pour noms Vitruve et Pompéi. Deux noms que l'on croit trop connus ; un auteur d'abord, sur lequel tout a été dit (croit-on chaque fois), en premier lieu par lui-même puis par tous ceux, ou presque, qui s'efforcent de le retrouver dans le plan du forum le plus grandiose comme dans les plus modestes listels du plus humble édicule. Vitruve, tel César à qui l'on prête les «ponts» ou les «camps» de toute la Gaule, doit son universelle renommée à la rédaction de ses Dix Livres d'Architecture, le seul traité sur ce sujet dont le texte nous soit parvenu complet, malheureusement sans l'illustration des réalisations architecturales. Par chance, Pompéi, lieu commun et lieu sublime de l'archéologie, nous fournit cette illustration, parce que, victime d'une odieuse saute d'humeur de la Nature faisant d'une riche cité campanienne une ville ensevelie vive, elle est devenue, pour notre émerveillement, le Conservatoire de la civilisation romaine.
Dès lors, on comprend que la prétention de faire oeuvre nouvelle et personnelle en parlant de l'architecture romaine est tempérée par le simple fait que l'enseignement que l'on peut proposer est tout entier contenu, ou presque, dans le texte de Vitruve et dans les réalisations pompéiennes. Les unir dans une présentation qui se veut logique et chronologique et les évoquer en permanence n'est pas seulement une honnêteté intellectuelle c'est une précaution évidente et obligatoire.
Cette attitude, que l'on peut suspecter de contemplative à l'excès, est née, certes, d'une certaine intimité avec l'illustre victime du Vésuve, intimité ressentie par tous ceux qui l'ont auscultée, mesurée et dessinée à la lumière de toutes les heures et de toutes les saisons.
Le regard, alors, sans qu'on le veuille, pour se reposer des univers fantastiques ou des jardins au perpétuel Printemps de ses parois peintes, se laisse accrocher par les subtils sillons laissés dans la pierre par l'outil qui l'a façonnée ou par les coups de truelle marqués dans le mortier frais par le maçon enduisant son mur. Ce qui n'est qu'une remarque amusante au début, devient une quête organisée, et la forme conduit ainsi à l'outil, l'outil au geste, le geste à l'homme qui l'exécute ; de même, le choix d'une solution technique entraîne la recherche du motif qui l'a imposée et de la démarche intelligente qui l'a conçue.
Ainsi contemplée, puisque le mot demeure, l'architecture romaine n'est plus seulement un décor de théâtre à l'épiderme prestigieux et au squelette de briques, mais le résultat de réflexions, de conceptions, d'efforts, d'ensemble de gestes élaborés et accomplis souvent dans la contrainte et la souffrance et devenant, dans la cité campanienne comme en d'autres lieux, un chantier vivant dont la préhension nous devient aisée.
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