Auteur : Eric Fournier
Date de saisie : 20/03/2008
Genre : Histoire
Editeur : Imago, Paris, France
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-84952-051-2
GENCOD : 9782849520512
Sorti le : 18/01/2008
Au XIXe siècle, à trois reprises - lors des chantiers haussmanniens, des bombardements prussiens de 1870, puis de la Commune - Paris se couvre de ruines.
À partir d'archives et de témoignages, Eric Fournier retrace avec précision les violences infligées à la cité, et les bouleversements qu'elles impliquèrent dans la sensibilité de ses habitants. En rapprochant les grands travaux impériaux du sombre projet prêté aux communards - anéantir la capitale -, il met en lumière le lien qui unit le désir de contrôler la ville au besoin de la détruire. Il s'attache à comprendre comment le peuple de Paris, qu'il soit acteur ou spectateur, vécut l'intensité des chocs successifs, la disparition de son cadre de vie ou le remaniement brutal de sa géographie mentale. Il étudie enfin l'apparition, sur les pierres encore fumantes, d'un étonnant tourisme des ruines largement commenté par de véritables Guides.
Dans cet ouvrage original, décrivant les ravages que provoquèrent alors la démesure des rénovations, puis l'explosion des obus, les incendies et les combats de rue, Eric Fournier se fait ainsi l'historien des Parisiens traumatisés par le surgissement et l'amoncellement des décombres au coeur de leur cité.
Eric Fournier, agrégé et docteur en histoire, est enseignant.
C'est la rencontre entre la ville et ce que Théophile Gautier nomma ses «ruines subites» qui constitue la matière du livre d'Eric Fournier. Trois approches s'y entrecroisent. Il offre d'abord une minutieuse analyse des dégâts : effets des percées et des démolitions du préfet Haussmann, impacts du bombardement prussien de janvier 1871, ampleur surtout des destructions et des incendies de la Semaine sanglante...
S'y ajoute une étude en termes d'imaginaire et de sensibilités : que ressentirent vraiment les Parisiens ? Une débauche de représentations circula, où la peur se mêlait au fantasme : violence sonore, horreur crépusculaire des incendies, angoisse du vandalisme et de l'apocalypse révolutionnaire incarnée par la figure de la pétroleuse.
...Paris, au lendemain de la Commune, ressemble à une ville fantôme. Pourquoi en est-on arrivé là ? Et, surtout, comment les habitants ont-ils vécu la destruction de la capitale ? C'est à ces deux questions que répond Eric Fournier dans ce livre original, qui relègue à l'arrière-plan la chronique des événements afin de privilégier, dans la lignée des travaux d'Alain Corbin et de Michel de Certeau, une histoire des "expériences sensibles". Pour cela, l'auteur a exhumé des dizaines de témoignages. Des textes d'écrivains et de journalistes hostiles aux insurgés (Théophile Gautier, Maxime du Camp, Edmond de Goncourt, Francisque Sarcey), des souvenirs de communards, mais aussi des journaux intimes et des correspondances écrits par des anonymes au coeur de la mêlée, pour certains totalement inédits...
A travers le rappel de quelques épisodes fameux - les bombardements prussiens de janvier 1871, l'explosion de la cartoucherie de l'avenue Rapp le 17 mai (100 morts), ou encore la destruction de l'hôtel particulier de Thiers situé place Saint-Georges -, il redonne vie aux émotions les plus intimes et les plus fugaces : l'angoisse des nuits d'insomnie, le mélange de joie et d'effroi qui saisit les insurgés chaque fois que brûlent les symboles d'un pouvoir honni, jusqu'à la trouble fascination de certains partisans de l'ordre pour une "poétique des ruines" qui réveille leur sensibilité romantique.
Extrait de l'introduction :
L'ÉLOQUENCE DU CADAVRE
Les ruines sont des cadavres, des charognes minérales. Elles devraient révulser. Pourtant, à l'égal de la charogne baudelairienne, elles fascinent celui qui les regarde. Métaphore troublante de la mort, elles invitent à l'autopsie et au saisissement, à l'analyse ou à la contemplation.
Paris ne laisse pas indifférent. Cette ville appelle l'écriture sous toutes ses formes, poétique, historique, fictionnelle entre autres. Selon Walter Benjamin, il «y a peu de chose dans l'histoire de l'Humanité que nous connaissons aussi bien que l'histoire de la ville de Paris. Des milliers, des dizaines de milliers de volumes sont exclusivement consacrés à l'étude de ce minuscule coin de terre». Dans ces conditions, que peut-on apprendre de nouveau sur le Paris d'Haussmann et de Baudelaire, de Thiers et de Zola ? C'est ici qu'apparaît la ruine, qui se fait l'auxiliaire de l'historien.
Au XIXe siècle, Paris se couvre de ruines impromptues et éphémères, qui sont autant de prismes invitant à sa relecture, à sa redécouverte. À travers ces blessures - celles de la ville, bien sûr, mais aussi celles de ceux qui la parcourent, y vivent et y agissent - Paris se découvre à nouveau.
Mais d'emblée, il convient de distinguer dégradation, destruction et ruine. La dégradation du bâti est une simple détérioration. Le bâtiment conserve son intégrité, sa forme, sa fonction, son identité. S'il est investi d'une charge symbolique forte (lieu de culte, bâtiment officiel, lieu de mémoire), celle-ci n'est pas remise en question. Ainsi, lors des deux sièges de 1870 et 1871, les innombrables impacts de balles et d'obus de petits calibres ne détruisent pas la plupart des bâtiments, mais les abîment, leur permettant ainsi de conserver leurs fonctions essentielles.
À l'inverse, la destruction, clef de voûte de notre étude, crée des dégâts si importants qu'ils changent la nature même de l'édifice. En premier lieu, son allure : le bâti initial ne laisse plus apparaître qu'une structure défigurée, fragmentée, éventrée. La destruction transforme également radicalement la fonction et la charge symbolique du bâtiment. Il devient inutilisable, dangereux, inquiétant, encombrant, acquiert une tout autre signification que celle pour laquelle il avait été conçu.
Enfin tous les bâtiments détruits, par la pioche sous Haussmann, par l'obus et l'incendie lors de «l'année terrible», sont susceptibles de former une ruine. Cependant, à l'occasion, les observateurs des mutilations de Paris désignent comme étant en ruine des édifices dégradés, et non détruits. Nous les suivrons ici en considérant comme une «ruine» tout ce qui a été désigné comme telle par la majorité des sources.
Travailler sur les destructions et les ruines dans le Paris du XIXe siècle - plus précisément toutes les destructions produisant des ruines éphémères - revient à se concentrer sur ces trois moments essentiels que sont les chantiers haussmanniens, le bombardement prussien pendant le siège de Paris, et la Commune de 1871. Mais ces périodes cruciales ne sont pleinement accessibles qu'à condition d'étudier aussi les réseaux de représentation traitant des ruines en général ou de l'identité parisienne. Or, il existe, dès la fin du siècle des Lumières, un faisceau de textes liant la poétique des ruines, la destinée des empires et celle de Paris : la poétique des ruines de Diderot, Le Tableau de Paris de Louis-Sébastien Mercier et Les Ruines de Volney.
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli