Auteur : José Maria Eça de Queiros
Postface : Dominique Nédellec
Traducteur : Dominique Nédellec
Date de saisie : 07/02/2008
Genre : Histoire
Editeur : Mille et une nuits, Paris, France
Collection : La petite collection, n° 536
Prix : 3.00 € / 19.68 F
ISBN : 978-2-7555-0047-9
GENCOD : 9782755500479
Sorti le : 30/01/2008
Traduction du portugais par Dominique Nédellec
Inédit
Romancier salué par Valéry Larbaud ou Jorge Luis Borges, Eça de Queirós (1845-1900) a acquis sa réputation de «Zola portugais» dans la presse. Consul du Portugal en Angleterre, il met sa réputation de pamphlétaire au service d'un réquisitoire contre la politique impérialiste britannique : six articles publiés en 1882 dénoncent la mise sous tutelle de l'Egypte, dépouillée sans vergogne par les puissances européennes sous des prétextes hypocrites.
Les Anglais en Egypte
Ce qu'il reste d'Alexandrie - La destinée d'Arabi Pacha - Les menottes au café
Il y a encore cinq ou six semaines, Alexandrie pouvait être décrite à la manière engageante des guides de voyage comme une riche cité de deux cent cinquante mille habitants, Européens et Arabes réunis, animée, spéculatrice, prospère, en voie de devenir rapidement une Marseille de l'Orient. Aucun guide, cependant, pas même le plus servilement flatteur, n'aurait pu la qualifier d'intéressante.
En dépit de ses deux mille ans d'histoire, bien qu'elle fût, après Athènes et Rome, le plus grand centre du luxe, des lettres et du commerce à s'être épanoui sur les rives de la Méditerranée, la vieille cité des Ptolémées, de nos jours, ne conservait plus aucun monument de son passé, à l'exception de deux édifices : à côté d'un vieux cimetière musulman, une colonne qu'un préfet romain fit jadis ériger en l'honneur de Dioclétien, connue sous le nom singulier de colonne de Pompée, et plus loin, reposant sur une étendue de sable, un obélisque pharaonique du temple de Louxor, que l'on avait affublé du sobriquet grotesque d'aiguille de Cléopâtre. Cette relique est désormais à Londres, sur les bords de la Tamise, posée sur un piédestal en bronze, éclairée à la lumière électrique et abasourdie par le vacarme des trains...
Les quartiers européens d'Alexandrie, relativement récents (il y a cinquante ans, avant que Méhémet-Ali ne donne l'impulsion à sa réédification, la grande métropole qui stupéfiait le calife Omar n'était guère qu'un village vivant de la pêche et du commerce des éponges), comprenaient pour l'essentiel une vaste place, la célèbre place des Consuls, fierté de tout le Levant, et de larges rues aux noms français, avec du stuc français sur les façades, des enseignes françaises apposées sur les magasins, des cafés français, des lupanars français - comme un faubourg de Bordeaux ou de Marseille transporté en Egypte et que l'on aurait çà et là empanaché de palmiers.
La partie arabe de la ville n'avait rien du pittoresque oriental : le tracé des rues était quasiment rectiligne, avec des masures blanchies à la chaux et se terminant par une terrasse, posées sur un sol qui, composé pour moitié de terre et pour moitié de sable, se soulevait en nuages sous l'effet de la moindre brise marine.
Ville laide à voir, désagréable à sentir, grossière, insalubre, Alexandrie se visitait à la hâte, à bord d'un fiacre conduit au trot, puis s'effaçait bien vite des mémoires, à peine le train du Caire quittait-il la gare, tandis que disparaissaient dans les premières cultures du Delta, le long des canaux, des files d'ibis blancs, les plus vieux habitants de l'Egypte, jadis des dieux et aujourd'hui encore oiseaux sacrés...
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli