Passion du livre - tout sur le livre : Un candide en Terre sainte

Recherche

Recherche simple
Recherche multi-critères

Un candide en Terre sainte

Couverture du livre Un candide en Terre sainte

Auteur : Régis Debray

Date de saisie : 10/04/2008

Genre : Récits de Voyages

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Blanche

Prix : 22.50 € / 147.59 F

ISBN : 978-2-07-078380-9

GENCOD : 9782070783809

Sorti le : 07/02/2008


  • La présentation de l'éditeur

D'après les Évangiles, et dans sa courte vie tant cachée que publique, le Galiléen s'est rendu, sans visa ni carte d'identité, en Israël, Palestine, Jordanie, à Gaza, au Liban, en Égypte et en Syrie.
Je me suis faufilé dans tous ces pays : il y faut plus d'un passeport et des détours. Jésus pouvait traverser la mer de Génésareth, aller "au-delà du Jourdain ", et revenir le lendemain sur l'autre rive. Ce n'est plus possible. Aussi ce voyage d'un flâneur des deux rives n'a-t-il pu s'effectuer d'un seul trait. C'est un pari que de refaire l'itinéraire de Jésus à travers le Proche-Orient d'aujourd'hui, pour observer comment juifs, chrétiens et musulmans vivent à présent leur foi.
Les surprenantes et souvent rebutantes vérités qui se dévoilent en Terre sainte ont valeur d'avertissement. Plus qu'un voyage au bout de la haine, ce carnet de route peut servir à la connaissance du monde profane tel qu'il va. Tout à la fois témoignage, chronique et méditation, l'enquête peut dès lors se lire comme un pèlerinage au coeur de l'homme, qu'il soit croyant ou agnostique, d'ici ou de là-bas.

Essayiste, romancier, journaliste et mémorialiste, Régis Debray a récemment publié aux Éditions Gallimard Ce que nous voile le voile. La République et le sacré (Hors Série Connaissance, 2004), Le plan vermeil (Hors Série Connaissance, 2004) et une pièce de théâtre, Julien le fidèle (collection blanche, 2005), Supplique aux nouveaux progressistes du XXIe siècle (Hors Série Connaissance, 2006).



logo fnacCommander ce livre sur Fnac.com



  • La revue de presse Pierre Assouline - Le Nouvel Observateur du 10 avril 2008

Plus voltairien que jamais, Régis Debray signe un brillant et faussement naïf «Candide en Terre sainte»...
On savoure une réelle liberté d'écriture, qui s'autorise tous les anachronismes, la volonté de s'imprégner pour mieux comprendre, quelques formules moins hermétiques qu'à l'accoutumée et des choses vues rarement sues. On citera des éclats d'Evangiles bien choisis en épigraphe de chaque chapitre, de belles pages sur le sionisme, des portraits saisissants, des rencontres marquantes et une lettre magnifique à son ami libanais assassiné, Samir Kassir. Pas de prêchi-prêcha sur les vertus du dialogue, mais l'intime conviction que la solution sera politique ou ne sera pas. A la fin, on a pris un tel plaisir et un tel intérêt à cheminer en Terre sainte en sa compagnie qu'on en a oublié Candide.


  • La revue de presse Eric Aeschimann - Libération du 19 mars 2008

Excepté les premières pages, abandonnées à l'exposition de l'ego, Un candide en Terre sainte déjoue la méfiance initiale. Et, même, la renverse : petite religion toujours plus ou moins déçue, l'exotisme, loin d'alimenter les envolées redoutées, s'avère un contrepoison efficace contre les banalités théologiques des «Malraux de sous-préfecture» - «le XXIe siècle sera religieux ou ne...», on connaît le cantique et Debray n'y cède pas...
Pour cause de frontières infranchissables, Debray fut contraint à des allers-retours depuis Paris. A l'écrit, sa pensée suit le même mouvement de navette, passant de la description à l'introspection, de la rencontre à la méditation, mais toujours guidé par le même point de focalisation, la même limite du monde : Dieu. Athée mais grand décrypteur de la persistance du religieux derrière la façade de l'Occident sécularisé, il tourne et retourne la question. Semble se demander combien de temps encore l'Europe fera semblant de ne pas croire. Mais ne lâche pas la proie pour l'ombre et s'en tient à son incroyance. On se souvient alors que les carnets de voyage sont rarement des récits de conversion, et que ce n'est pas là leur moindre vertu.


  • La revue de presse Olivier Pascal-Moussellard - Télérama du 13 février 2008

Le stylo servirait de bâton à ce pèlerin sans religion qu'est Régis Debray, parti marcher sur les traces de Jésus. Un philosophe agnostique en quête du Seigneur ? Pas du tout : l'écrivain voyageur cherchait simplement «à regarder et écouter comment les hommes vivent ce qu'ils croient et quels changements apporte le monde aux idées qui ont changé le monde». Beau périple...
Parfois, heureusement, surgissent aussi des hommes et des femmes de bonne volonté. Moments de grâce dans ce journal de bord qui marie adroitement, comme dans le Voyage d'Orient, de Flaubert (avec lequel l'auteur semble dialoguer), réflexions profondes, coups de patte amicaux et soupirs désabusés


  • La revue de presse Robert Solé - Le Monde du 8 février 2008

Sur les pas de Jésus... Mais où exactement ? Les Evangiles sont d'une imprécision remarquable. De toute façon, les lieux ont beaucoup changé en vingt siècles. Régis Debray a fini par se faire une raison : du pays de Jésus, il reste au moins les collines, les roseurs de l'aube, le même lac de Tibériade, et le doux clapotis des vaguelettes sur ses rives...
Régis Debray a un "oeil", comme on dit, et un sens de la formule qui fait mouche. Il a écrit un livre parfaitement iconoclaste et passionnant, susceptible de déplaire à beaucoup de monde. Sa plume redoutable nous entraîne successivement à Nazareth, Bethléem, Gaza, Jérusalem, en Jordanie, en Syrie et au Liban, à travers la Galilée, la Judée et la Samarie...
La Terre sainte lui apparaît plutôt comme le miroir de notre barbarie et de nos divisions. Par son exiguïté, elle révèle au grand jour ce qui, ailleurs, reste caché. "Avant-poste d'Occident en Orient et coin d'Orient enfoncé dans la chair d'Occident, cette terre pas comme les autres et qui les contient toutes, c'est notre métaphore, à nous croyants et incroyants, et qui faisons l'autruche. Soyons-lui reconnaissants de nous sortir la tête du sable." Le candide refuse l'optimisme de commande, au risque d'ajouter un peu à notre désespérance.


  • La revue de presse Bruno Frappat - La Croix du 6 février 2008

L'idée de Régis Debray est de nous promener en "terre sainte" et de tenter de refaire l'itinéraire de Jésus. Pour vérifier, in situ, ce que les monothéismes ont produit sur terre...
Ce récit de voyage, qui est dans la veine des fameux Voyages en Orient du XIXe siècle (il cite surtout celui de Flaubert, qui vérifia ici sa haine des religions) est haletant, ponctué de portraits, d'entretiens, de digressions, de méditations. Il flotte au-dessus de tout cela comme un regret inavoué des temps et des paysages bibliques. Le seul lieu où il lui semble rester quelque chose de ce que connut Jésus est le lac de Tibériade. Non point ses alentours mais l'eau du lac, le bleuté des matins de Tibériade quand se dégage la dernière brume. Là, il se fait poète, notre penseur, et ces pages sont très belles...
On sent bien l'attachement que Régis Debray éprouve pour la figure, la personne et le message de Jésus. Il ne croit pas à sa divinité mais il se dit que ce prophète d'il y a deux mille ans, ce révolutionnaire en sandales, annonçait des temps heureux qui ne vinrent pas. Et surtout pas en son pays. Au total, une lecture passionnée de l'histoire en train de se faire (défaire plutôt) et une nostalgie pour une espérance qu'il se refuse à éprouver.



  • Les premières lignes

1. L'optique des synoptiques

Livre des origines de Jésus Christ fils de David fils d'Abraham. Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob, Jacob engendra Judas et ses frères. [...] En tout donc, d'Abraham à David quatorze générations, de David à la déportation de Babylone quatorze générations, de la déportation de Babylone au Christ quatorze générations. Et voici les origines de Jésus Christ. [...] Matthieu, I, 1-18.

Ainsi s'ouvre le Nouveau Testament, par une grosse de notaire. Est-ce le timbre «Mille et une nuits» du muezzin d'à côté ? Le parfum des orangers, le pépiement d'un colibri, la résine de pin qui entrent avec l'air tiède par ma fenêtre entrebâillée ? Rouvrant, à peine arrivé à Jérusalem, dans ma chambre de l'École biblique, les Évangiles dont je me souvenais, enfant, comme du plus bel Orient, me voilà aussitôt défrisé par l'aspect comptable et déshydraté, façon biscuit sans beurre. Brillance du sujet, matité du rendu. Matthieu nous invite au soyeux sur un ton plutôt rêche. La révolution de velours dans la révolution monothéiste n'a pas d'emblée trouvé un coulant, un suave à sa mesure. Par l'ampleur et le souffle, la deuxième version, abrégée, de la Révélation fait historiette à côté de la grande histoire, rocambolesque et haute en couleur, avec ses carnages, son érotisme, ses monstres sacrés, ses rois truculents, ses prophètes déjantés, son Iahvé interventionniste, incorrect en diable (et qui passerait aujourd'hui en correctionnelle pour incita­tion à la haine raciale et apologie de crimes de guerre). Sous l'angle romanesque, le Dieu de colère et des armées montre plus de caractère que le Père plus bénin, mais singulièrement taiseux, d'un Fils qui ne se tourne vraiment vers Lui, sans succès, qu'aux dernières extrémités.
On devrait à Marc, m'a confirmé un bibliothécaire d'ici, le first draft, vers l'an 70, repris dans la foulée par Luc, en direction des Juifs hellénisés, et par Matthieu, en direction des Juifs de tradition. Dans les trois, chaque épisode est recadré, indexé, répertorié, étiqueté, certifié conforme à la tradition. Un peu lourdingue, pas très pattes de colombe, dirait-on chez un éditeur en comité de lecture. La volonté d'établir que le rabbi Yeshoua ben Iosef, fils de David, fils d'Abraham, etc., est bien celui que la Loi et les Prophètes avaient annoncé sans plus de précision obligeait à ouvrir le parapluie avec force attestations. «Téléphonée», chaque indication de lieu ou de parentèle est un clin d'oeil pour happy few. Pourquoi Bethléem ? Parce que patrie du roi David. Pourquoi l'Egypte ? Parce que «d'Egypte j'appelai mon fils» (Osée, XI, 1). Pourquoi le pedigree donné par Matthieu en introït, avec ses trois fois quatorze générations en partant d'Abraham ? Parce que quatorze est le chiffre symbolique de David, et pour écarter le soupçon de bâtardise pesant sur un quidam venant d'une Galilée malfamée en haut lieu. «Notre patron est de bonne lignée, vous n'avez rien à craindre.» En filigrane : tout ce qu'on vous raconte s'est produit dans les règles. Conformément au programme. Cacher. Sans doute fallait-il mettre tactiquement tous les atouts de son côté pour faire passer la pilule d'un Dieu suant, pissant et saignant. Pour arrondir les angles et minimiser l'écart entre l'Ancien et le Nouveau. Pour rassurer les huiles.


Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli