Auteur : Christine Jordis
Date de saisie : 26/03/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Fiction et Cie
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-02-096245-2
GENCOD : 9782020962452
Sorti le : 10/01/2008
Devenir une femme adulte, libre, avoir " une chambre à soi", quand on aime un homme de nature possessive et qu'on est encore emprisonnée dans les rets d'une éducation victorienne est une gageure.
C'est celle que soutient la narratrice de cette histoire, qui se déroule en Angleterre, aux États-Unis et surtout à Paris, entre les années soixante-dix et aujourd'hui. À Londres, elle a rencontré Paul, qui va devenir premier mari. Un homme entier, absolu, qui vit sa passion dans une volonté de fusion, sans comprendre que ses exigences étouffent peu à peu l'être aimé. Comment préserver sa liberté intérieure quand l'Autre conçoit l'amour comme un partage exclusif ? Comment exister par soi-même tout en répondant à l'exigence amoureuse ? Vivre en couple, n'est-ce pas vouloir surmonter des contradictions Insolubles ? À travers ses propres tentatives, la narratrice réfléchit sur l'absolu de l'amour et les difficultés du mariage, sur le bouleversement dans les attitudes au cours de trois générations successives.
Une histoire contemporaine du couple. Un roman sur la le temps, l'usure, et le besoin d'être soi - d'écrire.
«Combien d'hommes fiers ont été réduits en soupe au lait, combien de femmes jeunes et belles ont fini avec toute leur famille dans un cannibalisme spirituel qui ne leur a laissé que la peau sur les os...» Là, c'est Karen Blixen que cite la narratrice - elle se nourrit littéralement de littérature. Cannibalisme, absorption, enfermement : c'est de cela qu'il lui faudra s'extraire. Et elle le fera. Christine Jordis décrit ce processus avec profondeur, clairvoyance, une fermeté de plume et de pensée qui force l'admiration.
L'héroïne de ce roman n'est pas Christine Jordis, bien que celle-ci ait puisé dans sa propre expérience pour composer ce personnage. Un lien étroit est partiellement autobiographique, mais ce n'est pas un récit de mémoire. La narratrice est une sorte de concentré négatif de l'auteure, ce qu'elle aurait pu devenir si elle n'avait pas su échapper à certains enfermements. Dans son récit, à la première personne, elle exprime, au plus juste et avec violence, ce que Christine Jordis rejette dans le couple et la famille...
Mais presque seulement, tout ce livre cathartique est là pour le démontrer. Comment sortir de cet effrayant engluement dans la routine, décrit si minutieusement ? Comment, dans cette étrange prison, avoir encore cette "chambre à soi" dont parlait Virginia Woolf ?...
Avec ce Lien étroit, c'est la deuxième fois que Christine Jordis prend le risque de ce geste périlleux, après La Chambre blanche (Seuil, "Fiction & Cie" 2003 et, en poche, Points). Et, une fois encore, elle a osé aller au plus profond de ses contradictions et de ses désirs.
Christine Jordis livre un récit intense sur la liberté et le couple. Il est porté par un style tout en délicatesse. L'amour ou la liberté ? Cette interrogation constitue le fil directeur du roman de Christine Jordis, comme si les deux étaient inconciliables. La narratrice est une femme qui se penche sur son parcours, ses relations avec les hommes, et notamment celui avec lequel elle s'est mariée très jeune et très vite (trop vite ?). Attention, ce n'est pas un livre teinté de sensiblerie. Bien au contraire : c'est une réflexion forte, profonde, sur le sentiment et ses dépendances, sur la vie à deux, sur ce que l'on abandonne à l'autre, sur le rapport de forces aussi.
De Londres à Paris, la narratrice du nouveau roman de Christine Jordis se retourne sur son passé, liant le désir de liberté à celui d'écrire. Le roman est le chemin de la poésie à la prose, disait Alain. Le passage des chimères et des constructions imaginaires de l'adolescence à la déconvenue devant la réalité. Un lien étroit est un beau roman d'apprentissage, la confession d'une désillusion...
Ainsi la trame narrative de son deuxième roman est-elle nourrie à la fois par le vécu de l'héroïne, vie réelle ou rêvée, et par les mille fils, les fines attaches de la culture, de la création, sorte de mémoire imprégnant l'histoire et donnant au récit «cet air humain épais et nourrissant» dont parlait Edith Wharton et qui manque cruellement à beaucoup de fictions contemporaines.
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