Passion du livre - tout sur le livre : Décapage, n° 33

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Décapage, n° 33

Couverture du livre Décapage, n° 33

Date de saisie : 04/02/2008

Genre : Littérature Etudes et théories

Editeur : Table ronde, Paris, France

Prix : 8.50 € / 55.76 F

ISBN : 978-2-7103-3034-9

GENCOD : 9782710330349

Sorti le : 24/01/2008

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

Chroniques

par Alexis Barthet, Vincent Delecroix, Mathieu Deslandes, Erwan Desplanques, Claude Fraysse, Jean-Baptiste Gendarme, Xabi Molia, Alban Perinet, Ludovic Roubaudi, Patrick de Sinety, Guillaume Tabard

Et aussi
Chroniques tournantes
par Valentine Goby, Franz Bartelt

Thème
par Emmanuel Adely, Stéphane Audeguy, Jean-Philippe Blondel, Patrick Goujon, Stéphane Héaume, Serge Joncour

Littérature étrangère
par Stephen Leacock, Qâdir Rustam

Littérature française
par André Blanchard, Alexandre Gouzou, Charly Delwart, Frédéric Berthet, Christine Avel, Nathalie Kuperman, Constance de Buor, Louise Desbrusses, Arnaud Dudek





  • Les premières lignes

Les hommes de lettres sont des gens comme tout le monde. Ou presque.
À travers les journaux intimes des uns et les souvenirs des autres se reconstituent des emplois du temps, des rencontres et des amitiés.

L'agenda de... Bernard Grasset

Éditeur n'est pas un métier de tout repos, contrai­rement à ce que s'imaginent la plupart des écrivains, et surtout les apprentis écrivains. «Pas le temps de lire les manuscrits qu'ils reçoivent !» se plaignent ces derniers. S'ils savaient ! On n'imagine pas l'angoisse de l'éditeur. Les ulcères qui se déclarent, les insomnies, l'appréhension de ne pas publier au bon moment, de ne pas publier un bon livre. Bernard Grasset, par exemple, en ce mois de février 1924, est soucieux. Il fait les cent pas dans le hall d'un immeuble parisien, 89 rue de la Pompe. Cigarette aux lèvres, il traverse le hall de la porte à l'escalier, de l'escalier à l'ascenseur. Il n'entend pas Maurice Martin du Gard arriver et quand il le voit, il l'apostrophe sans prendre le temps de le saluer. «Ah ! Les obsèques de Lénine ont eu lieu le 27 janvier. Le président Wilson est mort le 3 février. Le 30 janvier, c'était le duc de Montpensier. Je ne sais plus où donner de la tête !» Maurice Martin du Gard qui se demandait quel lien unissait ces personnes à Grasset, tente "ne diversion : «C'est au sixième. Si l'ascenseur est en panne, c'est ennuyeux.» Au sixième se trouve l'appartement de François Mauriac. Ce soir-là, il reçoit à dîner Jacques-Emile Blanche et sa femme, Edmond Jaloux, Raymonde Heudebert et bien sûr, Bernard Grasset et Maurice Martin du Gard, qui craint d'être en retard et ne souhaite pas arriver le dernier. Grasset s'en moque. Et il a raison, les Blanche ne sont pas encore là. Et puis, Mauriac n'est plus un provincial : on dîne tard chez lui, d'après Grasset qui prend le temps de s'allumer une nouvelle cigarette. «Wilson, voyons, trouvez-moi quelqu'un qui m'en fasse deux cent cin­quante pages.» Voilà ce qui tracassait l'éditeur : être dans le chaud de l'actualité. Il cherche donc des gens capables d'écrire un livre sur Wilson, sur Lénine et sur le duc. «Je veux être le premier !» confie-t-il. Et pour Lénine, il ne veut pas d'un bolchevik. Pas simple. En commençant sa troisième cigarette, alors que Maurice Martin du Gard tente de l'entraîner dans l'ascenseur, Grasset commente les manuscrits reçus : beaucoup de Morand ces jours-ci. «Etre imi­té de son vivant, signe de grande importance», note Maurice Martin du Gard. Enfin, l'ascenseur se hisse lentement vers le sixième étage. Grasset disserte sur Maurois et Montherlant, en insistant un peu plus sur Montherlant. Sixième étage, tout le monde descend. En ouvrant la porte, François Mauriac voyant Martin du Gard et Grasset ensemble, s'exclame : «Vous vous êtes rencontrés en bas ? Ah ! Vous avez dû en dire du mal de moi, tous les deux !»Tout de même : les écrivains sont d'un égocentrisme !

Pedib
André Blanchard

Sans doute faut-il être de passage, provincial recroquevillé sur son petit territoire, voire sur soi, pour que vous saisisse cette impression, décoiffante : marcher dans Paris vous ouvre l'horizon, à la fois celui loin devant, débarbouillé des menaces, comme si Cassandre était détrônée, et l'horizon arrière, où les siècles ont un visage, sans rides. C'est pourquoi me semble on ne peut plus sensé, au point d'en être définitif, le jugement prononcé par Hemin­gway : «Paris a toujours le même âge.» Ce privilège-là, qui isole de la mort le temps, énonçons-le autrement : Paris, c'est du Proust.
Voilà une réflexion qui serait tombée à pic si j'avais eu besoin de tenir conseil afin de flécher ma promenade. Qu'elle m'emmène où le souvenir m'appelle, au Père-Lachaise, et je fonce. Ne m'étais-je pas dit sur les tombes de Proust et Balzac, à mon dernier passage, en 1988 : lorsque j'y reviendrai, il faudra que je sois devenu quelqu'un plume en main, à tout le moins quelqu'un de fréquentable. De fréquenté, faut pas pousser !


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