Auteur : Jean-Christophe Rufin
Date de saisie : 21/02/2008
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 17.90 € / 117.42 F
ISBN : 978-2-07-078290-1
GENCOD : 9782070782901
Sorti le : 31/01/2008
Médecin des hôpitaux, pionnier de l'humanitaire "sans frontières", écrivain, prix Goncourt 2001, aujourd'hui ambassadeur de France au Sénégal, Jean-Christophe Rufin mène sa vie au grand galop.
Selon une image tirée d'un poème de Senghor. il semble aller comme un cheval qu'un léopard aurait saisi au garrot. Pourtant, sous l'apparente diversité de cette existence, on distingue une unité profonde, née de la fidélité à une seule passion : la médecine, vécue comme un engagement total dans une discipline moins scientifique qu'humaniste. Voyage dans une vie, ce récit, en tirant sur ce fil qu'est la médecine, fait défiler sous nos yeux trente ans de notre histoire d'un point à l'autre de la planète. De nouveau, l'auteur de Rouge Brésil et de L'Abyssin offre au lecteur une belle aventure. Mais, cette fois-ci, c'est la sienne.
Quand on y réfléchit, il n'est pas absurde qu'un neurologue ait quelque compétence en matière de mémoire. Mais pour réussir la rédaction de ses souvenirs, il faut que le fils d'Esculape entretienne avec les Muses un commerce particulier. C'est le cas de Jean-Christophe Rufin, médecin, romancier qui se fait aujourd'hui mémorialiste, avec un bonheur proche de celui qui parcourt ses meilleurs livres, L'Abyssin, Les Causes perdues, Rouge Brésil...
S'il ne guérit pas les écrouelles, privilège des rois thaumaturges, Jean-Christophe Rufin a l'art de transformer ce qu'il touche en or. Or il touche à tout. Fréquente-t-il l'association Médecins sans frontières, celle-ci reçoit le prix Nobel de la paix, décide-t-il de se lancer dans le roman, il collectionne les prix littéraires comme d'autres les PV pour excès de vitesse...
Ses livres, romans, essais, sont nés de ses voyages, de ses missions, d'un exercice de la médecine dans des conditions parfois périlleuses. La rencontre d'un pays, d'une culture, d'une femme est à chaque fois une étincelle qui met le feu à son encre, si l'on ose l'image chimiquement contestable.
«Un léopard sur le garrot» : une citation de Senghor et l'image forte d'une morsure...
Une constante, dans ce récit : l'ennui qui saisit le futur écrivain quand la vie s'éternise. Les soirs de garde, il fait «des rêves de vierge recluse». Le prince charmant sera Kouchner, bientôt destitué de l'organisation qu'il a créée, Médecins sans frontières. Comme Fabrice à Waterloo, Rufin assiste au putsch et prend son envol. Dans les maquis de l'Erythrée et les montagnes du Nicaragua qu'il dévale en Spitfire décapotable. Avant de se faire, lui aussi, exclure. La suite ? Une bousculade d'occupations : presse médicale, rapatriement pour assurances, cabinets ministériels, humanitaire encore, et du conseil culturel au Brésil, dont les filles ensoleillées lui enseignent la langue. A quoi ça rime, tout ça ? A faire germer la littérature, tsunami de mots, guerre balkanique contre soi-même. Une vie «derrière la vie», confie l'auteur comblé de «L'Abyssin», de «Rouge Brésil», de «Globalia», et maintenant d'«Un léopard sur le garrot». Trois cents belles pages nées d'une crise, que l'écriture a calmée. La pluie peut s'arrêter. Et la mélancolie se taire.
Tout juste a-t-il mis le point final à ce récit autobiographique dans lequel, avec pudeur et style, il fend enfin l'armure, raconte l'itinéraire d'un gosse abandonné par son père qui entrera en médecine comme on entre en religion, par admiration pour le grand-père médecin de campagne qui l'a élevé après son retour de Buchenwald, puis comprendra qu'il lui faut devenir nomade alors que tout conspire à faire de lui un sédentaire - une idée née d'une conversation avec le romancier américain Douglas Kennedy lors d'une conférence sur l'écriture à l'île Maurice, l'an dernier...
Neurologue, psychiatre, humanitaire, romancier, essayiste : l'homme confesse une certaine «schizophrénie», sait qu'il restera toujours un «marginal» aux yeux d'un monde des lettres corseté et qui n'apprécie pas les trajectoires toutes de courbes et d'errances.
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