Passion du livre - tout sur le livre : La Signora Wilson

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La Signora Wilson

Couverture du livre La Signora Wilson

Auteur : Patrice Salsa

Date de saisie : 27/03/2008

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Collection : Domaine français

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 978-2-7427-7240-7

GENCOD : 9782742772407

Sorti le : 01/02/2008

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  • La présentation de l'éditeur

LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS

Le narrateur de ce livre vient d'arriver à Rome. Nommé dans une ambassade, ce jeune Français issu de la grande bourgeoisie découvre avec délices la splendeur de la cité italienne et, non sans ironie, l'indolence des fonctionnaires en poste. Très vite, il s'installe dans un palazzo romain, un lieu où tout serait parfait si ce nou­veau locataire n'était sans cesse dérangé par une multitude d'appels téléphoniques. Une certaine Signora Wilson est chaque fois demandée.
D'une promenade à l'autre, le jeune homme apprivoise cette ville incomparable, mais sa fascination pour ces lieux prestigieux et son désoeuvrement professionnel l'entraînent vers de tout autres rêveries. Perdu dans la contemplation des pierres, il traverse la rue sans prendre garde et bascule soudain par-dessus le capot d'une auto­mobile. Mais dans l'instant il se relève.
Commence alors une autre histoire, un voyage au cours duquel il pourra percevoir l'origine de ses peurs, revisiter son enfance, sublimer l'antique, démultiplier le désir, et comprendre l'étrange machination de la Signora Wilson.

Après Un garçon naturel, Patrice Salsa nous livre une subtile construction située aux confins de l'onirisme. Rome, étranges palazzi, théâtres, bals masqués, musiques et réminiscences d'une enfance blessée, tout ici se révèle tel un tableau caché sous une fresque Renaissance, puis de nouveau s'efface pour nous dési­gner avec virtuosité l'entrée d'une chambre dérobée. Patrice Salsa vit et travaille à Paris. Ce livre est son second roman.





  • Les premières lignes

La première quinzaine, le téléphone n'a sonné qu'à deux reprises. La première, ma cousine veut savoir si je suis bien arrivé, bien installé et si mes collègues sont sympathiques. Je lui réponds que oui et que l'appartement est immense. Je ne parle ni des fresques aux plafonds et aux murs, ni de mon accrochage lors de mon arrivée, réservant cela à un futur courrier. En reposant le combiné, je suis un peu triste en pensant à l'aile enfoncée de la Lotus. Heureusement, le garagiste trouvé grâce à l'aide du compagnon indigène d'une collègue me semble - au téléphone du moins - compétent et passionné. La seconde, ma propriétaire m'informe de la venue de l'idraulico pour le lendemain à dix-sept heures. Bien entendu, il ne viendra pas.
Les semaines suivantes, le téléphone sonne tous les deux ou trois jours, et même, un samedi, deux fois dans la même journée. Mes interlocuteurs, jamais les mêmes semble-t-il, demandent, dans des idiomes divers, à parler à la Signora Wilson. J'informe courtoisement mon correspondant, dans la langue qu'il utilise - sauf une fois où j'emploie l'anglais pour répondre à ce qui me semble être du polonais -, qu'il n'y a pas de Signora Wilson à ce numéro, et que non, ce n'est rien, il ne m'a pas dérangé. Je remarque que les femmes paraissent plus contrariées et sont portées à insister. Au fil des appels, j'ai tendance à répondre de plus en plus sèchement, surtout quand ils ont lieu en pleine nuit ou dès potron-minet. Il va vraiment falloir se décider à contacter la compagnie de téléphone pour faire changer ce satané numéro, si c'est possible. La ligne est au nom de ma propriétaire, Mancini, j'ai vérifié dans l'annuaire qui m'a aussi appris qu'il n'existe dans cette ville qu'un Wilson-Smith - Donald de son prénom -dont le numéro ne s'approche ni de près ni de loin du mien, ce qui exclut des erreurs à répétition. J'ai comme ça une connaissance à qui on avait attribué un numéro ne se différenciant que par un chiffre de celui du centre de généalogie mormon ; elle était régulièrement réveillée en pleine nuit par des Américains exaltés demandant d'une voix fébrile si on avait enfin retrouvé l'acte de naissance de leur arrière-grand-mère. Elle a cru devenir folle.

Ce matin, lorsque j'arrive au Palais, il règne une certaine agitation. Je crois comprendre qu'il s'agit de l'organisation d'un colloque, que le Service est très en retard et que mille cinq cents courriers, contenant le programme et les formulaires d'inscription, doivent partir dans la semaine - on est déjà jeudi. Ne disant rien de mon léger étonnement - je n'ai remarqué aucun signe d'une quelconque urgence les jours précédents -, je propose mon aide pour la mise sous pli. De toute façon je n'ai rien à faire qui ne puisse être remis à plus tard. Au début, tout le monde est admiratif devant ma dextérité mais, au bout de deux heures, je perçois comme un léger malaise. Une des collègues me jette carrément un sale coup d'oeil. Je ralentis un peu l'allure. L'ambiance se détend graduellement.


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