Auteur : Amanda Eyre Ward
Traducteur : Anne-Marie Carrière
Date de saisie : 26/01/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Pocket, Paris, France
Collection : Pocket. Best, n° 13274
Prix : 6.30 € / 41.33 F
ISBN : 978-2-266-16959-2
GENCOD : 9782266169592
Sorti le : 17/01/2008
Ce jour-la, Caroline, Madeline et Ellie avaient décidé de fuguer. Deux adolescentes et leur petite soeur de cinq ans qui rêvaient d'aventure et de liberté, de fuir un père alcoolique et une mère trop faible. Dans la voiture, les grandes ont attendu qu'Ellie sorte de classe. Et Ellie n'est jamais venue. C'était il y a seize ans. Depuis, aucune nouvelle, aucune trace, aucun indice. Seulement une famille rongée par le doute et la culpabilité. Enceinte, Madeline voudrait voir l'affaire classée pour enfin avancer. Caroline, elle, se raccroche à un minuscule espoir : un visage sur une photo de presse prise dans le Montana, une jeune fille au sourire si ressemblant... Improbable, impossible, mais comment hésiter ?
Caroline prend à nouveau le volant. Direction le Montana...
«Captivant.»
Questions de Femmes
«(...) un roman émouvant et élégant, écrit d'une plume souvent caustique (...).»
La Marseillaise
La veille, j'avais réfléchi à ce que j'allais lui dire : je commencerais par lui rappeler mon âge, ma maturité, je ferais allusion à un nouvel amant et je finirais par un bouquet de promesses : petits-enfants, lettres, cadeaux de chez Tiffany envoyés avant la bousculade des fêtes de Noël. J'étais dans mon appartement, je buvais du scotch en préparant mes phrases. «Maman, ai-je annoncé à Georgette, ma chatte. Maman, j'ai quelque chose d'important à te dire.»
Sur le balcon, Georgette s'est étirée nonchalamment. Dans la rue, une ambulance est passée, toute sirène hurlante. Debout sur le trottoir, en bas de mon immeuble, un homme avec un Caddie sifflotait en mangeant des ailes de poulet grillées. La chaleur avait diminué, mais les odeurs de La Nouvelle-Orléans semblaient s'accentuer : viande avariée, sueur, bière.
«Maman, ai-je dit à la chatte, s'il te plaît, écoute-moi.»
Georgette continuait de m'ignorer, mais l'homme au Caddie a levé les yeux vers moi et j'ai pris ça pour un bon augure.
Je travaillais ce soir-là : après le scotch et un petit somme, je me suis approchée de mon miroir et j'ai mis du mascara. J'allais la jouer Espagnole torride, j'ai donc entortillé mes cheveux entre mes doigts et les ai fixés en chignon avec des épingles. Pouvait-on appeler ça un chignon ? Et d'ailleurs, comment prononce-t-on le mot chignon ? En tout cas, des cheveux tirés en arrière, ça ferait plaisir au service d'hygiène. Je me suis lavé les mains avec le savon à la rose que m'avait envoyé ma soeur et j'ai enfilé des escarpins à hauts talons. Touche finale : une mouche dessinée au coin gauche de ma bouche.
On nous avait dit, au Highball - je cite - de nous faire une image glamour. Jimbo, le directeur du club, un type plus tout jeune, avait commencé à contacter des acheteurs susceptibles d'acquérir «ce petit bout d'histoire de La Nouvelle-Orléans». Le Highball était un bar à cocktails situé au dernier étage d'une tour, dans une salle tournant sur elle-même. Si vous restiez là une heure, à siroter des cocktails à thème hors de prix, vous pouviez voir toute la ville : les eaux paresseuses du Mississippi, le centre-ville décrépit, le Vieux Carré et, à nouveau, le Mississippi, Old Man River.
Dans sa note de service, Jimbo nous avait suppliées de nous mettre en beauté. Il devait se dire qu'en dépit du décor vieillot, de nos mines agacées et de notre âge (j'ai trente-deux ans, dans une ville où beaucoup d'hôtesses d'accueil sont des mineures en fugue), il parviendrait, si nous nous tartinions bien la figure, à convaincre un riche Yankee que le Highball était vraiment un club classe et non un piège à touristes qui tournait sur lui-même. Pourquoi ne pas essayer, après tout ? Mon air habituel, irritable et épuisé, ne m'avait guère apporté de succès auprès des hommes. Avec ma copine Winnie on est allées dans un magasin de chaussures bon marché, où on s'est trouvé des escarpins à hauts talons. On s'est aussi acheté des bas résille et du parfum. Et puis nous étions parties au Bobby's Bar et nous nous étions payé des canettes de bière jusqu'à ce que nous n'ayons plus de pièces de vingt-cinq cents à mettre dans le juke-box.
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