Auteur : Martin Breaugh
Date de saisie : 24/01/2008
Genre : Politique
Editeur : Payot, Paris, France
Collection : Critique de la politique
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-228-90260-1
GENCOD : 9782228902601
Sorti le : 07/11/2007
Pourquoi pas la plèbe ? interroge le philosophe.
L'expérience plébéienne constitue donc le passage d'un statut infra-politique - les plébéiens sont les " muets du mutisme civil " - à celui de sujet politique ; dans un double mouvement qui va du refus de la domination au désir d'expérimenter un nouvel être-ensemble, sous le signe de la liberté. Un événement fondateur, la première sécession plébéienne en 494 avant notre ère, le retrait sur l'Aventin, scène inaugurale qui ouvre à la plèbe l'accès à la parole publique et à l'inscription symbolique dans l'ordre de la cité.
De cette configuration première naît une tradition insurgeante, souterraine, voire cachée. Trois caractères la distinguent, le communalisme, l'agoraphilie, une temporalité propre, la brèche. Peut-on affirmer un principe plébéien, c'est-à-dire un principe progressif et un principe d'émancipation ? M. Breaugh retrace une double genèse du plébéianisme, historique et philosophique. De Machiavel à Jacques Rancière en passant par Ballanche et De Leon, il existe une " pensée de la plèbe " qui se nourrit d'une réflexion renouvelée sur l'accès du grand nombre à l'action politique.
M. Breaugh retient trois grandes résurgences du principe plébéien dans la modernité : les sans-culottes parisiens, les jacobins anglais, la Commune de Paris en 1871. La consistance de la politique plébéienne se renforce d'autant plus qu'elle se constitue contre la configuration politique dominante qui, à travers le gouvernement représentatif, les partis politiques, les bureaucraties s'avère être une conception " patricienne " de la politique.
Grâce à L'Expérience plébéienne, c'est une autre intelligence de la démocratie qui nous est offerte : non pas un système de procédures et d'institutions délibératives visant le consensus, mais une expérience d'autre émancipation du grand nombre, à l'épreuve d'une conflictualité génératrice de liberté. L'insurrection n'est-elle pas partie intégrante de l'agir démocratique ? On comprend sans peine que la haine de cette démocratie, sauvage ou radicale, ait entraîné l'oubli du principe plébéien.
Martin Breaugh est professeur de théorie politique à l'Université York (Toronto) et chercheur associé à l'Université du Québec (Montréal).
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On a toujours raison de s'insurger... Mais l'insurrection n'est ni la révolte ni une révolution, elle est autre chose et plus qu'un fait historique : une dimension fondamentale de notre expérience, c'est-à-dire de notre rapport au monde, aux autres et à nous-mêmes. Cette expérience est celle de la "plèbe", telle que la présente ici Martin Breaugh, professeur de théorie politique à l'université York (Toronto, Canada)...
Mais cette histoire est aussi celle de la "pensée de la plèbe", c'est-à-dire des vicissitudes du "signifiant plèbe" dans l'histoire de la pensée philosophique et politique - que Breaugh traque chez des auteurs aussi divers que Machiavel, Montesquieu, Pierre-Simon Ballanche ou Foucault, et dont la principale leçon est que la plèbe nomme l'exigence inconditionnelle de la liberté, qu'elle la fait valoir sous la forme d'un conflit qui est en même temps le principal vecteur du progrès...
Les belles pages que l'auteur consacre aux formes entièrement pacifiques et symboliques de certaines insurrections des sans-culottes montrent qu'avant même d'être refus brutal de l'ordre existant, l'insurrection se caractérise comme un souci infini du politique - ce qu'il faut entendre conformément à la leçon de Ballanche selon laquelle "le plébéien, c'est l'homme même" : l'insurrection plébéienne n'est autre que la prise en charge par les hommes, dans le lien politique, de leur propre humanité.
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