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Notre métier a mal tourné : deux journalistes s'énervent

Couverture du livre Notre métier a mal tourné : deux journalistes s'énervent

Auteur : Philippe Cohen | Elisabeth Lévy

Date de saisie : 18/03/2008

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Mille et une nuits, Paris, France

Collection : Document

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-7555-0041-7

GENCOD : 9782755500417

Sorti le : 23/01/2008

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  • La présentation de l'éditeur

Étrange paradoxe : plus il y a de journalistes, moins il y a de journalisme.
Car la multiplication des médias et l'explosion des nouvelles technologies aboutissent à faire de chaque journaliste un numéro. Victimes de cette banalisation, les figures du journaliste politique, du grand reporter et de l'enquêteur ont bien pâli. Et si le public s'estime mal informé, les producteurs de nouvelles ont le sentiment que les nouvelles règles du jeu médiatique leur interdisent de respecter celles qui étaient au coeur de leur métier.
Qu'est-il donc arrivé au journalisme ? Les deux auteurs disent tout haut ce qu'on ne peut s'avouer dans les rédactions : leur métier a mal tourné ; la peur est devenue le premier carburant de la profession. L'industrie des médias est à présent dominée par quelques grands groupes, ce qui a contribué à écraser les individualités. Pour autant, si les journalistes se contentent de rediffuser la même information et la même vulgate en mille éclats de voix et de phrases, ils en sont aussi responsables.
Le journalisme était un métier, il est devenu, avec la complicité souvent involontaire de ceux qui l'exercent, une idéologie diffuse qui prend la forme d'un conformisme pâteux constitué d'idées trop simples et d'icônes vénérées. Élisabeth Lévy et Philippe Cohen exposent les logiques à l'oeuvre dans la fabrication de l'information et analysent les dernières mutations d'un paysage médiatique français sinistré par l'érosion des recettes publicitaires.
Le salut ne viendra pas seulement d'Internet mais d'abord de la détermination des journalistes et des citoyens à défendre un artisanat de la liberté sans lequel il n'est pas d'information.

Élisabeth Lévy est journaliste. Elle collabore au Point et à Marianne, et anime le site causeur.fr. Elle est l'auteur des Maîtres censeurs (Lattés, 2002) et du Premier Pouvoir (Climats, 2007). Philippe Cohen est rédacteur en chef à Marianne et dirige le site marianne2.fr. Il est notamment l'auteur de La Face cachée du Monde (avec Pierre Péan, Mille et une nuits, 2003), de BHL (Fayard, 2005) et de La Face karchée de Sarkozy (avec Riss et Richard Malka, Fayard-Vents d'Ouest, 2006).





  • La revue de presse Violaine de Montclos - Le Point du 13 mars 2008

La juste cause de Lévy et Cohen aurait peut-être mérité plus de faits précis, moins de grandiloquence. N'empêche que leur diatribe fait mal et dessine un paysage apocalyptique. Celui d'une presse conformiste, clientéliste, corrompue par ses liens incestueux avec le pouvoir. Une presse qui cultive le goût de la vaine polémique pour mieux dissimuler la nécessité impérieuse de ne fâcher personne.


  • La revue de presse Vincent Remy - Télérama du 23 janvier 2008

Plus terrible, encore, selon les auteurs : les journaux qui ont échappé par miracle aux «condottieri de l'industrie et du commerce» ont sombré (Libération, Le Monde) dans une autogestion calamiteuse. Comment sortir de cette situation sans équivalent dans les grandes démocraties ? La résistance de la rédaction des Echos n'a pas empêché qu'ils tombent dans l'escarcelle de Bernard Arnault, Le Monde (et Télérama...) n'est pas à l'abri d'une montée en puissance de Lagardère, les journalistes du Figaro, après les voeux sarkoziens de Dassault en une, redoutent la destruction de leur formidable service étranger... Le combat, concluent Lévy et Cohen, appelle un sursaut citoyen.



  • Les premières lignes

Que nous est-il arrivé ?

«Les journalistes sont l'avenir de l'homme.» Le slogan de la campagne de publicité pour le quotidien gratuit 20 Minutes sera peut-être placardé un jour prochain dans les halls des écoles de journalisme. De fait, il serait bien nécessaire de remonter le moral aux jeunes générations au moment où de nombreux anciens ressassent la crise du métier, affichant une mélancolie derrière laquelle perce l'agaçante nostalgie d'un journalisme qui n'a peut-être jamais existé que dans leurs imaginations.
Crise du journalisme ? La statistique se rit des états d'âme : en 2006, on recense 36 503 cartes de presse en France, soit une progression de 25 % en dix ans. Seuls les effectifs des téléopérateurs installés à Marrakech ou à Bucarest, des assistantes de «fin de vie» ou des vendeurs de résidences secondaires connaissent une croissance comparable. Logique : ces emplois sont bien ceux d'une époque qui produit du loisir, de la durée de vie et de l'information - ou ce que l'on persiste à qualifier ainsi.
Aucune raison, donc, de désespérer ceux qui se rêvent en héritiers de Tintin, d'Albert Londres ou, plus vraisemblablement, de Patrick Poivre d'Arvor. «Recrutons journalistes», proclame 20 Minutes dans la même campagne. Big Media est parmi nous. On nous annonce de plus en plus de chaînes de télévision accessibles sur un nombre croissant de supports : ordinateurs, téléphones portables, automobiles. La télé partout et à toute heure. Sans compter l'avènement, grâce à Internet, d'un «média-monde» caractérisé par la circulation - peu importe ce qui circule. «Le contenu n'est rien, le mouvement est tout» : l'univers des médias redonne vie à la formule du marxiste réformiste Bernstein. Encore faut-il qu'il y ait quelque chose plutôt que rien sur l'écran de télévision ou d'ordinateur auquel nous sommes rivés. La consommation médiatique augmente, la production doit suivre. Derrière les micros, les écrans, les consoles d'ordinateurs, il faut encore, il faut toujours, et c'est un petit miracle dans un monde où tout s'automatise, des journalistes.
En conséquence, si le journalisme ne peut plus prétendre à la fonction sociale et au prestige auxquels il permettait d'accéder autrefois, les journalistes ont quelques raisons de croire en leur avenir. Or, il suffit de fréquenter le milieu pour humer les vapeurs insistantes du désenchantement. On peut donc se demander pourquoi ils sont si nombreux à entonner le refrain du «tout fout le camp». À quoi bon ? Cette question qui contient sa réponse est devenue la devise d'une corporation habitée par le doute.
Le journaliste, «avenir de l'homme» ? Peut-être. Sauf qu'il ne s'agit pas du même homme qu'hier. Et encore moins du même journaliste. Tous font désormais profession de détester l'idéologie, à l'instar de notre PPDA national qui, invité comme toutes les gloires de la profession, à réciter un petit compliment pour célébrer les vingt ans de France Info, déclare se délecter chaque matin de l'information «dépolluée» de tout commentaire que diffuse en continu la station. Surtout, ne pensons rien, c'est encore le plus sûr moyen de durer. Tendons les micros.


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