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Héloïse-Abélard : correspondance

Couverture du livre Héloïse-Abélard : correspondance

Auteur : Pierre Abélard | Héloïse

Traducteur : Roland Denise Oberson

Date de saisie : 20/01/2008

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Hermann, Paris, France

Collection : Littérature

Prix : 16.00 € / 104.95 F

ISBN : 978-2-7056-6706-1

GENCOD : 9782705667061

Sorti le : 18/01/2008


  • La présentation de l'éditeur

Édition bilingue traduction, introduction et notes par Roland Denise Oberson

Deux colonnes pour exposer la Correspondance d'Abélard et Héloïse. Deux vitrines.
À gauche, une traduction française, inédite : elle recourt au présent de l'indicatif pour souligner l'actualité du drame et nous rapprocher des deux héros de l'amour abîmé. Fidèle au texte latin, imprimé pour la première fois en 1616 et mis en vis-à-vis, dans la colonne de droite, la version proposée se prend au rythme de la phrase latine.

L'homme, philosophe, entreprend la tâche difficile de s'accuser d'un crime tout en s'en disculpant insidieusement. Il cache ce qu'il n'ose avouer en nous proposant d'écouter ce qu'il ne veut pas dire. La rudesse des temps l'y contraint. Le latin de la femme, qu'on dit plus admirable encore que celui de son interlocuteur, montre qu'elle a vite compris ce qu'elle ne peut admettre : la victime est seule coupable.

Ces échanges épistolaires nous aident à mieux distinguer les com­posantes fondamentales de l'amour, si difficiles à disséquer.



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  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

On ne recourt pas souvent au texte latin de la Correspondance que nous présentons ici. Il est pourtant le plus ancien qui soit imprimé. Pour des raisons mal identifiables, les deux éditions auxquelles on préfère se référer lui sont postérieures d'au moins deux siècles. Le nôtre, si on ose dire, celui que nous proposons ici même pour adoucir l'impair, est la copie d'une collation de divers manuscrits existant à la fin du seizième siècle. Ils se trouvent alors en main des éditeurs François d'Amboise (1550-1620) et André Duchesne, en latin Andreas Quercetanus (1584-1640).
D'Amboise, Franciscus Amboesius, professeur et littérateur, maître des requêtes et conseiller d'Etat, se prend de passion pour le plus grand penseur et philosophe du douzième siècle, Abélard, dont les écrits déjà se font rares. Ayant réussi à s'en procurer quelques-uns, il s'assure la collaboration de Duchesne, son cadet, qui aurait eu à disposition, lui aussi, quelques autres manuscrits.2 En tant que tel, il lui est reconnu, de nos jours, la compétence qu'on refuse à d'Amboise, comme si l'instinct et l'enthousiasme du curieux ne méritaient pas d'être considérés aussi, et honorés.
De cet ensemble de manuscrits transcrits d'un original qui nous manque, par des moines pieux ou inspirés, la plupart sont aujourd'hui perdus. Ceux qui existent encore ne semblent pas différer de ceux-là que publièrent d'Amboise et Duchesne, sauf pour des détails de copie sans importance. Peut-être bien que le jeune Duchesne s'attelle à la tâche de collationner le tout pour le compte de François d'Amboise et que ce dernier en confie l'impression au libraire Nicolas Buon à Paris. L'oeuvre paraît sous le titre : Ex Pétri Abaelardi, filosofi et Theologi, Abbatis ruyensis, et Heloissae coniugis eius, prima Paracleti abbatissae, OPERA, nunc primum edita ex MMS. Codd. V. Illust. Francisci Amboesii, Equitis, Regis in sanctiore Consistorio Consiliarij, Baronis Chartrae, etc.
Il comprend une Préface apologétique de la plume du chevalier d'Amboise et la censure des docteurs parisiens ainsi que des notes de Duchesne.
Le bas de page du titre indique le nom de l'éditeur imprimeur Nicolas Buon, lieu et date de la parution et la mention du privilège royal : PARISIIS, Sumptibus NICOLAI BVON, via lacobaea, sub signis sancti Claudij, & Hominis Silvestris. M.DCXVI. CUM PRTVILEGIO REGIS.
L'ouvrage de 1197 pages plus un index de 11 pages, fait sensation. Il est boycotté, malgré les précautions prises. On lui reproche principalement la préface de l'éditeur d'Amboise favorable à Abélard. Pourtant adressée au chancelier de France et de Navarre, Nicolas Brulart, elle ne passe pas. Pour sauver l'entreprise héroïque du naufrage, l'imprimeur modifie la page de titre et retire les pages incriminables. Des exemplaires semblables, issus la même année, portant le nom de Duchesne en page de titre à la place de celui d'Amboise, apparaissent. Ils font penser qu'une édition jumelle dépourvue de la préface apologétique tente de corriger le faux pas. En effet, il n'eût pas fallu insister sur ce qui ne pouvait que déplaire à l'autorité : entre autres choses, le sort malheureux fait au couple innocent. La Correspondance des deux amis, Pierre Abélard et Heloise, placée ainsi tout devant, bien en évidence, a dû en choquer plus d'un. Souligner son caractère scandaleux par une préface est alors peut-être plus qu'une maladresse supplémentaire. Nous pensons aujourd'hui que les éditeurs de l'époque ont tenu à revenir sur «le cas» de ce couple. Que chacun des lecteurs en reprennent les éléments pour reconstruire l'affaire, voilà le message qu'ils délivraient et que nous reprenons à notre compte ! En effet, on ne saurait plus prétendre que cette attaque anticléricale déguisée pût échapper à la vigilance de l'Eglise combattante. Il est donc vraisemblable que, si elle n'est pas à l'origine du fiasco qui touche le tirage d'Amboise, elle y ait contribuée. Essuyer une telle avanie, l'autorité religieuse ne peut le tolérer. Elle condamne le livre dans sa totalité. Tout son contenu est mis à l'index de Rome. En déclarant hérétiques les idées avancées par le philosophe, on ne fait qu'augmenter la déconsidération dont on veut marquer la personne de l'auteur. L'image de l'homme Abélard une fois ruinée - eh ! vous savez, c'est celui qui a eu le front de séduire la garcette mignonnette d'un vénéré chanoine et qui lui a fait un gosse - le discrédit sur l'oeuvre est porté à son comble. Concurremment, les faiblesses charnelles dont on l'ac­cuse et les raisons qu'il avance se confondent pour détruire l'engouement que mérite sa pensée.


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