Auteur : Jean-Pierre Thiercelin
Préface : Elie Pressmann
Date de saisie : 18/01/2008
Genre : Théâtre
Editeur : Ed. de l'Amandier, Paris, France
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 978-2-35516-038-7
GENCOD : 9782355160387
Sorti le : 18/01/2008
Parmi les camps de concentration nazis, celui de Dora se distingue par sa singularité et par la place que l'appareil hitlérien lui a assignée dans sa folle entreprise de conquête du monde.
C'est dans l'usine souterraine de Dora, dans des conditions terribles, d'une totale inhumanité, que des dizaines de milliers d'hommes, dont beaucoup de déportés français, sont morts de faim et d'épuisement, en travaillant comme esclaves à la production des redoutables fusées VI et V2, destinées à mettre l'Angleterre à genoux en réduisant ce pays à un champ de ruines.
L'homme dont le cerveau a conçu ces armes modernes de destruction, sans équivalent pour l'époque, était promis, malgré son jeune âge, à une carrière brillante au sein du régime nazi ; une carrière édifiée sur des monticules de cadavres et des rêves d anéantissement.
Ces projets, si «prometteurs», n'ont pu heureusement atteindre leur but. Mais, le protégé du Führer, Wernher Von Braun a pu, quant à lui, poursuivre son irrésistible ascension.
En effet, les États-Unis n'ont pas manqué d'exploiter le savoir-faire de ce docteur Folamour, propulsé aux plus hautes marches du staff scientifique, puisqu'il a dirigé le projet Saturne (débarquement du premier homme sur la lune), ce qui lui a valu de devenir un «honorable» citoyen américain.
«De l'enfer à la lune» nous restitue une page tragique de l'histoire, pourtant bien différente de celles qu'on a l'habitude de lire.
Le parti pris de l'auteur est certes de préserver intacte la mémoire, mais de ne pas solliciter la pitié et les larmes et surtout de laisser la 2e, 3e et bientôt 4e génération gérer le lourd héritage, par sa propre prise en compte de la tragédie.
La commémoration de la libération du camp, par les rares survivants, leurs enfants et petits-enfants est, pour lui, l'occasion de fêter la vie, de mettre en exergue la vertu et la force de l'espoir, de la solidarité et de la fraternité humaine et aussi de montrer qu'une fenêtre demeure toujours entrouverte sur l'avenir.
1. Aujourd'hui, peut-être...
Un plateau de théâtre désert.
Une silhouette un peu voûtée traverse la salle jusqu'à la scène.
L'homme est encombré d'une sorte de canne à pêche.
Il hésite, s'assoit et attend. C'est Etienne.
Du fond de la salle arrive un autre homme.
Il rejoint Etienne sur le plateau. C'est Georges.
Ils attendent en silence.
ETIENNE - Alors, comme ça, t'es pas encore mort ?
GEORGES - Non, tu vois... Pas encore... Tu vas toujours à la pêche ?
ETIENNE - Comment ?
GEORGES - (Plus fort.) Je dis : tu vas toujours à la pêche ?
ETIENNE - Ah non ! Pas aujourd'hui. Sûrement pas.
GEORGES - Ah bon ? Et ça, c'est quoi ?
ETIENNE - C'est quoi ? C'est quoi ?... Tu le sais bien ce que c'est !... C'est le drapeau de l'Amicale ! Le dernier porte-drapeau a cassé sa pipe, faut bien que quelqu'un se dévoue...
GEORGES - Tu ne t'es pas fait beaucoup prier... Enfin, si ça te fait plaisir...
Silence. Avec d'infinies précautions, Etienne commence à déplier son drapeau.
Georges sort de ses poches quelques feuilles froissées, qu'il lit à mi-voix.
ETIENNE - Tu répètes ton discours ?
GEORGES - Par égard pour nos morts je ne voudrais pas bégayer devant le conseil municipal.
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