Auteur : Isabelle Mestre
Date de saisie : 22/01/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Mercure de France, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 978-2-7152-2790-3
GENCOD : 9782715227903
Sorti le : 03/01/2008
Elle sort très tôt sans se rendre compte que c'est ce qu'elle aime, marcher dans le petit matin.
Elle qui ne regardait plus rien, voit briller les pavés dans la lumière naissante. C'est là qu'il faut regarder, qu'il faut agir. Elle a quelque chose à faire et va le faire. Des matins ordinaires, bientôt l'heure de l'école, les courses pour le soir. Paul ne demande plus où est son père. Il va falloir changer d'appartement. L'été passera vite. Adolescente, Marguerite a perdu sa mère. Son père a sombré dans le chagrin, ses frères et soeurs ont été dispersés, la famille a éclaté : elle a dû prendre en main son destin.
Quelques années plus tard, à Paris, elle a rencontré Auguste : mariage, maternité, images du bonheur familial... Mais la nostalgie de l'enfance et l'absence douloureuse de sa mère hantent toujours Marguerite... Traversant la ville comme une silhouette énigmatique, comme si la vie n'avait pas de prise sur elle, Marguerite fascine et séduit ceux qui la croisent. Son existence est transfigurée par son étrange rapport au monde : elle perçoit tous les drames à travers un voile d'indifférence.
L'arpenteuse est le premier roman d'Isabelle Mestre.
Le texte d'Isabelle Mestre est très court, mais il rassemble étonnamment une longue existence...
Les vies simples, peut-être, se disent en peu de mots, mais la chronique des jours ouvre place ici à une bouleversante histoire intérieure. Celle d'une femme envahie d'absence, soumise à son silence et que tout, finalement, laisse indifférente...
Isabelle Mestre l'accompagne avec des mots d'une vraie délicatesse. Tout se trouve dit et suggéré dans ce roman attachant et infiniment sensible.
«Remonte vers la ville, c'est ta première conquête.»
Marguerite a froid. La rue est sale. Les choses sérieuses commencent. Vers quelque part d'un coeur qui bat, puisque la ville bat. Il est urgent d'aller où grouille ce qui se froisse, ce qui se frôle et s'échange, inclinaisons des routes.
Le sale et le froid sont un début. Marguerite remonte vers sa vie.
Lucie est morte. Montrouge et l'enfance, c'est fini. Au 114, avenue d'Orléans, il y avait l'amour, la bijouterie du père, le trottoir et les jeux, les dimanches ; il y avait Louise et Roger, le petit Pierre, mais surtout et d'abord le sourire de Lucie. Lucie était la mère. L'amour avait un sens, une force et une maison. L'amour est mort. Marguerite remonte vers la ville, après l'adieu à l'amour mort. Elle avait quatorze ans, elle en a seize. La mémoire est faite pour trahir. La marche est à venir.
Elle travaille chez un fleuriste rue du Moulin-Vert. C'est là que jusqu'à présent elle habite avec Gabrielle et son mari. Gabrielle est l'aînée. Partie déjà avant la catastrophe. Léon aussi. Des six enfants le père en larmes et en désordre en a dispersé quatre comme nuée d'oiseaux. Ne se retrouveront pas. Quelques photos seulement et quelques lettres. «Monsieur le Préfet, j'ai l'honneur de solliciter de votre bienveillance le placement de ma jeune fille...»
Marguerite a fui cette fuite, toute cette douceur. La vie ne sera pas douce. Il n'y a pas de commentaire.
Louise, elle, s'est effondrée, une chute brutale. Elle est dans une maison de repos, une sorte d'hôpital, au bord de la mer.
Marguerite n'a pas l'intention de tomber malade. Et puisqu'il n'y a plus de maison où aimer, elle marchera.
Aujourd'hui elle remonte Paris vers la Seine. Il fait froid à décourager une envie trop précise. Mais Marguerite n'a pas d'imagination. Il lui suffit de se mettre en route. C'est le froid qui la pousse. Il lui pousse une assurance que Gabrielle guette depuis quelque temps d'un mauvais oeil.
- Reste tranquille. À ton âge on ne ressemble à rien.
À quel âge ressemble-t-on à quelque chose ? se demande Marguerite. La petite, c'est fini.
Tendresse en confidence, le souvenir commun d'une mère, l'idée de l'oeuf
Deux ans que ça traîne.
Longue comme un jour sans pain, lui a dit son beau-frère à son anniversaire. Mais les hanches ah la la... commencent à être intéressantes.
Son beau-frère aime trop les femmes. C'est sans doute pour ça que Gabrielle aime de moins en moins Marguerite.
Le nez aussi est un peu long. Ni maladresse ni nonchalance. Marguerite porte haut ce tout mal défini, sans désir de se connaître. Elle ne se fréquente pas. Elle pense vers le dehors d'elle-même.
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