Auteur : Daniel Lançon | Catherine Mayaux
Date de saisie : 17/01/2008
Genre : Sciences humaines et sociales
Editeur : Presses universitaires de Vincennes, Saint-Denis, France
Collection : Littérature hors frontière
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-84292-209-2
GENCOD : 9782842922092
Sorti le : 17/01/2008
Le sentiment d'être de nulle part hante la vie et l'oeuvre de Jabès. Marqué par les épreuves infligées aux juifs au cours du siècle, par l'exil loin des paysages d'Egypte qui ont formé son imaginaire, par l'antisémitisme de la France choisie comme terre d'accueil, ce poète "hors genre", à l'oeuvre singulière et inclassable, a également connu l'exil au sein du champ littéraire de langue française. Quels territoires occupe-t-il dans notre patrimoine littéraire et intellectuel ? Après la Shoah, que signifie pour un lecteur d'aujourd'hui une oeuvre engagée dans la réflexion sur l'existence, le sens de l'écriture ou sa possibilité ?
Daniel Lançon, spécialiste de poésie française contemporaine, des littératures francophones du Machrek et du voyage en Orient, enseigne la littérature française et francophone à l'Université Stendhal de Grenoble.
Catherine Mayaux, spécialiste de Saint-John Perse, Claudel, Segalen. Michaux, de poésie française et francophone ; enseigne la littérature française à l'Université de Cergy-Pontoise.
Extrait de l'avant-propos :
Cherche mon nom dans les anthologies.
Tu le trouveras et ne le trouveras pas.
Cherche mon nom dans les dictionnaires.
Tu le trouveras et ne le trouveras pas.
Cherche mon nom dans les encyclopédies.
Tu le trouveras et ne le trouveras pas [...].
Ainsi Jabès achevait-il en 1990 le volume Le Seuil Le Sable qui regroupait ses oeuvres poétiques dans la collection Poésie/Gallimard. Ce sentiment d'être nulle part et de nulle part, dans une forme d'existence marquée par l'absence ou le sentiment de sursis, est certainement ce qui définit le mieux la vie et l'oeuvre de Jabès, marqué qu'il fut par les épreuves infligées au peuple juif au cours du siècle, par l'exil loin des paysages d'Egypte qui ont formé son imaginaire, et par la découverte de la persistance de l'antisémitisme après la guerre, au coeur même du pays qu'il avait choisi comme terre d'accueil. Or la singularité de l'oeuvre de Jabès, en particulier à partir du cycle du Livre des Questions entamé en 1963, inclassable par sa forme, a sans doute contribué en quelque sorte à l'exiler aussi au sein du champ littéraire de langue française du XXe siècle et à brouiller les contours de sa présence auprès du public français : quelque peu méconnu par la critique universitaire française, mais non par un public constant, Edmond Jabès semble davantage étudié à l'étranger, aux États-Unis ou en Israël en particulier. Aussi, douze ans après la mort du poète et un précédent colloque en 1987 que celui-ci avait honoré de sa présence, les chercheurs ont-ils été invités, au cours d'une décade à Cerisy en août 2003, à réfléchir sur la place qu'occupe aujourd'hui le poète dans le patrimoine littéraire d'expression française du XXe siècle. Il s'agissait notamment de comprendre les retentissements d'une histoire personnelle souvent douloureuse et des traumas infligés par la vie et l'Histoire sur une oeuvre qui débute, en Egypte, dans la double mouvance du néoromantisme et du surréalisme - surréalisme qui y fut accueilli, notamment grâce à des écrivains comme Georges Henein -, et s'achève dans l'ère structuraliste et en marge du post-modernisme. Que peut signifier une oeuvre aussi engagée dans la réflexion sur l'existence et le sens de l'écriture, ou de sa possibilité, après la Shoah pour un lecteur d'aujourd'hui ? Cette question constitua aussi l'un des enjeux, non des moindres, de ce colloque.
Les réflexions ont emprunté des chemins très divers qui nous ont conduits à regrouper les actes de ce volume selon quatre ensembles. Une première partie examine l'historicité de l'oeuvre de Jabès en resituant d'abord les conditions d'émergence de sa parole poétique en français sur le sol égyptien, et au-delà, à des moments clés du siècle, en résonance avec les débats philosophiques des milieux intellectuels français des années cinquante à soixante-dix. Steven Jaron défend à juste titre l'idée d'une oeuvre profondément liée à l'histoire de son temps et dans laquelle la rupture de l'exil n'induit pas à ses yeux un effet de discontinuité dans l'écriture : il y a, explique-t-il, une «mémoire des mots» à l'oeuvre dans l'oeuvre, chaque recueil renvoyant à un arrière-livre : les premières oeuvres sont donc annonciatrices du livre à venir et s'inscrivent dans un temps qui les dépasse. Irène Fenoglio reconstitue le contexte multilingue, francophone et francophile de l'Egypte d'avant-guerre qui permit le premier épanouissement de la poésie jabésienne.
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