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Captif des Tatars

Couverture du livre Captif des Tatars

Auteur : Johannes Schiltberger

Préface : Michel Balivet

Traducteur : Jacques Rollet

Date de saisie : 14/02/2008

Genre : Histoire

Editeur : Anacharsis, Toulouse, France

Prix : 16.00 € / 104.95 F

ISBN : 978-2-914777-29-2

GENCOD : 9782914777292

Sorti le : 19/01/2008


  • La présentation de l'éditeur

On se saisit de mes deux compagnons et ils furent décapités. Quand mon tour arriva, le fils du roi m'aperçut et il obtint ma grâce. On me conduisit vers les autres garçons, car il était interdit de tuer quelqu'un de moins de vingt ans et j'avais à l'époque à peine seize ans.

Capturé lors de la bataille de Nicopolis en 1396, Johannes Schiltberger est enrôlé de force dans l'armée du sultan ottoman Bayézid «La Foudre». En 1402, les hordes du terrible Tamerlan écrasent les troupes turques près d'Ankara, et Schiltberger, à nouveau fait prisonnier, est astreint à servir cette fois dans l'armée tatare...
Ce n'est qu'après trente ans de cavalcades en Asie centrale qu'il parvient enfin à retourner dans sa Bavière natale, où il couche ses souvenirs par écrit.
Ainsi émerge un immense monde mouvant, où des empires s'effondrent le long de la Route de la Soie et où des princes turcs et mongols s'affrontent en des guerres incessantes de l'Egypte à la Sibérie. Parmi les peuples éclectiques aux croyances bigarrées du Caucase ou des grandes steppes, Schiltberger raconte batailles, légendes et anecdotes, offrant à son lecteur de quoi rêver mille fois à son incroyable destin. Captif des Tatars n'avait jamais été traduit en français.

Jacques Rollet est germaniste et a vécu tout autour de la Méditerranée. Il a publié aux éditions Isis (Istanbul) les Histoires orientales de Guillaume Postel.
Michel Balivet est historien, spécialiste du monde turc. Il a notamment publié chez Anacharsis une postface à Des turcs. Traité sur les moeurs, les coutumes et la perfidie des Turcs de Georges de Hongrie (2003).



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  • La revue de presse Thomas Wieder - Le Monde du 15 février 2008

Pour la première fois traduit en français, ce texte est un témoignage sans équivalent sur les rivalités incessantes qui opposèrent les princes timourides, successeurs de Tamerlan, au début du XVe siècle. Mais c'est aussi une inépuisable collection de choses vues. Folklore local, coutumes religieuses, relations entre les sexes, rien n'échappe à l'observateur, qui manifeste une curiosité insatiable pour tout ce qui lui semble insolite...
Tout cela se lit aujourd'hui comme un formidable roman d'aventures. On en oublierait presque l'"insupportable captivité" dont l'auteur assure avoir souffert pendant trente ans parmi les "infidèles".



  • Les premières lignes

Extrait de la préface de Michel Balivet :

Soldat turc malgré lui !
Un Bavarois au service de Bayézid et de Tamerlan

Dans la riche typologie des voyageurs qui parcourent le proche Orient arabo-turc et l'Asie centrale turco-mongole entre les XIIIe et XVe siècles, certains, dès les années 1250-1280, sont d'actifs commerçants comme le célèbre Marco Polo qui atteint la Chine ; d'autres partent comme missionnaires et diplomates, tels les Franciscains Jean de Plan-Carpin et Guillaume de Rubrouck, ce dernier envoyé par saint Louis à la cour du Grand Khan mongol pour quérir une alliance contre les musulmans.
Il est aussi des diplomates laïques et le début du XVe siècle est particulièrement fourni en légats occidentaux parcourant l'Orient : Ruy Gonzalez de Clavijo, dépêché, entre 1403 et 1405, auprès de Tamerlan par le roi de Castille ; Bertrandon de la Broquière, chargé en 1432-1433 d'une mission secrète d'observation du monde mamelouk turcoman et ottoman, espion donc de son maître le duc de Bourgogne ; Pero Tafur, Espagnol comme Clavijo, qui approche les empereurs de Trébizonde et de Constantinople (1437-1438) ; Ghillebert de Lannoy, Bourguignon comme La Broquière, qui sillonne les Balkans puis l'Europe du Nord entre 1403 et 1425. Certains, au temps de l'humanisme sont poussés par une curiosité culturelle, géographique chez le Florentin Buondelmonti vers 1415-1422, archéologique pour l'Anconitain Cyriaque entre 1420 et 1452.
Il faut évoquer aussi le cas curieux de ces chevaliers qui s'engagent volontairement au service des Turcs, comme Jacques de Helly, qui servit trois années dans l'armée du sultan ottoman Mourad Ier (1362-1389), comme avant lui le célèbre maréchal de Boucicaut, dans sa jeunesse, avait proposé ses services au même sultan Mourad; sans oublier un nommé Jacques du Fay, cité par Froissart, qui combattit un temps dans les troupes de Tamerlan !

Mais seuls deux occidentaux partagèrent le privilège dont ils se seraient bien passés de résider très longuement en monde turc, tous deux de langue germanique, tous deux capturés par les Turcs, tous deux obligés à une implication profonde dans leur nouveau milieu : apprentissage de la langue, service militaire forcé dans les armées musulmanes pour l'un, conversion à l'islam pour l'autre; et tous deux finalement réussissant à fuir après des années de captivité. Tous deux enfin ont écrit leurs souvenirs, véritables best-sellers en leur temps. L'un s'appelle Georges de Hongrie ; il fut captif en Turquie entre 1426 et 1458 ; son récit a pour titre Traité sur les moeurs, les coutumes et la perfidie des Turcs ; le second, dont le récit est présenté ici et qui séjourna plus de trente ans en territoire turco-tartare, a pour nom Johannes Schiltberger.
Devant l'extraordinaire aventure de l'auteur du récit qui va suivre, on serait tenté de reprendre la célèbre exclamation des Fourberies de Scapin : «Que diable allait-il faire dans cette galère ?» (galère turque au sens propre chez Molière, «galère» d'une destinée contraire au sens figuré du langage familier actuel). Pourtant rien de vraiment extraordinaire au départ dans l'engagement d'un jeune et robuste Bavarois dans la croisade anti-turque du roi de Hongrie, Sigismond de Luxembourg. Rien d'exceptionnel non plus lorsque l'adolescent échappe au massacre perpétré par le sultan victorieux à l'encontre des prisonniers chrétiens au lendemain de la défaite de Nicopolis (1396). Schiltberger est encore à l'âge où l'on recrute chez les Turcs ottomans de jeunes captifs pour en faire des soldats turcs, janissaires ou autres auxiliaires d'origine servile. Mais c'est la suite de la biographie de Johannes Schiltberger qui réserve des surprises : le «malgré lui» germanique participe aux campagnes «foudroyantes» du sultan, qui en quelques expéditions soumet l'Asie Mineure turcomane entre 1397 et 1401. Notre Bavarois combat ensuite sous les étendards ottomans à Ankara en juillet 1402, où le sultan Bayézid est écrasé par le conquérant turc d'Asie Centrale (Tatar ou Djagataï, dit-on dans les sources orientales), Timour le Boiteux (Timur Lenk), le Tamerlan des chroniques européennes.


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