Passion du livre - tout sur le livre : Dostoïevski lit Hegel en Sibérie et fond en larmes : essai philosophique

Recherche

Recherche simple
Recherche multi-critères

Dostoïevski lit Hegel en Sibérie et fond en larmes : essai philosophique

Couverture du livre Dostoïevski lit Hegel en Sibérie et fond en larmes : essai philosophique

Auteur : Laszlo F. Földényi

Préface : Alberto Manguel

Traducteur : Charles Zaremba | Natalia Zaremba-Huzsvai

Date de saisie : 21/02/2008

Genre : Littérature, essais

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Collection : Un endroit où aller

Prix : 10.00 € / 65.60 F

ISBN : 978-2-7427-7233-9

GENCOD : 9782742772339

Sorti le : 04/01/2008


  • La présentation de l'éditeur

Földényi imagine que c'est cela, l'horreur découverte par Dostoïevski : l'histoire, dont il sait qu'il est victime, ignore son existence, sa souffrance passe inaperçue ou, pire, elle ne sert à rien dans le flot général de l'humanité.
Ce que Hegel suggère, aux yeux de Dostoïevski (et à ceux de Földényi), c'est ce que Kafka dirait un jour à Max Brod : "Il y a de l'espoir, mais pas pour nous." La mise en garde de Hegel est encore plus terrible que l'existence illusoire proposée par les idéalistes : nous sommes perçus mais nous ne sommes pas vus. A. M.

Né en 1952 en Hongrie, Laszlo Földényi vit et travaille à Budapest. Théoricien de l'art, journaliste, essayiste et dramaturge, il compte parmi les intellectuels les plus importants de son pays. Il est traducteur et coéditeur d'une version hongroise de l'oeuvre d'Heinrich von Kleist, et a publié de nombreux essais sur la littérature et l'art, tant en Hongrie qu'en Allemagne.



logo fnacCommander ce livre sur Fnac.com



  • La revue de presse Patrick Kéchichian - Le Monde du 22 février 200

Dans ces pages qui traitent de l'Asie, l'illustre professeur, juché sur sa chaire, décrète que la Sibérie, et particulièrement cette "déclivité septentrionale" où se trouve relégué l'écrivain russe, "n'est pas propice à une culture historique ou à devenir un acteur particulier de l'histoire". Terrible révélation ! Jugement presque dernier, vertical et sans appel ! Sentence sévère tombant sur la tête harassée de Dostoïevski - qui fond aussitôt en larmes. Ce sanglot rêvé par Földényi pour les besoins de sa démonstration - ou plutôt de sa brève, de son admirable méditation - n'est pas de rage. Ni même vraiment de révolte. Dostoïevski ne revendique pas cette place qu'on lui dispute. C'est moins le devenir que l'on dénie ainsi à cette âpre terre et à ses habitants que "l'aspiration ancestrale (et divine) à l'inconnu, à l'infini et à l'incommensurable". C'est-à-dire la liberté et l'espérance.


  • La revue de presse Eric Aeschimann - Libération du 17 janvier 2008

C'est un tout petit livre, mais qui part à l'abordage d'une question immense. Un livre qui ne ressemble à rien de connu, audacieux, véhément, captivant même lorsqu'il agace : dans ces pages-là, on croit à la force des idées. Un livre dont le titre donne la quintessence : oui, des larmes ont bien été versées en Sibérie, congelées comme un bon gros mammouth, et qui reviennent aujourd'hui. Mais quelles larmes ?...
Il faut «sauver l'idée d'une histoire humaine universelle», écrivait-elle. Les larmes que Földényi attribue à Dostoïevski ne disent pas autre chose. Elles montrent que le projet d'un monde commun à tous les hommes continue de faire rêver, et pleurer, que l'on soit en Sibérie, à Haïti ou ailleurs. Le paradoxe est qu'il sera revenu à un antimarxiste hongrois de nous rendre cette idée palpable et poignante.



  • Les premières lignes

Au printemps 1854, après ses quatre années de bagne, Dostoïevski fut envoyé comme simple soldat à Semipalatinsk, dans le Sud de la Sibérie, dans la grande "déclivité septentrionale" d'Asie. Le bourg, à peine plus gros qu'un village, comptait cinq à six mille habitants dont la moitié étaient des Kirghizes nomades qui vivaient majoritairement dans des yourtes. La population locale n'avait pas le sentiment d'appartenir à la même communauté que les Russes d'Europe qu'elle appelait "les gens de l'intérieur" et considérait avec méfiance. Pourtant leur nombre croissait sans cesse : entre 1827 et 1846, le nombre d'exilés en Sibérie atteignit le chiffre de cent cinquante-neuf mille.
Un désert de sable entourait la ville ; il n'y avait pas un arbre, pas un buisson, rien que du sable et des chardons. La maison où habitait Dostoïevski se trouvait dans la partie la plus désolée de la ville, au milieu des dunes. Une haute palissade entourait la cour, et la porte était si basse que les visiteurs devaient s'incliner profondément pour entrer.
Dostoïevski vivait là, dans une pièce spacieuse, mais basse de plafond, meublée d'un lit, d'une table et d'un coffre, avec un petit miroir encadré accroché au mur. Il se lia d'amitié avec le procureur du lieu, Alexandre Iégorovitch Wrangel. Agé de vingt et un ans seulement, celui-ci fournirait à l'écrivain une aide désinté­ressée pendant plus de dix ans. C'est à lui que Dostoïevski racontait ses projets de récits, récitait ses poèmes préférés de Pouchkine, fredonnait des airs d'opéras célèbres. Ils parlaient peu de religion ; Dostoïevski était croyant, mais il n'allait pas à l'église, n'aimait pas les prêtres - et parlait du Christ avec d'autant plus d'en­thousiasme. En même temps, il travaillait sans cesse sur le manuscrit des Souvenirs de la maison des morts auquel Wrangel pouvait parfois jeter un coup d'oeil. En échange, le procureur lui fournissait des livres. Ils se mirent bientôt à en étudier un, avec persévérance, jour après jour, mais Wrangel n'en révèle pas le titre dans ses Mémoires. Il ne mentionne que le nom de l'auteur : Hegel.
Nous ne savons pas quel ouvrage Wrangel, qui était par ailleurs abonné à l'Augsburger Allgemeine Zeitung, avait commandé en Allemagne. A nous de décider : disons qu'il s'agissait des Leçons sur la philosophie de l'histoire que Hegel avait données à l'université de Berlin entre l'automne 1822 et le printemps 1831 - au même moment où des dizaines de milliers de personnes étaient déportées en Sibérie. Les leçons avaient été publiées sous forme de livre une première fois en 1837 puis, dans une nouvelle version remaniée, en 1840.


Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli