Auteur : Andreï Guelassimov
Traducteur : Joëlle Dublanchet
Date de saisie : 12/11/2004
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Lettres russes
Prix : 13.00 € / 85.27 F
ISBN : 978-2-7427-5246-1
GENCOD : 9782742752461
... Le jeune narrateur de La Soif, le dernier Guelassimov, s'inscrit dans une lignée déjà longue en littérature et au cinéma : celle des sans-grade esquintés par la guerre, les Bardamu, les Johnny s'en va-t-en-guerre, de Dalton Trumbo, les mutilés du coeur et de la chair des Plus Belles Années de notre vie. «Héros» d'un conflit qui recrache des hommes honteux, il soigne ses blessures à la vodka et raconte sa vie comme il boit, cul sec. La conscience ne fait plus le tri entre les pensées, les flammes du tank qui l'ont défiguré traversent comme des éclairs les souvenirs d'enfance et la longue nuit du présent...
C'est l'histoire d'un garçon sans repère. Et sans véritable père. Constantin, dit Kostia, est un vétéran de la première guerre de Tchétchénie. Façon de dire que, pour lui, la guerre est finie. Le retour à la vie n'est pas simple. Car Kostia n'a plus de figure, juste une plaie qui ressemble à de la «viande cramée». Le blindé dans lequel il se trouvait a reçu une roquette. Les camarades de Kostia ont cru qu'il était mort et ont attendu longtemps avant de venir le récupérer dans l'engin transformé en four. Kostia ne leur en veut pas. Il boit pour oublier son sort. Sa nouvelle tête a quand même de l'utilité. Lorsque le fils de la voisine refuse d'aller se coucher, cette dernière fait appel à Kostia. Et l'enfant s'exécute, effrayé.
Dans ces moments-là, Kostia repense à son enfance. Tout au long de cette courte histoire, il ne va pas cesser de retourner en arrière, de fouiller le passé, d'exhumer des images, douces ou cruelles. Kostia veut comprendre. Pourquoi son père préférait-il courir les filles plutôt que de jouer avec lui ? Pourquoi son père est-il parti refaire sa vie avec une autre femme de qui il a eu deux autres enfants ? Rejeté, délaissé, Kostia s'était découvert un autre père, en la personne du directeur de son école. Avec cet homme étonnant, il a apprit deux choses essentielles : boire de la vodka en quantité, tout en restant digne, et regarder le monde les yeux grand ouverts pour mieux le reproduire. Car Kostia dessine. Des femmes nues, parfois monstrueuses... Alors, petit à petit, il reprend le crayon et couche sur le papier ce qu'il voit dans les rues et ses souvenirs. Ils apprivoise ses demi-frères et soeurs en leur dessinant leurs héros occidentaux ou japonais, Barbie, les Pokémon, les tortues Ninja, Britney Spears, tandis qu'ils dévorent goulûment chips et Coca-Cola. C'est un autre monde qui s'ouvre à lui, dont il n'est plus exclu grâce au talent de ses mains... En attendant la traduction annoncée de ses nouvelles, La Soif nous permet de découvrir un auteur en prise directe avec son temps sans qu'on puisse le considérer comme un écrivain réellement engagé. Une belle promesse, en somme....
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