Auteur : Brian Morton
Traducteur : Isabelle Maillet
Date de saisie : 14/01/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : 10-18, Paris, France
Collection : 10-18. Domaine étranger, n° 4088
Prix : 9.30 € / 61.00 F
ISBN : 978-2-264-04500-3
GENCOD : 9782264045003
Sorti le : 03/01/2008
Nora, une jeune nouvelliste de trente-cinq ans, vit une période de remise en cause. En panne d'inspiration, sa carrière est au point mort et ses textes, nourris des faiblesses les plus inavouables de ses proches, lui ont valu de se brouiller avec eux. Un soir d'insomnie, elle appelle le seul être qui puisse la comprendre : Isaac, l'homme qu'elle a quitté cinq ans auparavant. Ce dernier, photographe, traverse lui aussi une crise : il n'a plus de projets, voit le temps filer et ses élèves le dépasser. Ce simple coup de fil va ranimer une flamme jamais éteinte et Nora ne tarde pas à retrouver l'inspiration. Mais si Isaac devient la cible de sa plume acérée, leur histoire peut-elle y survivre ?
«L'amitié, les affres de la création, le temps qui passe, les aléas d'un quiproquo... Une jolie histoire faite de petits riens quotidiens.» Daphné de Saint Sauveur, Le Figaro Madame
Traduit de l'américain par Isabelle Maillet
"Domaine étranger" dirigé par Jean-Claude Zylberstein
IL ARRIVE QUE L'ON PERDE DE VUE CERTAINES PERSONNES, comme ça, sans raison particulière, même des personnes que l'on aime. Nora avait perdu Isaac de vue cinq ans plus tôt, mais il ne cessait de resurgir dans sa tête. Il lui apparaissait en rêve (le plus souvent, il semblait triste, comme si elle l'avait déçu d'une manière ou d'une autre) ; des choses qu'il lui avait dites s'immisçaient dans ses pensées ; et parfois, lorsqu'elle entrait dans une librairie, elle allait faire un tour au rayon photographie pour voir s'il avait sorti un nouvel ouvrage. Année de silence après année de silence, elle continuait d'entretenir avec lui une conversation imaginaire.
Tous les deux ou trois mois, elle décrochait le téléphone avec l'intention de l'appeler - et pour finir, elle raccrochait. Elle ne savait pas exactement pourquoi ils avaient cessé de se parler, mais une force puissante l'empêchait de renouer. Peut-être, après tout, parce qu'il existait une raison bien particulière à cet éloignement.
CE SOIR-LÀ, CEPENDANT, ELLE SE RETROUVAIT dans une chambre d'hôtel perdue au milieu de nulle part ; il était une heure du matin ; elle avait beau essayer de dormir depuis une éternité, elle était toujours désespérément éveillée. C'était une de ces nuits d'insomnie où il semble évident que vous n'êtes bon à rien, que vous avez échoué dans tous les domaines importants et qu'il est inutile de vous évertuer à recommencer - et vous avez désespérément envie d'en parler mais vous n'êtes pas sûr qu'il y ait quelqu'un désireux de vous écouter, alors vous restez allongé sur votre lit en vous demandant : Est-il possible d'être plus seul au monde ?
Il n'y avait qu'une personne à qui elle avait envie de parler, et c'était Isaac.
Mais est-ce que tu veux vraiment retomber là-dedans ? songea-t-elle. Au fond, elle n'en avait pas la moindre idée.
Elle avait mis longtemps à l'oublier. Ou du moins, pas à l'oublier - elle n'en serait jamais capable -, mais à atteindre un stade où son souvenir ne la perturbait pas jour après jour.
Il était trois heures du matin là où il vivait. C'était un oiseau de nuit. Il ne serait pas couché.
Elle appela les renseignements, précisa le nom de la banlieue où elle avait entendu dire qu'il s'était établi et obtint son numéro de téléphone.
Pour autant qu'elle le sache, il était peut-être marié aujourd'hui. Ce serait terriblement grossier de le déranger à trois heures du matin.
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