Auteur : Brian Morton
Traducteur : Anouk Neuhoff
Date de saisie : 14/01/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Belfond, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-7144-4313-7
GENCOD : 9782714443137
Sorti le : 17/01/2008
Une chronique new-yorkaise drôle et amère par un écrivain passé virtuose dans l'art de saisir les désillusions, les mensonges, les regrets et les jeux de séduction. Un roman d'une finesse rare sur ces petites choses fragiles qui vous relient à la vie...
Professeur de philosophie, Maud Weller est une jeune femme brillante et pleine de vie, quoique marquée par deux dépressions et le divorce de ses parents. Son père, Adam, un romancier sur le retour, est bien trop occupé à retrouver un peu de sa gloire passée pour se soucier d'elle, tandis que sa mère, Eleanor, psychologue, essaie tant bien que mal de refaire sa vie à cinquante-neuf ans.
Sans leur en parler, Maud tombe sous le charme de Samir, un jeune homme singulier et secret, qu'elle tente d'apprivoiser. Elle est juive, il est arabe. Mais, surtout, il semble brisé par son passé. Commence alors une relation compliquée dont ils ne savent pas encore où elle va les mener...
Traduit de l'américain par Anouk Neuhoff.
«Des personnages finement observés, une écriture vive et rapide, et un sens certain de la vie et de la manière dont nous compliquons nos existences en même temps que nous nous en sortons toujours.»
Kirkus Review
«Comme dans ses précédents romans, Brian Morton évoque le paysage physique et psychologique de New York par petites touches rapides et satiriques [...]. Mais cette fois, New York est devenue la ville du chagrin. Le destin frappe durement et injustement certains des personnages ; c'est un hommage à l'art de Morton : il rend leurs existences de façon si saisissante que le lecteur fait le deuil de leur disparition.»
The New York Times Book Review
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EN REGARDANT SON MARI APPROCHER, Eleanor Weller chercha des signes de son récent accident, n'en trouva aucun, et ne sut trop si elle était soulagée ou déçue. Elle s'attendait à le voir boiter, marcher avec une canne, ou, plus spectaculaire, gîter comme un navire en détresse. Mais il avait l'air aussi fringant et sûr de lui que jamais.
Il l'embrassa sur la joue. Ils étaient séparés depuis assez longtemps pour qu'elle trouve la chose supportable. Quand ils se rencontraient l'année dernière, une fois sur deux, elle se tenait raide et à une certaine distance, écoeurée à la seule pensée d'entrer en contact avec lui de quelque manière que ce soit.
Il la prit par le bras, le lui serrant trop fort, comme à son habitude, et l'entraîna dans le restaurant. Elle n'en revenait pas de se laisser guider de cette façon-là, après tout ce qui s'était passé.
«Tu as l'air en forme», dit-il, mais elle savait que ce n'était pas vrai. Depuis qu'il l'avait quittée elle n'avait cessé de prendre du poids, à peu près un kilo par mois, et elle était maintenant du genre à porter des robes amples pour masquer sa corpulence - une tactique qui, bien sûr, ne marchait jamais.
«Toi aussi», répondit-elle, mais en l'occurrence c'était vrai. Adam avait toujours eu l'air en forme, et depuis qu'il l'avait quittée pour une femme plus jeune que leur fille, il avait l'air plus en forme que jamais.
«Je suis content que nous puissions faire ça, dit-il.
- Faire quoi ?
- Nous retrouver. Sans hostilité.
- Pourquoi ? rétorqua-t-elle, sans se soucier de l'hostilité éventuelle de sa voix.
- À cause de tout ce que nous avons représenté l'un pour l'autre. À cause de notre histoire. À cause de nos enfants.
- Bon, parfait, alors.»
Lorsqu'ils furent assis, elle sortit un épais dossier de son sac.
«Si on s'y mettait ?»
Un serveur prit leur commande et Eleanor remarqua qu'Adam avait changé de régime alimentaire. Il avait commandé des oeufs Benedict avec des saucisses et des pommes de terre sautées. Il ne faisait plus attention. Quand ils vivaient ensemble, elle lui imposait une alimentation allégée pour protéger son coeur.
Il parcourut les documents qu'avait préparés l'avocat d'Eleanor. Il les avait déjà vus, mais il voulait manifestement s'assurer que l'accord qu'elle lui demandait de signer était bien celui qu'elle lui avait faxé dans le courant de la semaine.
Il le lut rapidement. Elle repensa aux premières fois où elle l'avait regardé faire, plus de trente-cinq ans auparavant : elle avait été sidérée par sa vitesse de lecture.
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