Auteur : Galsan Tschinag
Traducteur : Isabelle Liber
Date de saisie : 03/04/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Métailié, Paris, France
Collection : Bibliothèque allemande
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-86424-640-4
GENCOD : 9782864246404
Sorti le : 21/02/2008
Au milieu du XVIIIe siècle, dans le Haut-Altaï, Hynndynn est recueilli à sa naissance par une famille nomade. Des étrangers de passage, des Mandchous, se faisant passer pour des envoyés du Ciel, prédisent que cet enfant aura un destin particulier. Sept ans plus tard, Hynndynn disparaît...
Élevé en Chine, destiné à être l'instrument de l'annexion des territoires mongols, le jeune homme revient, est reconnu et accueilli chez lui comme l'enfant élu par le destin. Le jeune Prince ayant retrouvé ses origines et faisant preuve d'une remarquable habileté politique va devenir le chef de la résistance aux envahisseurs chinois. Il fédère les tribus, crée un contre-pouvoir religieux à l'invasion bouddhiste, connaît un grand amour et séduit tous les lecteurs. Galsan Tschinag écrit un roman plein de vie et de finesse, avec des personnages attachants qui nous font pénétrer dans des psychologies et des analyses du monde déroutantes et justes. Il nous raconte aussi la lutte d'un peuple pour ses traditions et sa survie.
Galsan Tschinag est né en 1944 dans une famille de chamans du Haut-Altaï en Mongolie. Il a passé sa jeunesse dans les steppes puis est allé étudier à l'Université de Leipzig. Il vit actuellement en partie à Oulan-Bator et en partie dans sa tribu Touva. Il est l'auteur de Ciel bleu (Prix Adalbert von Chamisso), Vingt jours et un, Le Monde gris et Sous la montagne blanche. Parallèlement à l'écriture, Galsan Tschinag se consacre à la protection des coutumes de son peuple, menacées par la modernisation.
La texture du récit est comme un vêtement sans couture impossible d'isoler une phrase de son contexte, à l'image d'un univers sans frontière où l'on est convaincu que «les particules en apparence disparates» appartiennent en réalité «au tout indivisible que forme le monde...»...
Le roman avance sur une ligne de crête entre deux visions du temps, celle d'un monde qui progresse vers un «après» et celle d'un peuple qui «glorifie tout ce qui se trouve derrière lui». Il traduit la passion de l'auteur pour cette culture des enfants de la pluie et du soleil, mais aussi sa conscience de l'impasse où elle se trouve si elle ne pense pas à l'avenir en mettant son passé à l'abri du papier. Un livre dont la finesse et la puissance d'incarnation balayent les idées simples sur les peuples premiers.
DU GRAIN DE SABLE A LA PIERRE
La lune première de l'année de la Souris Noire, ailleurs répertoriée sous le nombre 1732, était déjà sur le point de décroître et, élimée sur son pourtour inférieur, elle esquissait à présent une danse chancelante, impétueuse, au-dessus de nuages loqueteux et grouillants. Sous la lune ovale, comme friable et criblée, et sous les nuages, tels des troupeaux qui se sauvent et s'égaillent, se déployait, vaste, blême, muet, l'Altaï et ses montagnes, ses steppes, ses forêts, ses lacs et ses rivières, figés sous le bouclier hivernal que formaient la glace et la neige.
Le silence régnait partout, seulement troublé par un roulement de tambour sourd, confus, quelque part dans un coin de l'espace immense. Le grondement croissait et décroissait, puis se taisait dès lors que s'élevait, claire comme la voix de l'enfant, une voix humaine, seule et pitoyable. Était-ce un chant ou un cri, était-ce un aboiement ?
Dun...
dun...
dun... dudun...
Jusqu'à l'assourdissement, hélas
j'ai frappé le dungur
Jusqu'à l'enrouement, ah
ma gorge a crié
Ou-aak... Ou-aak... Ou-aak...
hao-hao... hao-hao... hao-hao...
hou-houhou... hou-houhou...
hou-houhou...
C'était une chamane, le dungur à la main, face à une hutte pointue. Tantôt elle y entrait, faisant grincer et craquer la structure en bois léger, tantôt elle en sortait et, hésitant un instant, se dressait devant elle, massive et hirsute, avant de reprendre la chasse qui l'accaparait tout entière. Un souffle, un tintement sourdaient de tout son corps : de son armure, richement ornée de plumes et de rubans, ainsi que de la multitude de pendeloques qu'elle portait, des clous, des anneaux et des clochettes métalliques comme des canines, des griffes et des becs hérités du gibier de la terre et des oiseaux du ciel.
Au même moment, quelqu'un d'autre, une femme, s'activait non loin de là. Elle veillait sur la prêtresse, exécutait ses instructions et s'occupait du feu qui brûlait dans la hutte. Elle paraissait âgée, épuisée. Et pourtant elle ne ménageait pas sa peine, s'affairait, imperturbable. Tout à coup, au beau milieu de son invocation lasse et monotone, la prêtresse poussa un cri strident et lança avec violence le dungur, avant de se précipiter au-dehors. La femme tenta de la suivre, mais elle la perdit bientôt de vue, gardant cependant encore longtemps à l'oreille les grondements, les tintements et les marmonnements. Il lui sembla en outre déceler dans l'air le vague martèlement des sabots d'un cheval.
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