Auteur : André Gorz
Date de saisie : 25/03/2008
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Galilée, Paris, France
Collection : Débats
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-7186-0757-3
GENCOD : 9782718607573
Sorti le : 17/01/2008
Cet ouvrage, qu'André Gorz a conçu avant sa disparition en septembre 2007, réunit sept textes et articles parus entre 1975 et 2007.
Que nous sommes, écrit André Gorz, dominés dans notre travail, c'est une évidence depuis cent soixante-dix ans. Mais non que nous sommes dominés dans nos besoins et nos désirs, nos pensées et l'image que nous avons de nous-mêmes. C'est par lui, par la critique du modèle de consommation opulent que je suis devenu écologiste avant la lettre. Mon point de départ a été un article paru dans un hebdomadaire américain vers 1954. Il expliquait que la valorisation des capacités de production américaines exigeait que la consommation croisse de 50 % au moins dans les huit années à venir, mais que les gens étaient bien incapables de définir de quoi seraient faits leur 50 % de consommation supplémentaire.
En partant de la critique du capitalisme, on arrive donc immanquablement à l'écologie politique qui, avec son indispensable théorie critique des besoins, conduit en retour à approfondir et radicaliser encore la critique du capitalisme. Je ne dirais donc pas qu'il y a une morale de l'écologie, mais plutôt que l'exigence éthique d'émancipation du sujet implique la critique théorique et pratique du capitalisme, de laquelle l'écologie politique est une dimension essentielle.
Né à Vienne en 1923, émigré en Suisse en 1939, André Gorz s est par la suite installé en France où il a été l'un des concepteurs les plus actifs des Temps Modernes et l'un des fondateurs du Nouvel Observateur. Révélé et soutenu par Sartre, son travail tient autant de la philosophie que de la critique sociale. Pionnier de la réflexion écologique, c'est dès les années 1970 qu'il analyse les liens entre émancipation des individus et critique radicale du productivisme et du consumérisme, inscrivant l'écologie politique en dépassement du marxisme. Il est l'auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels, aux éditions Galilée, Misères du présent, richesse du possible (1997), L'Immatériel (2003) et Lettre à D. (2006).
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Le texte le plus ancien date de 1975, le plus récent de 2007. Tous sont d'une brûlante actualité. Car Gorz n'a pas seulement aimé sa femme jusqu'à la mort. Pour répondre à l'inquiétant problème de la croissance - cette divinité née au XIXe siècle et dont on implore aujourd'hui le retour en montrant les dents - il fut l'un des premiers à préconiser «la rupture» en citant Edgar Morin : «La rupture avec la tendance au «produire plus, consommer plus» et la redéfinition d'un modèle de vie visant à «faire plus et mieux avec moins»supposent la rupture avec une civilisation [...] où tous les besoins et tous les désirs sont rabattus sur [...] le désir de gagner plus.» L'écologie est un anticapitalisme.
Ecologica, qui paraît aujourd'hui, n'est pas le testament intellectuel d'André Gorz. Le volume collige des textes déjà publiés dans des revues ou des ouvrages antérieurs mais peu disponibles. Le plus ancien («L'idéologie sociale de la bagnole») date de 1975, le plus récent («La sortie du capitalisme a déjà commencé») de 2007, si bien qu'on peut les concevoir comme des balises ou des «échantillons» représentatifs de toute l'oeuvre théorique, dont l'axe a été la défense de la liberté et de l'autonomie de l'individu...
Gorz ne se contente pas en effet de mettre en cause la spéculation, les paradis fiscaux ou le manque de contrôle de l'industrie financière. Il montre précisément les raisons pour lesquelles le capitalisme se révèle «incapable de se reproduire», et explique pourquoi la décroissance est un «impératif de survie», supposant une rupture radicale avec la logique du «produire plus, consommer plus», porteuse de l'aliénation de l'homme comme de la destruction de la nature.
Extrait de l'introduction :
L'écologie politique, une éthique de la libération
Depuis la parution du roman autobiographique Le Traître, préfacé par Sartre, jusqu'à l'écologie politique, quelles ont été les rencontres et les influences importantes pour vous ?
Quelles ont été dans ma vie les grandes rencontres et influences ? Il y a eu Sartre, bien sûr, dont l'oeuvre, à partir de 1943, a été formatrice pour moi pendant vingt ans. Il y a eu Illich qui, à partir de 1971, m'a donné à réfléchir pendant cinq ans. Mais les influences les plus importantes ne sont pas nécessairement celles des personnes importantes. Jean-Marie Vincent, qui a relativement peu publié, m'a initié au Marx des Grundisse dès 1959. Il m'a fait rencontrer des théoriciens italiens qui m'en ont fait connaître d'autres. Dans les années 1990, avec sa revue Futur Antérieur, il m'a convaincu qu'il me fallait réviser certaines de mes idées. Il y a deux ans, à la suite d'un entretien sur L'Immatériel pour un journal allemand, j'ai rencontré un hacker, Stefen Meretz, cofondateur d'Oekonux, qui explore avec une admirable honnêteté la difficulté qu'il y a à sortir du capitalisme par la pratique, la manière de vivre, de désirer, de penser.
Mais, de 1947 à ce jour, l'influence la plus forte et la plus constante a été celle de «Dorine sans qui rien ne serait», ma compagne, qui m'a révélé qu'il n'était pas impossible d'aimer, d'être aimé, de sentir, de vivre, de prendre confiance en soi. Nous avons grandi et évolué l'un par l'autre, l'un pour l'autre. Sans elle je n'aurais probablement pas réussi à m'accepter. Sans Sartre, je n'aurais probablement pas trouvé les instruments pour penser et dépasser ce que ma famille et l'histoire m'avaient fait. Dès que j'ai découvert L'Être et le Néant, j'ai eu le sentiment que ce que Sartre disait de la condition ontologique de l'homme correspondait à mon expérience. J'avais fait dès la première enfance l'expérience de tous les «existenciaux» - l'angoisse, l'ennui, la certitude de n'être là pour rien, de ne pas correspondre à ce que les autres attendaient de moi, de ne pas pouvoir me faire comprendre d'eux. L'expérience, en somme, de la contingence, de l'injustifiabilité, de la solitude de tout sujet.
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