Auteur : François Laut
Date de saisie : 07/05/2008
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Payot, Paris, France
Collection : Voyageurs
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-228-90265-6
GENCOD : 9782228902656
Sorti le : 03/01/2008
Nicolas Bouvier (1929-1998) : écrivain-voyageur ? Sans doute, mais d'abord écrivain tout court, et puis aussi Genevois, poète, photographe... À seize ans, celui qui s'emploiera à «raconter le voyage pour apprendre à écrire» sait qu'il veut sillonner le monde et inventer un art de la vie. Il part sur la route de l'Orient, d'abord en auto avec un ami jusqu'à Ceylan, puis seul jusqu'au Japon. Quand il rentre à Genève pour se marier et fonder une famille, il a quasiment dans sa besace la matière des trois livres qui font sa réputation aujourd'hui : L'Usage du monde, Chronique japonaise, Le Poisson-Scorpion. Il lui faudra du temps pour les écrire, il lui faudra voyager encore à travers le monde, et aussi voyager dans sa mémoire.
Ce portrait se fonde sur des documents inédits : la correspondance de l'écrivain (notamment avec le peintre Thierry Vernet, son meilleur ami), ses feuilles de route et ses carnets. François Laut, qui l'a connu, a également interrogé ses proches. C'est donc un Nicolas Bouvier intime qu'il nous raconte, introspectif, souvent déprimé, toujours ironique, pleinement artiste. On suit le Genevois dans les voyages qu'il n'a pas racontés et dans ce qu'il a tu ou écarté des voyages qu'il a racontés. On le voit batailler en poète avec l'écriture et ses démons intimes ; on le voit vivre, aimer, souffrir en consumant son existence.
Né en 1953, Parisien de mère genevoise, François Laut a beaucoup voyagé et longtemps vécu au Japon. Il a publié plusieurs romans, dont Aï (l'amour) en 1994 et Tohu-Bahut en 2006.
S'il s'en allait voir le monde, c'était pour «en avoir le coeur net, à tous les sens du terme», disait l'écrivain Jacques Meunier, évoquant son ami Nicolas Bouvier (1929-1998)...
De ce récit très documenté, ressort avec netteté le portrait d'un homme anxieux jusqu'à l'angoisse. Le portrait d'un homme en marche, certes, mais surtout d'un écrivain magnifique, doutant souvent de lui et de l'écriture elle-même.
Dans un récit biographique émouvant, François Laut s'approche des vérités enfouies de l'écrivain genevois, explorateur de l'âme du monde. Une biographie dit-elle la vérité d'un homme ? On remercie François Laut de n'avoir pas tenté l'impossible, à la manière têtue de certains biographes anglo-américains, par exemple. François Laut était un ami de Nicolas Bouvier : ce qu'il nous dit de lui ne l'écarte jamais de l'admiration qu'il lui porte ; mais la tendresse n'exclut pas la rigueur. Et le retour méticuleux à des sources indiscutables - parents, amis et des écrits souvent inédits (en particulier des correspondances) - fait de cette biographie le véritable roman d'une vie qui gagne en épaisseur et en mystère à chaque chapitre...
Laissant à chacun la possibilité de ressentir, sous les pas du voyageur, la richesse d'un itinéraire spirituel et intime d'une grande intégrité.
Et voici que François Laut tente de dévoiler l'immergé. A sa façon, avec peu de distance et beaucoup d'émotion, il propose une nouvelle rencontre avec Bouvier, "intus et in cute, intérieur et dans la peau", précise-t-il en reprenant l'exergue des Confessions de Rousseau...
Nous sommes loin d'une biographie construite sur le modèle anglo-saxon, même si l'auteur commence par nous brosser - passage obligé- le portrait d'une famille avec ses règles et ses raideurs...
Découvre-t-on, au fil des pages, de nouvelles facettes du voyageur ? Non, même si cet ouvrage s'appuie sur les notes de l'écrivain-voyageur, sur sa correspondance avec sa mère et avec son "jumeau psychologique" et compagnon de route, Thierry Vernet. En revanche, François Laut prépare le lecteur à ce qui apparaît essentiel à ses yeux : derrière le voyageur, il y a l'écrivain, le sédentaire, l'homme de culture.
François Laut, lui, dresse un tableau complet de la généalogie familiale (du côté du père, des universitaires prestigieux ; du côté de la mère, la très grande bourgeoisie suisse), du milieu dans lequel Nicolas a grandi, qu'il a aimé, qu'il ne reniera jamais, mais qu'il a voulu, à un moment donné, fuir. C'est de cette tension entre son goût sédentaire des grandes demeures patriarcales, de son bureau, de sa bibliothèque, et son désir d'ailleurs, de découvertes, de rencontre des autres, que naîtra l'oeuvre de Bouvier. Partir, pour mieux revenir. Partir, aussi, pour se trouver : les livres de Bouvier ne sont pas tant des «récits de voyage» que la relation de cheminements intérieurs vers la connaissance de soi-même dans le miroir tendu par des cultures étrangères...
La biographie de François Laut révèle nombre de textes inédits, extraits des Carnets de Bouvier. Les lignes qu'il écrit à la fin de sa vie, miné par le cancer, tirent les larmes, et impressionnent par leur mélange de souffrance, de lucidité, de sérénité.
Il y a dix ans disparaissait cet écrivain culte, qui réinventa le récit de voyage. Une biographie dévoile sa personnalité tourmentée...
Nicolas Bouvier, disparu en 1998 à l'âge de 68 ans, aura donc à peine connu les frémissements de la reconnaissance. Pour le dixième anniversaire de sa mort, François Laut a l'heureuse idée de signer une première biographie...
On y découvre le rejeton d'une lignée de pasteurs genevois, élevé dans de languides propriétés à la Tchekhov, où l'on recevait à la table familiale Hermann Hesse ou Robert Musil, et promis à un avenir tout tracé de bibliothécaire. Et puis, soudain, l'appel des routes du monde...
Au nom du Père
Les ancêtres
Bous, bovem, bovin, bovarius, bouvier. Boier en vieux français, bovairon en patois. Gardien de boeufs. Nicolas Bouvier a aimé les déserts, mais la seule chose de Suisse qu'il avoue avoir parfois regrettée en voyage, c'était le vert de l'herbe. Il préférait aussi les équidés aux bovidés - les chevaux des Dombes, immobiles, de l'eau jusqu'au poitrail, les chevaux noirs de Hokkaido «ancrés dans les prés comme de lourds navires», qui faisaient au poète «oui éperdument hochant la tête», et le rassuraient quand il songeait à sa vie «mal cousue».
Quels habits portaient ses ancêtres ?
«Ma famille est de Genève depuis trois cents ans.» Nombre de Bouvier dans les Cévennes, au musée du Désert ; dans le Dauphiné aussi, à Livron-sur-Drôme, par exemple, foyer des Boissonnas, la dynastie de photographes genevois dont Nicolas Bouvier écrira l'histoire. Lui-même se sent plus proche des huguenots français que des calvinistes genevois, dont il dira crûment que l'éducation l'aura fait chier et même empêché de chier. Mais c'est une culture, un milieu qu'il remet en cause, plus que les Saintes Écritures ou le don christique, qui l'impressionnera toujours. Il aime la vie des grandes familles réformées du XVIe siècle racontée par Michelet, les Bourbons, les Coligny, leurs femmes intrépides et stratèges à qui rien n'échappe du siège d'une ville. Le calvinisme genevois, malgré l'éducation donnée aux jeunes filles, lui semble misogyne, et c'est une des raisons qui l'auront rapidement détourné du culte.
Le trisaïeul de Nicolas Bouvier, Barthélemy, fils de Henri François Louis Bovy (natif de Vufflens-le-Château en pays vaudois) et de Rose Louise Françoise Ansermier, né à Genève en 1795, n'a pris qu'en 1825 le nom de Bouvier en accédant à la bourgeoisie. Entre-temps, il a épousé une Louise Bernard puis est devenu pasteur. Il voyage : précepteur à Moscou et pasteur de l'Église réformée. Des raisons de santé l'obligent à rentrer dans sa patrie où il exerce jusqu'à sa mort, en 1848. C'est un excellent prédicateur, populaire, d'une foi attachée à l'inspiration littérale de la Bible.
Son fils Ami Auguste Oscar Bouvier (1826-1893) voyagera aussi pour se former : à Berlin, la théologie ; au lycée Louis-le-Grand à Paris, une aumônerie ; dans les Hautes-Alpes, une mission évangélique ; à Londres, une suppléance pastorale. Retour au bercail à trente ans et longue carrière honorée par un cours d'apologétique et de dogmatique à l'université. À Genève où on reste pasteur tout en étant enseignant, Auguste se montre, comme son paternel, grand prédicateur doublé d'un écrivain, théologien social ouvert aux sciences. Darwinien, dira Nicolas. «Mieux vaut être une abeille accomplie qu'un Adam dégénéré.»
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