Auteur : Adalbert Stifter
Traducteur : Sibylle Muller
Date de saisie : 14/02/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Circé, Belval, France
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-84242-230-1
GENCOD : 9782842422301
Sorti le : 24/01/2008
Ce jour béni, j'étais à Haimbach par le plus grand des hasards, et c'est à ce hasard-là que le lecteur doit toute cette histoire; car Dieu sait comment cela se fit - tous ces gens m'ont tellement plu, et sans doute réciproquement, que nous avons lié connaissance, et puis partagé une voiture, et aussitôt entretenu des relations plus personnelles qui se sont poursuivies jusqu'à aujourd'hui, et j'aimerais qu'il me soit donné un beau jour de conduire à l'autel la très charmante Emma. Vite un conseil encore, avant de nous séparer :
«Si maintenant il prend à l'un d'entre vous l'envie de visiter le lac de Traunsee, qu'il attende encore deux ou trois ans, si c'est possible ; car alors seront achevées les deux magnifiques villas qui vont être construites sur la rive de Traunkirchen, entièrement d'après les indications d'Albrecht, pour servir de demeure aux convives de ce déjeuner - à moins que d'ici là on ne fasse un autre projet, comme par exemple habiter dans le Jura, ou en Nouvelle-Zélande, ou ailleurs, ce qui n'étonnerait guère de la part de têtes aussi éthérées.»
«Stifter est l'un des plus remarquables conteurs de la littérature universelle, plein d'audaces secrètes, étrangement prenant.»
Thomas Mann
Traduction de l'allemand de Sibylle Muller
Immanquablement, ses personnages sont en accord avec leurs aspirations quelles qu'elles soient, comme si la noblesse de coeur était la plus grande conquête de l'homme...
Alors que le texte raconte une histoire d'amour, surprendre une conversation entre sa bien-aimée et un autre homme fera naître en lui ce sentiment si peu stiftérien qu'est la jalousie et sembler gâcher la pureté ontologique attachée à chaque ligne de l'écrivain. Cependant la dispute a lieu par évitement, permettant le malentendu puisqu'elle n'a pas de raison d'être. Cette évidence repoussée est le sujet du livre et l'objet même de l'amour...
Les coïncidences perpétuelles qui ont généré ici l'amour-passion (comme, ailleurs, le temps qui anoblit encore les liens les plus nobles) renvoient à l'essence même des personnages et, surtout, de leurs rapports. Stifter donne toujours la merveilleuse impression que la hauteur de vue et la confiance absolue sont, tout compte fait, les seuls sentiments naturels.
Primevère
24 avril 1834.
Bien souvent on impute aux hommes des choses dont en fait la seule chimie est responsable. Il est évident que si un être humain n'a pas dans le sang assez de métaux, par exemple du fer, les autres atomes doivent en quelque sorte en être avides, pour établir, par combinaison, l'équilibre chimique salutaire. Mais la plupart du temps, le malheureux affligé de cette tare se trompe sur son obsession, et ce n'est pas dans son sang, mais dans sa chambre et dans ses armoires qu'il va maladroitement entasser les métaux, et chercher à s'emparer d'argent et autres matières précieuses. Ce pauvre bouffon, nous le traitons d'harpagon assoiffé de richesses; - va pour ce nom -mais il ne faut pas le méprisera la légère, comme si c'était de sa faute ; la preuve qu'on a tort, c'est que le représentant le plus pur de ce type déteste justement toute monnaie de papier et ne vise absolument pas le bon placement, mais conserve et garde la simple, belle et pure monnaie de métal.
D'autres gens ont d'autres affinités, cher Titus, comme par exemple toi et moi, à qui l'on a souvent reproché de dévisager les dames, et les plus belles d'entre elles, de manière inconvenante - mais du moins pour moi, on ne pourra jamais m'en empêcher, parce que je suis, si l'on peut dire, un harpagon assoiffé de beauté. Je réalise maintenant que cette chose me poursuivait déjà dans mon enfance, où il m'arrivait souvent de me battre pour de petits cailloux brillants, ou bien de descendre, les yeux gonflés et rougis de larmes, du pigeonnier où j'étais resté blotti des heures, à lire les plus beaux romans, que feu mon père m'interdisait formellement, parce qu'il voulait que j'apprenne plutôt le quae maribus et autres choses du même genre, ce que je faisais aussi, de sorte que j'étais capable de le lui réciter d'un bout à l'autre ; - mais ce que j'aimais mille fois mieux, c'est quand je pouvais me faire peur avec un beau roman de chevalerie, ou bien quand j'eus le coeur presque brisé - je n'ai pas relu cette oeuvre depuis -parce que le duc de Bavière Louis le Sévère allait faire mettre à mort sur-le-champ sa ravissante et innocente épouse victime de pures calomnies, et personne ne pouvait la sauver sauf moi, moi qui connaissais toute la méchanceté de ses ennemis pour l'avoir lue dans ce livre, mais hélas, trois siècles trop tard.
En ce temps-là, quand j'étais sûr et certain jusqu'à la dernière page qu'elle serait sauvée, et qu'à la fin elle ne l'était pas, j'en étais presque malade de chagrin. C'est dans ce pigeonnier vide et poussiéreux, Titus, que j'éprouvai d'étranges et délicieux sentiments que je gardai jusqu'à des époques récentes de ma vie ; et par la suite je ne suis point devenu un autre, je recherche toujours, métaphoriquement, ces pigeonniers, je me coupe de ce monde du travail utilitaire, et je courtise la beauté comme une femme.
Il est évident que ce n'est pas ainsi que je deviendrai riche ; mais mon cousin, l'harpagon assoiffé de métal, ne se soucie pas non plus de beauté. - C'est que les choses sont à tout à fait opposées ; - pourtant ni l'un ni l'autre nous ne pouvons nous corriger, parce que la vie ne vaut plus un sou dès que l'on en supprime la quête de l'objet de notre désir.
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli