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Crier aux abois

Couverture du livre Crier aux abois

Auteur : Gustavo Pernas Cora

Traducteur : Pol Fernandez | Olga Nogueira

Date de saisie : 09/01/2008

Genre : Théâtre

Editeur : Ed. de l'Amandier, Paris, France

Prix : 10.00 € / 65.60 F

ISBN : 978-2-35516-036-3

GENCOD : 9782355160363

Sorti le : 09/12/2007

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  • La présentation de l'éditeur

Une Femme et un Clochard partagent le même espace public : le parc d'une grande ville. La Femme vient dans le parc chercher la compagnie des passants, tandis que le Clochard y vit.
L'un et l'autre sont deux marginaux de notre société en déséquilibre. Elle, est en marge par excès de ce qui est matériel et surtout par solitude. Lui, par manque de ce qui est matériel, mais aussi par solitude. L'encerclement de la Femme par ses chiens n'est qu'une stratégie du Clochard pour la mettre à l'épreuve. Les chiens, tout comme les spectateurs avides de scandale, de sexe et de violence, cernent de toutes parts, les personnages et lorsque les vociférations ne suffisent plus, se mettent à aboyer. Pour le Clochard, aboyer, hurler, est une forme de révolte, un cri de guerre, une protestation, le refus de la soumission. Pour la Femme, c'est le chant du cygne, l'expression de l'impuissance, de la douleur, de la reconnaissance de l'autre dans une situation de désespoir. Les chiens renvoient à notre animalité, à notre condition naturelle que nous refoulons quotidiennement. Crier aux abois est l'histoire d'une transformation de la Femme qui va laisser tomber ses masques, comme les pelures d'oignon, jusqu'à se dénuder face à la réalité, face au public. Mais avec elle et avec l'épreuve mise en jeu par le Clochard, le regard du spectateur devrait aussi changer.





  • Les premières lignes

La lumière revient, la Femme mange des graines de tournesol, par terre il y a un tas d'écorces de graines de tournesol. L'action se déroule l'après-midi d'un jour quelconque, à l'heure où le jardin public est plein d'habitués, elle les regarde avec ennui. Quatre points attirent son attention. Parfois, elle à l'air de décrire ce qu'elle voit comme un commentateur sportif, en changeant de rythme. La Femme finit par tomber dans les pièges de son propre langage.

FEMME : Un vieux... un enfant avec un ballon, une mère qui tricote... un chien... une femme qui lit une lettre... De sa mère ? De sa grand-mère ? Du travail... ? (Elle pose les questions rapidement.) Elle lit rêveuse... de son fiancé. Le vieux fait un pas... la mère tricote, l'enfant joue... le chien court... encore un pas... la jeune fille lit... le chien court... l'enfant pleure (Elle parle en suivant le rythme de ce qu'elle voit) et bien !, il a perdu son ballon... il commence à y avoir de l'animation... (Avec peu d'enthousiasme.) Encore un pas... canne, pied, canne, pied... si j'étais à la maison, il y a longtemps que j'aurais changé de chaîne... Que c'est lent ! Le jardin public ! Le jardin public... ! Mais quelle lettre ce jeune homme a écrit à cette fille... et la mère, qu'est-ce qu'elle attend ? elle veut finir son pull avant d'aller consoler son enfant ? Le chien aboie, c'est le seul à s'être rendu compte... encore un pas... Allez papy, vous êtes presque arrivé au banc... petit à petit... ! Le vieux ! Il a une tête qui ne me revient pas... gabardine, lunettes de soleil... Il ne semble pas si vieux pour marcher de cette façon... Une minute ! Et s'il marche si doucement peut-être veut-il que la fille ne s'en rende pas compte... ? S'il y a tellement de bancs dans ce jardin public, pourquoi a-t-il justement choisi celui-ci ? C'est parce qu'elle l'intéresse ? La canne ! Est-ce vraiment une canne ou aurait-il une arme cachée à l'intérieur ? (Elle mange des graines de tournesol nerveusement.) Depuis que l'enfant a commencé à pleurer et le chien à aboyer, on dirait qu'il a accéléré le pas... Peut-être a-t-il peur que la jeune fille s'en rende compte... Et elle continue de lire sa lettre ! Enfant, pleure ! Voyons voir si quelqu'un d'autre que le chien s'en rend compte ! Chien, aboie ! Comment je ne m'en suis pas rendue compte ! Le vieux ! Encore un pas... (Elle regarde, intriguée.) Encore un pas... Regarde comme il se dépêche ! (Le rythme réel n'a pas changé.) Mais qu'est-ce que ce garçon a bien pu écrire, la Bible ? La mère est sourde, sinon, je ne comprends pas...le vieux va avoir le temps d'en finir avec la fille et de se venger de cet enfant pleurnicheur... Arrête de lire ! Lève la tête ! Elle le mérite !, elle mérite d'être victime... ici, personne ne la sauvera, même pas la pub... Il est tombé ! Il est tombé ! Elle a arrêté de lire sa lettre juste au moment où il tombait... Ouf ! Ça fini bien, heureusement ! (Soulagée.) mais qu'est-ce qu'elle fait ? Mais qu'est-ce que tu fais ? Mais elle est bête ou quoi ? La voilà qui se lève et qui s'approche du vieux !... Voilà ce vieux pervers les quatre fers en l'air, les jambes écartées et malgré cela la colombe se précipite pour l'aider... Incroyable... elle va tomber dans son propre piège... La canne ! Il lui a demandé sa canne qui lui a échappé... et elle va lui chercher... c'est elle-même qui va lui apporter l'arme avec laquelle il va l'assassiner... (Elle se cache les yeux avec les mains mais regarde entre les doigts.) Ici dans ce parc, en plein jour... Mon Dieu ! Le gamin n'arrête pas de pleurer... et après on critique l'avortement, pauvre enfant... N'est-ce pas pire d'avoir une mère si peu humaine ? Le chien au lieu d'aboyer ferait mieux d'attaquer le vieux... Elle la lui donne, elle est sur le point de la lui donner, elle est sur le point de la lui donner, maintenant voilà qu'elle le prend par le bras, il se lève en s'appuyant sur elle, il la tient... Il empoigne sa canne, la lève vers elle... Non, non, je change de chaîne. (Elle sort un pistolet de son sac quelle confond avec une télécommande et vise la scène quelle est en train de décrire.


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