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L'innocence du devenir : la vie de Nietzsche

Couverture du livre L'innocence du devenir : la vie de Nietzsche

Auteur : Michel Onfray

Date de saisie : 07/01/2008

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Galilée, Paris, France

Collection : Incises

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-7186-0756-6

GENCOD : 9782718607566

Sorti le : 10/01/2008


  • La présentation de l'éditeur

Je souscris au jeu de mots de Marcel Duchamp qui diagnostique l'état de santé du cinéma avec cette belle jonglerie anagrammatique : Anémie cinéma... Egotisme de réalisateurs fêlés, narcissisme d'une époque veule, messe d'une nouvelle religion commerciale, divertissement bas de gamme, trivialité généralisée, on n'en finirait pas de lister les symptômes de ce qui avilit cet art majeur.

Un diagnostic semblable pourrait être posé sur la philosophie et sa pitoyable santé entre l'inceste universitaire abscons et la prostitution journalistique de coups éditoriaux.

Une piste, parmi d'autres, permettrait d'envisager une double thérapie : la biographie philosophique filmée. On y montrerait une vie philosophique à l'oeuvre, autrement dit, le contraire d'un discours de professeur ou d'un barbouillage de normalien. À cette aune, les imposteurs et les escrocs tombent vite le masque.

Voici la proposition d'un scénario pour un film qui montrerait, entre autres exemples, combien la vie de Nietzsche témoigne d'une pensée vécue.



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  • Les premières lignes

Imager une vie philosophique

Anémie cinéma -. Je souscris au jeu de mots de Marcel Duchamp qui diagnostique l'état de santé du cinéma avec cette belle jonglerie anagrammatique : anémie cinéma. Où, quand et comment le cinéma est-il anémique ? Avant de poursuivre, précisons que l'anémie renvoie à une pauvreté, un appauvrissement de la substance vitale. Je ne méprise pas le cinéma dans sa totalité, mais ce qu'il est si souvent devenu. À savoir un reflet des tares de notre époque. Mais comment pourrait-il en être autrement ?
Première tare : le solipsisme qui triomphe si souvent en art sous forme d'autisme. L'égotisme, le narcissisme, le plaisir autiste pris à soi-même, l'oubli du public, la négligence du spectateur, sinon son mépris, voilà la liste des symptômes du temps. Selon la vieille formule mise en avant par les ratés pour qui l'absence de succès aujourd'hui désigne à coup sûr le génie de demain, on enfume avec sa médiocrité un jour ce qui sera mauvais toujours. Les gogos adorent cette rhétorique utile pour transformer les minables en héros et les spectateurs abusés en très improbables précurseurs avisés.
Le cinéma dit intellectuel figure dans cette catégorie. Autrement dit, le cinéma qui s'adresse aux théoriciens du cinéma. D'où, cette deuxième tare produite par l'égotisme : l'élitisme. Les années 1970 exagèrent ce travers jusqu'à la nausée : la production d'une philosophie pour agrégés de philosophie, d'une musique pour musicologues, d'un roman pour les sémioticiens, d'un théâtre pour les didacticiens de la discipline, d'une science de l'éducation pour les techniciens de la pédagogie, d'oeuvres d'art pour critiques d'art, galeristes, conservateurs de musée et journalistes spécialisés, etc. Toutes ces productions à destination de la secte ont consommé le divorce avec le grand public cultivé. La rupture sévit encore et toujours.
Le peuple lisait et aimait Voltaire ou Hugo, lira-t-il un jour Joyce avec la même ferveur ? En Italie, le peuple remplissait les opéras baroques ; dans toute l'Europe, on ne le voit plus aux concerts de musique contemporaine. Le même allait voir Renoir ou Carné, Vigo ou Grémillon, sinon Charlie Chaplin et Jacques Tati, les deux plus grands réalisateurs authentiquement politiques - les figures de mon panthéon -, se précipitera- t-il un jour pour voir les Hurlements en faveur de Sade de Guy Debord ?
Ce «film» du gourou situationniste fonctionne en idéal type (kantien) de la raison cinématographique pour nombre de cinéastes. Un écran blanc sert de fond à des monologues inexpressifs ou à des dialogues éclatés, dispersés dans une composition totalisant une heure de silence, dont les vingt-quatre dernières minutes en continu. Pendant le temps de silence, l'écran devient noir... Génie du film sans images ! Des expositions de peinture pour les aveugles ! Des concerts pour les sourds ! Des festins et des banquets pour les agueusiques !


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