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Le corps homosexuel en-jeu : sociologie du sport gay et lesbien

Couverture du livre Le corps homosexuel en-jeu : sociologie du sport gay et lesbien

Auteur : Sylvain Ferez

Date de saisie : 07/01/2008

Genre : Sciences humaines et sociales

Editeur : Presses universitaires de Nancy, Nancy, France

Collection : Epistémologie du corps

Prix : 21.00 € / 137.75 F

ISBN : 978-2-86480-783-4

GENCOD : 9782864807834

Sorti le : 18/12/2007


  • La présentation de l'éditeur

Le sport gay et lesbien qui, dans la lignée des Gay Games, s est institue en France depuis le milieu des années 80, connaît un succès croissant. Partagé entre le monde sportif, dont il critique la culture homophobe, et la subculture gay, à laquelle il reproche l'imposition de normes corporelles, il semble encore chercher sa voie. Par-delà ses errements, une originalité s'affirme néanmoins : en mettant ostensiblement les corps homosexuels en jeu, il prétend s'immiscer dans des enjeux de représentation du «corps homosexuel». Enjeux liés à la fois aux images et catégories mentales qui rendent a priori le sport et l'homosexualité exclusifs l'un à l'autre, mais aussi aux mécanismes d'élection de porte-parole ou de représentants. Homosexuel parmi les sportifs, l'acteur du sport gay et lesbien se veut sportif parmi les homosexuels. C'est de cet écartèlement que naît la possibilité d'un processus de politisation des mises en scènes du corps : émergence fragile et douloureuse dans un entre-deux qui cherche à s'inscrire, à se nommer, menaçant toujours de basculer d'un côté ou de l'autre de l'alternative rejetée.

Actuellement membre de l'équipe de recherche «Sports, politique et transformations sociales» de l'Université Paris XI-Sud. Sylvain Ferez a effectué deux années postdoctorales au département de sociologie et d'anthropologie à l'Université d'Amsterdam après avoir soutenu un Doctorat intitulé Corps de mise en scène, d'expression et de réflexivité : étude de génie symbolique à l'Université Montpellier I en 2004.



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  • Les premières lignes

Extrait de la préface d'Eric Fassin :

Le corps des sciences sociales

A l'évidence, la sociologie du sport s'inscrit dans une histoire des dis­ciplines du corps. Pourtant, à l'exemple de Norbert Elias, les sociologues qui étudient le sport négligent d'ordinaire de s'intéresser à la sexualité. C'est un peu comme si le corps sportif occultait le corps sexuel. Il est vrai qu'en retour les sociologues de la sexualité ne se soucient pas davantage des pratiques sportives. Bref, ces deux corps (de métier) semblent voués à ne pas se rencontrer, nonobstant un objet commun : la santé. Ce paradoxe mérite qu'on s'y arrête. On peut faire l'hypothèse qu'il est lié au sexe du sport. En effet, alors que les sociétés modernes revendiquent la mixité comme une valeur essentielle, allant jusqu'à se définir en opposition aux cultures de la ségrégation sexuelle, renvoyées dans l'archaïsme, le sport y reste généralement caractérisé par la non-mixité. Le sport féminin est construit en parallèle avec le sport masculin, non sans inégalités, sans que les parallèles se croisent. Le double mixte que propose le tennis reste une exception pittoresque, et les instances sportives continuent de rejeter les personnes «trans». La sociabilité sportive se résume donc d'un mot, forgé dans les recherches de langue anglaise sur le genre : l'homosocialité l'entre-soi de même sexe. La non-mixité contribue ainsi à construire le genre en posant, en même temps que les catégories «hommes» et «femmes», la masculinité et la féminité qui sont censées les définir. Le sport serait donc une affaire de sexe, mais aussi de genre. Si la sexualité y reste impensée, sinon en creux, à l'occasion d'affaires de viol ou de har­cèlement, c'est du moins tant qu'elle est implicitement identifiée à l'hétérosexualité. Car le spectre de l'homosexualité hante le sport, comme il hante toujours l'homosocialité. Que font les hommes entre eux, ou les femmes entre elles ? Qu'est-ce qui se joue sexuellement dans ces jeux sexués ?

C'est tout l'intérêt du travail de Sylvain Ferez : en conjuguant sport et homosexualité, l'ouvrage qu'on va lire éclaire celle-ci par celui-là, et inversement. Son point de départ, c'est le sport «traditionnel», et ses assignations normatives de genre. Du rugby au football, la compétition suppose la masculinité, et la renforce ; on sait d'ailleurs combien les sports les plus populaires reposent sur une division sexuelle des tâches comme avec les «pom-pom girls» encourageant les garçons au bord du terrain sur les stades américains. Aussi, encore aujourd'hui, importe-t-il de n'être jamais traité de «pédé», ultime disqualification : c'est une question de virilité, et tout particulièrement dans le monde du sport. On comprend dès lors combien difficile est la place des gays dans le monde du sport traditionnel, tant on continue de les y regarder davantage comme des «danseuses» efféminées. Pour les femmes, la question se pose en des termes symétriques : si le sport exclut les gays parce qu'il implique la virilité, logiquement, la féminité de la sportive est a priori problématique. Et si la sportive est volontiers perçue comme quelque peu masculine, voire butch, le soupçon de lesbianisme est toujours déjà là. Bref, loin d'être l'impensable exception, comme chez les garçons, pour les filles, l'homosexualité serait la règle impensée du sport. Aussi le sport collectif féminin se montre-t-il presque aussi accueillant aux lesbiennes que son équivalent masculin s'avère hostile aux gays. Encore ne faut-il pas idéaliser la tolérance du sport féminin : l'homophobie y reste dominante, qui condamne à la discrétion, fût-elle revendiquée au nom d'une séparation entre vie privée et sphère publique.


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