Auteur : John Maxwell Coetzee
Traducteur : Anne-Laure Jourdain
Date de saisie : 07/01/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Verdier, Lagrasse, Aude
Collection : Détours
Prix : 9.80 € / 64.28 F
ISBN : 978-2-86432-517-8
GENCOD : 9782864325178
Sorti le : 10/01/2008
Voici un voyageur anglais - William Burchell - qui, à l'orée du dix-neuvième siècle, parcourt les immensités brûlantes de la colonie du Cap, à l'extrémité de l'Afrique. C'est un peintre amateur; il cherche un paysage pittoresque qu'il puisse décrire et dépeindre à ses lecteurs. Sait-il que ce qu'il cherche est en réalité un panorama composé pour un oeil éduqué par les maîtres du paysage classique tels que le Lorrain ou Gainsborough ? Sait-il que l'idée du sublime, qu'il a emportée avec lui en quête d'autres beautés, est peut-être impropre à restituer les sentiments qui naissent de la lumière, de l'aridité, des solitudes de l'autre hémisphère ?
Coetzee pose la question : À quel risque s'expose l'imagination de celui qui accepte non seulement de quitter ses paysages familiers, mais de s'en défaire ?
John Maxwell Coetzee est né en 1940 en Afrique du Sud, il réside en Australie. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 2003.
Traduit de l'anglais par Anne-Laure Jourdain
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William Burchell
Entre 1811 et 1813, William Burchell, botaniste, ornithologue, anthropologue et naturaliste, parcourut la colonie du Cap jusqu'au-delà de ses frontières sur quelque 4500 miles. Dans ses Travels in the interior of Southern Africa (Voyages à l'intérieur de l'Afrique australe), il offre un récit très complet de ses recherches menées dans l'arrière-pays, vaste et peu habité, de cette nouvelle colonie britannique.
En plus d'être un homme de science, Burchell était un peintre amateur accompli et un observateur pénétrant du paysage sud-africain. Peu après son arrivée au Cap, on l'amena voir un panorama de ce qui est aujourd'hui le Jardin botanique national de Kirstenbosch. Il commente ainsi :
Depuis ce site, la vue... est la plus pittoresque qu'il m'ait été donné jusqu'ici d'apprécier aux alentours de la ville du Cap. Les splendeurs qui se déployaient sous vos yeux, le pinceau le plus adroit aurait peiné à les reproduire; car la singularité que recelait ce paysage aurait nécessité les talents combinés d'un Lorrain et d'un Both ; mais à cette heure, l'harmonie produite par la lumière et l'ombre, tout comme l'apparition enchanteresse du feuillage au premier plan et les tons des distances intermédiaires, excédaient très largement les possibilités de l'art du peintre. Les objets les plus immédiats, autour de nous, étaient purement sylvesttes ; une étendue bleutée achevait le paysage tant devant nous que sur la droite. Vers la gauche, la noble montagne de la Table surgissait dans toute sa majesté... Les derniers faisceaux du soleil, miroitant sur cette perspective riche, vaste et variée, posaient les ultimes touches de lumières chaudes d'une inimitable main de maître.
La scène de Kirstenbosch, Burchell ne la fixe que par des mots. Mais ce sont les mots d'un inspiré du paysage, c'est-à-dire d'un observateur qui appréhende le terrain comme un sujet pictural potentiel, et dont l'observation du terrain s'enrichit de son expérience de la peinture. (Le terme landscape «paysage», employé de nos jours pour désigner à la fois un lieu spécifique et le caractère général de ce lieu, est entré dans la langue anglaise au seizième siècle en lien avec l'art pictural : les paysages étaient des représentations d'étendues de campagne.) Lorsque Burchell exprime ses difficultés à rendre les tons, la lumière et le clair-obscur de Kirstenbosch, ses exclamations, loin d'être futiles, constituent des observations esthétiques judicieuses.
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