Auteur : Marie-Thérèse Allemand-Gay
Date de saisie : 07/01/2008
Genre : Sciences humaines et sociales
Editeur : Presses universitaires de Nancy, Nancy, France
Collection : Histoire du droit
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-86480-785-8
GENCOD : 9782864807858
Sorti le : 18/12/2007
Collection Histoire du Droit
dirigée par Christian Dugas de la Boissonny
Convoqué à l'Assemblée des notables de 1 787, Michel Joseph de Coeurderoy, premier président du parlement de Nancy, est un observateur attentif. Des semaines passées en compagnie des grands du royaume et des notabilités provinciales, il rapporte des notes précises et documentées. Examen des grandes affaires financières et fiscales, discussions en coulisse, relations de propos ou réflexions sur ses contemporains, ses notes présentent un intérêt historique incontestable et une description extrêmement riche de la société de cour des dernières années de l'Ancien Régime.
Ces notes révèlent aussi une société complexe, partagée entre un monde qui disparaît et des idées nouvelles qui peinent à se faire jour. Tous les acteurs de cette institution sont conscients de l'importance des débats, sans réaliser qu'ils participent aux derniers actes d'une monarchie sur le déclin, incapable de conduire d'indispensables réformes.
En tirant des archives de Lorraine ces pages qui dormaient depuis deux siècles, Marie-Thérèse Allemand-Gay offre au lecteur une nouvelle approche de l'histoire locale et nationale. Son introduction, solidement documentée et très vivante, donne toutes les clefs utiles pour comprendre le déroulement et l'intérêt des délibérations des notables. Leurs travaux, loin d'être stériles, préparent les décisions des Etats Généraux de 1 789 et celles de la Constituante.
L'ASSEMBLÉE DES NOTABLES ET MICHEL JOSEPH DE CURDEROY
À la fin de l'Ancien Régime, la monarchie se heurte à des problèmes de toute nature et d'une extrême gravité ; elle s'efforce d'y apporter des solutions et, dans une volonté timidement consultative, elle réunit autour du gouvernement des personnages illustres, essentiellement clercs et nobles, en particulier les plus hauts magistrats. Parmi eux, se trouve Michel Joseph de Coeurderoy, premier président du parlement de Nancy dont le diaire et bien d'autres documents ont permis de décrire l'activité en qualité de chef de cour ; personnage important, il est amené, par le jeu des événements à s'intéresser aux problèmes du Royaume, essentiellement financiers pour notre héros.
Pour assumer les charges de l'État, le souverain dispose de plusieurs sources de revenus. La première chronologiquement, la plus traditionnelle, se compose des produits du domaine ; celui-ci est formé de biens divers, immeubles et droits profitables qui pourvoient théoriquement à l'entretien du Roi, lequel doit en effet vivre du sien. En réalité ces ressources, qui ont augmenté au cours des siècles en chiffres absolus, ont considérablement diminué en chiffres relatifs ; de plus, le patrimoine a souffert de dilapidations dont Necker constate l'étendue dans son compte-rendu de 1781 et auxquelles il a essayé de porter remède par l'arrêt du 14 janvier de la même année. L'ensemble de ces revenus ne constitue qu'une part infime des rentrées de l'année 1788. L'essentiel des ressources de l'État doit être trouvé ailleurs, dans ce qui a longtemps constitué les finances extraordinaires, c'est-à-dire, d'une part les impôts, d'autre part les expédients divers ; les uns et les autres vont en se multipliant au cours des années.
S'agissant des impôts, le plus lourd, le plus ancien est la taille, taxe exclusivement royale depuis le XVe siècle, levée sur ceux qui doivent se racheter du service militaire. Que cette taille soit personnelle ou réelle, elle est souvent arbitraire, injuste et au plus haut point inégalitaire. Elle touche théoriquement les membres du tiers état, en réalité les ruraux essentiellement, qui sont trop pauvres pour sortir de leur condition en achetant un office. L'inégalité due à la répartition de cet impôt est aggravée par les conditions de son recouvrement, cher et antiéconomique ; les modalités de payement de la taille incitent le contribuable à la dissimulation : malheur à celui qui est bon payeur...
Faute d'avoir pu promouvoir les réformes indispensables, la monarchie se résigne, à la fin du XVIIe siècle, à créer de nouveaux impôts perçus sur les véritables revenus de tous les contribuables : c'est d'abord la capitation mise en place lors de la guerre de la ligue d'Augsbourg, rapidement devenue un supplément de taille pour ceux qui sont redevables de cet impôt ; les non taillables payent une somme si modique qu'elle équivaut presque à une exemption et Turgot a pu dire que, pour un gentilhomme, elle tenait lieu d'un vrai privilège. C'est ensuite, lors de la guerre de succession d'Espagne, le dixième, supprimé puis rétabli à plusieurs reprises, devenu le vingtième en 1749 et permanent en fait depuis cette date; c'est une taxation commode qui peut être aisément doublée, voire triplée, comme le décide le contrôleur général Joly de Fleury en 1783. Mais ces impôts supposent connus les revenus réels des contribuables ; or les privilégiés s'opposent avec succès à toute enquête sur leurs ressources. Il en résulte qu'ils sont largement sous-imposés.
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