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Tels des astres éteints

Couverture du livre Tels des astres éteints

Auteur : Léonora Miano

Date de saisie : 06/03/2008

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Plon, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-259-20628-0

GENCOD : 9782259206280

Sorti le : 03/01/2008

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

Dans l'intra muros d'une grande ville d'Europe, vivent Amok, Shrapnel et Amandla.
Alors qu'Amok et Shrapnel sont nés en Afrique, Amandla a grandi dans un territoire d'outre-mer. Trois parcours différents, une même couleur de peau, parfois embarrassante, lorsque l'Afrique, la Terre Mère, a des allures de continent déchu. Une couleur qui emprisonne et influence leur rapport au monde. Tandis qu'Amandla, l'icône rasta, s'enflamme pour une histoire glorieuse où le peuple noir descend des pharaons d'Egypte, Amok, l'écorché vif, étouffe sous cette couleur si lourde de sens.
Quant à Shrapnel, le prince des villes qui rêve d'un peuple noir uni de l'Afrique aux Amériques, il a du mal à savoir où il en est depuis qu'il est tombé amoureux d'une blonde aux yeux bleus... Entre révolte, fierté et mal de vivre, est-il possible de surmonter une identité si envahissante pour se révéler à soi-même ?

Née à Douala, au Cameroun, Léonora Miano a imposé sa voix originale avec ses deux premiers romans parus chez Pion, L'Intérieur de la nuit (2005) et Contours du jour qui vient, prix Goncourt des Lycéens 2006. Après avoir raconté l'Afrique, elle propose avec Tels des astres éteints, un roman qui nous plonge au coeur des problématiques de nos sociétés européennes.





  • La revue de presse Françoise Dargent - Le Figaro du 6 mars 2008

Léonora Miano, le prix Goncourt 2006des lycéens s'interroge sur l'identité africaine à travers le parcours de trois jeunes Parisiens...
Léonora Miano ne prétend pas traiter des mouvements radicaux nés ces dernières années, elle préfère brosser le portrait de ceux qui s'y rallient. Ce faisant, elle pose une question essentielle : qu'est-ce qu'être noir aujourd'hui ? Ses héros ne se sentent pas bien en Europe, où ils travaillent et vivent. Ils rêvent et désirent le continent natal mais apprendront que leur place n'est pas là non plus.


  • La revue de presse Marianne Payot - L'Express du 3 janvier 2008

Le monde en noir et blanc des enfants de l'exil. Un récit vibrant de la Camerounaise Léonora Miano. C'est un gros roman, épais comme un baobab qui prendrait ses racines dans la terre des Lumières. Diablement intelligent, percutant, déstabilisant...
La romancière n'épargne personne, mais comprend tout le monde, renvoyant dos à dos les radicalismes noir et blanc. Son credo ? «La recréation. L'avènement d'un être neuf qui aurait digéré sa peine.» Vivifiant !



  • Les premières lignes

Intro : Come Sunday

Une tache de toi sur l'écran, avant que je ne sorte prendre mon quart de noirceur, dans les couloirs du passage aveugle. Là, une tache de toi sur une affiche. On vient à peine de te coller sur les carreaux sales d'un mur immense. Le papier glacé s'étire sans fin. Des lettres rouges appellent à se souvenir de tes spasmes lointains. Toi, la terre qui n'existe pas. Toi, le creux dans lequel tous projettent leur néant. Ils te rêvent de loin, se créent en toi un espace à dominer, à sublimer, à façonner, à mépriser, à révérer, à sauver. Aucun ne saisit véritablement ton épaisseur, ta densité. Pas même tes enfants. Ils ne savent plus que tu vis. Que tu as tes propres désirs, tes rêves à toi aussi, inlassablement effacés derrière la figure qu'ils t'ont construite. Leur parole devient ton unique réalité. Tu es un décor, pas un membre du grand corps de l'univers. Tes enfants aussi la chantent, cette parole. Dans leurs chants, ils te nomment. Mère des mondes. Terre originelle. Toujours très loin derrière les temps présents, dans un passé dont la trace se discute. Tes avants ne semblent que supposés. As-tu jamais existé ? Devant toi, on sème ce verbe aride, stérile, insignifiant. Terre. Mère. Entends comme on te fixe. Sens comme on te pétrifie. On prétend célébrer ton éternité. Mais l'éternité, on n'y prend pas assez garde, ne vient qu'après la vie. Tu n'es donc plus de ce monde. Tu n'y es qu'un discours. Exploitation, exploration, expiation ne forment pas seulement les rimes sonores du propos. Ils en sont la face cachée. Le sens indicible, inavoué, inconscient. Tu es le mythe de la conquête, et celui de la découverte. Tu es l'espérance du salut, pour ceux qui ne savent quoi faire de leurs bons sentiments. Une petite histoire qu'ils se racontent. Je me tiens dans ce monde où on ne te sait pas. J'observe les lettres rouges de l'affiche sur le mur immense. Gigantesque, la dépêche murale commande de se souvenir de tes soubresauts là-bas. Qu'on le sache : tous les lépreux vivent chez toi. Tous les enfants sans amour. Tous les villages sans eau. Tous les manques. Ils ne sont nulle part ailleurs. Tu es là, emblème de la douleur. Tu symbolises, métaphorises. Ici où Dieu n'est qu'un vocable lisse dans les colonnes du dictionnaire, tu deviens l'injonction jadis faite aux humains. Devoir de charité. C'est ce que dit l'affiche. Tu es le fardeau du monde. Les péchés que l'air du temps réprouve sans les nommer auront en toi leur absolution. C'est chez toi que l'on paie. Qui que l'on soit. D'une manière ou d'une autre. Je ferme les yeux un moment. J'efface le passage aveugle qui ignore cette affiche, qui fait bien. Je te cherche au large de la tache. Je te vois mieux encore que tous ceux qui viennent, à même ta peau, marcher ce rêve qui ne sera jamais réalité. Depuis qu'on chante. Depuis qu'on raconte. Depuis qu'on filme et qu'on écrit. Depuis qu'on fait l'aumône.

Je t'appréhende de la seule manière qui vaille : du dedans. Je touche alors ce qu'il me faut savoir de toi. Une amorce de vérité. Tu es ma chair. C'est de ta glaise que je suis faite. C'est la couleur que tu m'as donnée qui me vaut d'être ce que je suis. Une errante. Un point suspendu. Un être dont l'existence ne s'arrime à rien de palpable pour le plus grand nombre. D'ici, j'ai mon ancrage en toi. Si je ne le voulais pas, il en serait néanmoins ainsi. Ici, seule la couleur nous définit. Comme toi, nous ne sommes que des images.


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