Auteur : Yann Moix
Date de saisie : 14/02/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 14.90 € / 97.74 F
ISBN : 978-2-246-73261-7
GENCOD : 9782246732617
Sorti le : 08/01/2008
Ce livre raconte l'histoire d'une femme (1891-1942) qu'on a tour à tour nommée Edith dans sa famille, Fraulein Edith Stein au lycée, Doktor Edith Stein à l'université, soeur Thérèse au Carmel, matricule 44 074 à Auschwitz, et sainte Thérèse Bénédicte de la Croix au ciel.
Yann Moix est romancier (Panthéon, Partouz, Anissa Corto, Jubilations vers le ciel...) et cinéaste (Podium, et bientôt Cine-man).
Il y a dans ce livre à la fois grec, juif et chrétien où rôde l'ombre choisie de Charles Péguy, de fortes intuitions et de jolis moments d'improvisation poétique. C'est une mélopée, un psaume, une rhapsodie en prose toute hérissée de ces fusées dont raffolait Charles Baudelaire...
Il y a de l'urgence dans le style de Yann Moix, partant de la vérité dans ses pages. Certaines sont littéralement hantées...
Ainsi Yann Moix rappelle-t-il l'énergie, le courage et la lumière qu'il y avait chez sainte Thérèse Bénédicte de la Croix, fille d'Israël martyrisée par les nazis.
Dans cette Bourse folle qui célèbre des auteurs qui ne sont pas souvent-loin de là-les meilleurs écrivains, Yann Moix a rarement été épargné. Que reproche-t-on désormais à ce garçon ? D'avoir l'audace, le toupet, l'insolence de s'atteler à la vie d'Edith Stein après avoir sanctifié Claude François. En somme, une fois encore, la société du spectacle demande des comptes : comment un homme de lettres qui a convoqué 4 millions de Français au cinéma avec «Podium» peut-il être assez crédible pour narrer l'existence d'une juive allemande, élève de Husserl, qui, à l'instar de Jean-Marie Lustiger, se convertit au catholicisme, est déportée et gazée à Auschwitz ? C'est qu'on oublie qu'en 1996-douze ans déjà-un jeune écrivain venait de naître et mettait son coeur à nu dans un des meilleurs romans français de la fin du siècle dernier. Dans «Jubilations vers le ciel», Moix démontrait alors que la plupart des oeuvres majeures s'écrivent avec le sang. Dans une langue tout en fulgurances, il prouvait aussi que «Les cimetières sont des champs de fleurs». On salua ensuite le sombre et désespéré «Anissa Corto», dont «Mort et vie d'Edith Stein» est une manière de suite.
Evidemment Yann Moix a des idées, des idées et encore des idées... A vous en donner le vertige. Mais, grâce à lui, pendant quelques heures, l'indifférence coutumière des Français aux affaires de théologie peut se dissoudre comme le sucre dans le café. Dans son dernier livre, en effet, il a découvert trois choses. D'abord, un gadget : l'emploi des deux points à tort et à travers. Ensuite, une petite hérésie : la suppression des négations comme dans un discours de Bernard Tapie. Enfin, et là il atteint au génie, il a trouvé le sens de la vie d'Edith Stein, cette philosophe juive et allemande devenue une sainte chrétienne...
Il paraît qu'Edith Stein avait lu en une nuit les Mémoires de sainte Thérèse d'Avila. Cela semble impossible. Mais je vous garantis que vous pouvez lire en trois heures le bréviaire de Moix. Vous en sortirez submergé de réflexions subtiles ou iconoclastes. Et, surtout, d'émotions.
S'attaquant à la philosophe allemande Edith Stein (1891-1942), juive convertie au catholicisme, morte à Auschwitz et canonisée par Jean-Paul II en 1997, il s'affrontait à forte tâche : décrire, de l'intérieur même de l'âme, le cheminement vers le christianisme d'une intellectuelle autant marquée par la phénoménologie de Husserl - dont elle fut l'assistante - que par sa culture juive. Et il y parvient.
Si vous attendez d'un livre qu'il dérange, qu'il agace, qu'il surprenne, celui que Yann Moix consacre à Edith Stein est fait pour vous. Edith Stein était une philosophe. Pour Jean-Paul II, qui la canonisa, et pour Yann Moix, qui l'encense aujourd'hui, c'est une sainte...
Dépression, philosophie, foi, sainteté... Edith Stein vécut dans l'excès. Il fallait donc un livre excessif pour lui rendre hommage. C'est chose faite. Oui, Yann Moix est un écrivain qui exagère. A tout prendre, cela vaut mieux que les mièvreries embaumant les vies de ces comètes qui préférèrent brûler plutôt que durer.
Si tu veux trouver le repos, ne te compare pas aux autres.
Edith Stein
On ignore ce qu'est un saint. On imagine que c'est quelqu'un qui a vécu il y a très longtemps avec des sandales, qui est «monté au ciel» les mains jointes, un dimanche matin, escorté par des angelots sortis tout droit du Louvre, battant des ailes dans l'azur.
Un saint, c'est pour nous un monsieur au visage livide et auréolé. Qui pense que le ciel, c'est quelque chose qui est «là-haut», qui se situe «en haut», en altitude. A la verticale. Au-dessus du soleil. Dans la banlieue des : étoiles.
Un saint, c'est pour nous un homme qui n'a pas vraiment existé. C'est le problème, avec la religion. En histoire, c'est différent : on a existé un point c'est tout. En religion, non. A part les historiens athées et les catholiques convaincus, personne ne dit : «Jésus a existé» ou «Jésus n'a pas existé». On dit : «Jésus n'a pas vraiment existé.»
Un saint, pour nous, c'est quelqu'un qui n'a pas vraiment existé. C'est une entité : floue. Pour nous, un saint est situé extrêmement loin dans le passé. Géographiquement, nous nous imaginons qu'un saint, ça habite dans le désert, mais nous ne savons pas lequel : les déserts se ressemblent. C'est jaune, orange, jaune, avec du sable, des cailloux, des dunes.
Un saint, pour nous, c'est sale et pauvre avec des peaux de bête et une canne, ça parle une langue oubliée, ça raconte des choses qui sont ennuyeuses ou incompréhensibles.
Un saint, pour nous, c'est forcément pauvre.
Conclusion : un saint, pour nous, c'est quelqu'un qui a existé mais pas vraiment, habite dans les millénaires passés, sent la sueur, n'a pas un centime, marche sous le soleil toute sa vie en récitant des choses, et n'est quasiment jamais une femme.
Voici un contre-exemple.
Elle s'appelle Edith. Pas Piaf. C'est Edith : mais Stein.
Un être immatériel est un monstre.
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