Auteur : Arnaldur Indridason
Date de saisie : 03/04/2008
Genre : Policiers
Editeur : Métailié, Paris, France
Collection : Bibliothèque nordique
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-86424-638-1
GENCOD : 9782864246381
Sorti le : 07/02/2008
En juin 2000, un tremblement de terre provoque un - changement du niveau des eaux du lac de Kleifarvatn et découvre un squelette lesté par un émetteur radio portant des inscriptions en caractères cyrilliques à demi effacées. Le commissaire Erlendur et son équipe s'intéressent alors aux disparitions non élucidées dans les années 60, ce qui conduit l'enquête vers les ambassades des pays de l'ex-bloc communiste et les étudiants islandais des jeunesses socialistes boursiers en Allemagne de l'Est, pendant la guerre froide. Tous ces jeunes gens sont revenus du pays frère brisés par la découverte de l'absurdité d'un système qui, pour faire le bonheur du peuple, jugeait nécessaire de le surveiller constamment.
Erlendur, séduit par un indice peu commun, une Ford Falcon des années 60, et ému par l'amour fidèle d'une crémière abandonnée, s'obstinera à remonter la piste de l'homme du lac dont il finira par découvrir le terrible secret. Indridason nous raconte une magnifique histoire d'amour victime de la cruauté de l'Histoire, sans jamais sombrer dans le pathos. L'écriture, tout en retenue, rend la tragédie d'autant plus poignante.
Arnaldur Indridason est né à Reykjavik en 1961, où il vit. Diplômé en histoire, il a été journaliste et critique de cinéma. Il est l'auteur de romans noirs, dont La Cité des Jarres (prix Clé de Verre 2002, prix Mystère de la Critique 2006), La Voix (Grand Prix de littérature policière et Trophée 813, en 2007) et La Femme en vert (prix Clé de Verre 2003, Gold Dagger 2005 (GB) et Grand Prix des lectrices de Elle policier 2007).
Dans L'Homme du lac, c'est la découverte d'un squelette vieux de quarante ans qui permet un retour dans les années 1950, lorsque de jeunes Islandais partaient vivre la grandeur du communisme stalinien, de l'autre côté du Rideau de fer, et en revenaient perclus de désillusions - quand ils revenaient. Erlendur fouille, cherche et lève le voile sur une époque taiseuse. Indridason, lui, invente des fictions qui n'en sont pas tout à fait et offre des histoires à un pays qui n'en faisait guère. Pour l'un et l'autre, une façon d'exister.
Dans cet Homme du lac, par exemple. A partir d'un cadavre révélé par la décrue d'un lac, voilà l'histoire d'un amour perdu et d'idéaux qui s'effondrent : le mort a un rapport avec ces jeunes militants islandais des années 50-60, qui partaient étudier dans les pays de l'Est en vue «de voir le socialisme en action, de se former afin de servir leur pays encore mieux dans l'avenir»...
Un roman d'espionnage, alors ? Pas du tout. S'il est bien question d'hommes de l'ombre et d'ambassades pas au-dessus de tout soupçon, ça n'est pas dans une atmosphère à la Le Carré ou à la Ludlum. Indridason conserve son laconisme et sa ligne claire, sujet-verbe-complément (le traducteur Eric Boury dit qu'il est obligé d'apporter un peu de «liant», tant la langue d'Indridason est sèche, limite pète-sec). Exit le coup de théâtre ou l'acmé, même quand l'action s'emballe, même quand le coupable est enfin trouvé, et la vérité dite : ces moments-là deviennent chez Indridason presque accessoires, et le résultat est une intrigante arythmie.
Indridason bringuebale son héros d'histoires d'amour avortées en révélations politiques dérangeantes et le plonge en plein désarroi. Quel lien entre l'homme du lac et les communistes de l'ancienne RDA ? C'est tout un roman... sur le mensonge, la trahison. Lire Arnaldur Indridason, c'est savoir à l'avance que l'on va se laisser piéger par la narration moelleuse, la construction en flash-back ; savoir que l'on va se laisser attendrir par Erlendur, si malheureux, si valeureux.
Elle resta longtemps immobile à scruter les ossements comme s'ils n'avaient pas dû se trouver là. Pas plus qu'elle-même, d'ailleurs.
Elle se disait que c'était probablement encore un mouton qui s'était noyé jusqu'à ce qu'elle parvienne assez près pour distinguer un crâne à demi enfoui au fond du lac ainsi que la forme d'un squelette humain. Les côtes dépassaient du sable et, en dessous, on pouvait distinguer les contours des os du bassin et du fémur. Le squelette reposait sur le côté gauche. Elle voyait la face droite du crâne, ses orbites vides ainsi que trois dents de la mâchoire supérieure. L'une d'elles portait un gros plombage en argent. On distinguait un large trou dans la boîte crânienne proprement dite et elle se fit machinalement la réflexion qu'il avait été causé par un marteau. Elle se baissa pour examiner le crâne. D'un geste hésitant, elle passa un doigt à l'intérieur du trou. Il était rempli de sable.
Elle ne savait pas pourquoi elle s'était mise à penser à ça et l'idée que quelqu'un puisse avoir été frappé sur la tête à l'aide d'un tel outil lui semblait abominable. En outre, le trou était plus large que celui qu'aurait laissé un marteau. Il était de la taille d'une boîte d'allumettes. Elle décida de ne plus toucher au squelette. Elle prit son téléphone portable et composa le numéro à trois chiffres.
Elle se demandait ce qu'elle allait dire. Tout cela lui semblait d'une certaine façon tellement irréel. Un squelette, à cette distance de la rive du lac, enseveli dans le fond sablonneux. En outre, elle ne se sentait pas très en forme. Elle pensait principalement à des marteaux et à des boîtes d'allumettes. Elle éprouvait des difficultés à se concentrer. Ses pensées partaient dans toutes les directions et elle avait toutes les peines du monde à les rassembler.
Cela tenait probablement à sa gueule de bois. Elle avait prévu de rester chez elle toute la journée mais avait changé d'avis et était venue jusqu'au lac. Elle était persuadée qu'il fallait qu'elle aille faire des relevés. C'était une scientifique. Elle avait toujours désiré devenir scientifique et savait qu'il fallait surveiller constamment les relevés. Cependant, elle tenait une méchante gueule de bois et ses pensées n'avaient rien de logique. La fête annuelle de la Compagnie de distribution d'énergie avait eu lieu la veille au soir et, comme cela lui arrivait parfois, elle avait abusé de la boisson.
Elle pensait à l'homme qui se trouvait chez elle, allongé dans son lit. C'était à cause de lui qu'elle était partie faire un tour au lac. Elle n'avait pas voulu se réveiller à ses côtés et espérait bien qu'il serait parti quand elle rentrerait. Il l'avait raccompagnée chez elle à la fin de la soirée mais ne s'était pas montré franchement captivant. Pas plus que tous les autres dont elle avait pu faire la connaissance après son divorce. Il n'avait pratiquement pas parlé d'autre chose que de sa collection de disques et avait même continué à la bassiner avec ça longtemps après qu'elle avait cessé de faire semblant de s'y intéresser. Elle avait fini par s'endormir dans le fauteuil du salon. En se réveillant, elle avait constaté qu'il s'était couché dans son lit où il dormait bouche ouverte, vêtu d'un slip ridiculement petit et de chaussettes noires.
- Ici la centrale d'urgences, répondit une voix au téléphone.
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli