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Jésuites et compagnie

Couverture du livre Jésuites et compagnie

Auteur : Hervé Yannou

Date de saisie : 04/01/2008

Genre : Religion, Spiritualité

Editeur : Lethielleux, Paris, France

Collection : Culture et religion

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-283-61031-2

GENCOD : 9782283610312

Sorti le : 03/01/2008


  • La présentation de l'éditeur

Quatre siècles et demi après la mort de son fondateur Ignace de Loyola, la Compagnie de Jésus tient toujours une place fondamentale dans l'Église et dans l'entourage des papes, même si elle lui a été souvent contestée : ce fut notamment le cas avec l'Opus Dei pendant le pontificat de Jean-Paul 11. Elle est présente sur tous les fronts - l'essor du christianisme en Asie, la mondialisation, la révolution Internet, le choc des biotechnologies et les interrogations éthiques qui l'accompagnent, l'environnement, le face-à-face avec l'islam, etc. -, et s'efforce d'inventer le christianisme de demain. C'est à travers son histoire mouvementée qu'Hervé Yannou dresse le portrait vivant et contrasté de la Compagnie et de ses quelque dix-neuf mille membres. Derrière le mythe de la puissance occulte des «hommes en noir», quelle est la réalité d'aujourd'hui ? Quels sont leurs ambitions, leurs moyens, leurs alliés et leurs ennemis ?
Au moment où l'avenir de l'Église après Jean-Paul II suscite bien des interrogations, cet ouvrage fait le point sur la Compagnie de Jésus et son héritage. Pour une part, l'avenir du christianisme se joue là.

Hervé Yannou est historien. Depuis quatre ans, il est correspondant du Figaro au Vatican, et a notamment couvert la mort de Jean-Paul II et l'élection de Benoît XVI. Vivant à Rome, il travaille sur les archives du Vatican depuis 1997. Il est également journaliste de l'agence I. Média, qui traite exclusivement, pour les professionnels et les institutions, de l'information sur le Vatican.



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  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

DU MYTHE À LA CRISE D'IDENTITÉ

«Hommes noirs, d'où sortez-vous ? Nous sortons des dessous de la terre, moitié renards, moitié loups. Notre règle est le mystère. Nous sommes les fils de Loyola», chantait-on en 1819, alors que la Compagnie de Jésus relevait la tête après plusieurs décennies d'interdit. Tour à tour encensés, admirés, haïs, persécutés et massacrés, les jésuites, quatre cent cinquante ans après la mort de leur fondateur, Ignace de Loyola, ont nourri les mythes, les controverses; ils appartiennent à l'imaginaire collectif et populaire. Le jésuite est entré dans le langage courant, voire commun, au point de devenir une pâtisserie. La religieuse est au chocolat, le jésuite aux amandes. Il fait partie de cette catégorie d'institutions historiques et religieuses à fort contenu symbolique et fantasmagorique. Les romans sur les croisades, les templiers, les jésuites, les francs-maçons ou l'Inquisition ont fait la fortune des épigones jusqu'au Da Vinci Code.

Pendant longtemps, on a parlé des jésuites avant tout par antijésuitisme. Les «hommes en noir» de l'imaginaire et de la caricature ont souvent été considérés comme des gens trop puissants, dont la volonté était mise au service de l'hypocrisie contre la modernité à travers leur réseau éducatif synonyme d'excellence. Talleyrand et Lénine les admiraient pour leur rigueur et leur efficacité. Voltaire les respectait. Pascal, Stendhal, Champollion ou Michelet ont chargé le réquisitoire contre «l'offensive des éteignoirs» de ces «politiciens de Dieu» dont le projet missionnaire et éducatif n'aurait été que l'instrument de leur soif de domination. Ils ont dessiné le portrait du jésuite maigre jusqu'à l'os, asexué et dépourvu de la bonhomie des moines. Un homme à la voix haut perchée, au geste étroit, à la soutane impeccable et parfaitement boutonnée, qui sait se tenir à table et dans les salons en filant l'anecdote, connaissant ses classiques, Tacite, Ronsard, La Bruyère et même Rousseau... Ce jésuite, modeste en apparence, va du confessionnal au boudoir, de la cour au jardin, du cilice aux ornements de la pourpre, pour servir son égoïsme corporatif, son hypocrisie, son ambition, son orgueil et sa duplicité. Cette image a longtemps collé à la peau de ces religieux inclassables.

Inclassables, ils le sont déjà par leur nom. Quand un premier petit groupe s'est formé autour d'Ignace de Loyola, il était anonyme. Mais on lui colla vite l'étiquette d'iniguistas ou d'ignatiani, les «disciples d'Ignace». Ce n'était là qu'une vieille règle apparue avec les bénédictins, «disciples de saint Benoît», les dominicains, «disciples de saint Dominique» ou les franciscains, «disciples de saint François». Pourtant, les compagnons ne s'appelaient pas plus jésuites qu'ignatiens. Le fondateur de la future Compagnie n'appréciait pas vraiment ce culte de la personnalité et ignorait qu'il en deviendrait bientôt lui aussi l'objet.


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