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Cruels, 13

Couverture du livre Cruels, 13

Auteur : Luc Lang

Date de saisie : 21/02/2008

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Stock, Paris, France

Collection : Bleue

Prix : 16.00 € / 104.95 F

ISBN : 978-2-234-06094-4

GENCOD : 9782234060944

Sorti le : 03/01/2008


  • La présentation de l'éditeur

Haut-bas-fragile

Avouez que c'est malcommode ces cartons... on ne pourrait pas les ranger ?... tiens ! la cave ! non, elle est déjà pleine, des cartons de literie, d'affaires, d'objets, partout ! elle accède avec peine à la chaudière... et le grenier ? des fuites, des fuites d'eau, ça va tout abîmer ! non, il n'y a plus de place... Reste le garage au bord de la ruine, mais elle tient à y garer sa voiture, n'insiste pas, zigzague parmi les empilements de cartons jusqu'aux toilettes, impossible de s'y rendre discrètement... c'est vrai que j'hésite à utiliser les toilettes lors d'une courte visite, ça se remarque, mais il fait une chaleur lourde, j'ai bu quasi un litre d'eau avant d'arriver, n'y tiens plus, pardonnez-moi, deux minutes... Me revoici, dispos, Antoinette se lève péniblement de son fauteuil, ses cheveux de neige sont impeccablement coiffés, elle porte un joli ensemble vert et rouge en damier, a mis boucles d'oreilles, collier, bagues... elle veut préparer une tisane, un thé ? enfin, quelque chose de chaud, elle frissonne, en plein été... Oh, je ne la vois plus ! à part pour le chien... ça vous étonne ? je sais, Antoinette, je sais... c'est simple, ne suis tenue au courant de rien ! N'ignore pas que «rien» c'est la vie de sa fille et du gendre, mais plus douloureusement de sa petite-fille. Une espèce de litanie toutes les dix minutes. La prie de rester assise, m'occupe de faire le thé... Attendez ! regardez ça... vous la voyez, là, sur la photo ? dans son tablier d'écolière, sa frimousse souriante, ses yeux étonnés derrière ses lunettes... à l'époque, les montures étaient laides pour les enfants. Ah ! ma petite-fille, ses beaux cheveux déjà... ses parents bûchaient dur, ma fille dans un laboratoire et le gendre à ses études... n'avaient pas le temps, j'allais chercher Alix à l'école, son dîner, son bain, sa lecture le soir... des histoires de prince charmant qu'elle réclamait toujours... je sais, Antoinette, pelotonnée dans vos bras, vos «bras tièdes», Alix disait... je l'ai en partie élevée, cette enfant, vous savez bien ?... oui... non, restez assise, vous ai dit, m'occupe du thé. Me faufile cette fois vers la cuisine, allume le feu sous une casserole d'eau au manche en bakélite noire, fendue, brûlée, débusque dans le placard d'épicerie, parmi des pots de confitures cristallisées et des boîtes de conserve, quelques sachets de Lipton éventés, en poussière lyophilisée, autant de traces de thé que de foyers d'acariens, vite ! dans l'eau bouillante, teinture d'eau inodore... plateau, boîte de sucre plastique-bicolore-couvercle-basculant, petites cuillères, tasses marronnasses, ah ! elle veut que je sorte les spéculos de croustillants devenus caoutchouc, arrive avec le plateau, zigzags, mouvement des hanches, hop, hop, accroche le pied droit dans un énorme sac rempli de tennis et baskets toutes marques, toutes couleurs, quinze à dix-huit paires, du 40, je sais pour la taille... manque de culbuter contre une chaise, évite le dossier, juste ! le thé fumant s'est répandu sur le plateau, me brûle les doigts, défait les molécules pâtissières des petits gâteaux devenus pâte brune, pose mon chargement en catastrophe sur la table de salle à manger, ouille ! ouille ! les pouces en feu !... avouez que c'est malcommode ! Antoinette sourit... imaginez que ce soit vous ? un pied dans le sac, un genou contre un carton ? et, bim boum ! chute-brûlure et désastre !



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  • La revue de presse Claire Devarrieux - Libération du 21 février 2008

Qui parle ? C'est le premier bonheur du lecteur abordant ces dix-sept nouvelles gaillardes qui ne parlent que de malheur. Découvrir d'où vient la voix, la situer, comprendre pour finir la relation qu'elle entretient avec le mauvais sort acharné. Récitant ou responsable ? Parole d'assassin ou de victime ? Comme toujours, Luc Lang utilise les points de suspension pour nous propulser dans son monde, et pour armer ses phrases en faisant semblant de ne pas les terminer. Le dispositif est sans défaut. La fronde vise en plein coeur.


  • La revue de presse Christine Ferniot - Télérama du 2 janvier 2008

Tous des salauds, des ordures. Vous et moi, victime et bourreau tour à tour, à se regarder dans le blanc des yeux. Luc Lang ne fait pas de quartier : patron et employé, mère de famille et femme d'affaires, couple dévasté ou histoire d'amour sans lendemain, il fait le décompte de la cruauté en seize fables contemporaines. Il ricane parfois, se permet une anecdote, mais ce qu'il préfère, c'est la vivisection, les corps fractionnés et les coeurs à la ramasse.


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