Auteur : Nicolas Offenstadt
Date de saisie : 17/12/2007
Genre : Histoire
Editeur : Geste, La Crèche, France
Collection : En 30 questions, n° 22
Prix : 9.00 € / 59.04 F
ISBN : 978-2-84561-345-4
GENCOD : 9782845613454
Sorti le : 13/11/2007
«Ce n'est pas une guerre qui se passe actuellement, c'est une extermination d'hommes», écrit, au front, le soldat Marcel Papillon dès janvier 1915. C'est dire si les contemporains ont vite perçu le caractère à la fois effroyable et inédit de ce qui n'était pas encore la Grande Guerre. Comment expliquer le déclenchement du conflit ? Pourquoi les soldats ont-ils tenu ? Comment expliquer le «mythe» Verdun ? Comment l'image des femmes en guerre s'est-elle construite ? Comment parler de la Grande Guerre aujourd'hui ?...
En trente questions, ce volume, étayé par les acquis les plus significatifs de l'historiographie, présente les traits saillants du conflit. S'il entend redonner toute leur place aux pratiques des acteurs de l'époque, il rend compte également des débats parfois âpres et décrypte les enjeux qui, au fil du XXe siècle, ont entouré la mémoire d'une guerre encore étonnamment présente dans nos sociétés contemporaines.
Nicolas Offenstadt est maître de conférences à l'Université de Paris I-Panthéon-Sorbonne. Il travaille sur les pratiques de la guerre et de la paix à la fin du Moyen Âge et à l'époque contemporaine. Il a notamment dirigé une grande enquête collective sur la bataille du Chemin des Dames parue chez Stock : Le Chemin des Dames, de l'événement à la mémoire (2004) et publié Les Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective 1914-1999, (Odile Jacob poches 2002).
Guerres
Comment expliquer le déclenchement du conflit ?
Cette question a suscité depuis les débuts mêmes de la guerre d'immenses polémiques et un flot incessant de publications. Derrière la question des origines, et souvent entremêlée, apparaît celle des «responsabilités», qui, évidemment, étant donné l'ampleur des conséquences de la guerre, est un enjeu politique et moral de premier plan. Les traités de 1919 (voir question 24) façonnés par les vainqueurs ont sanctionné la responsabilité allemande. D'emblée, les Allemands n'ont eu de cesse de réfuter, voire de renverser l'accusation. C'est dire que les travaux des historiens en la matière sont chargés d'un poids particulier.
Aujourd'hui, une forme de consensus attribue à l'Allemagne une responsabilité plus importante qu'aux autres puissances tout en reconnaissant un partage général des responsabilités. En poussant à une guerre localisée (entre l'Autriche et la Serbie), les dirigeants allemands auraient ainsi sciemment pris le risque d'un embrasement général.
Pour saisir les causes du déclenchement du conflit, il faut faire appel à des temporalités multiples qui, à la vérité, rendent un peu vaine la question des «responsables» et la mise en exergue de l'Allemagne. Les origines de la guerre s'inscrivent d'abord dans le temps long des rivalités économiques entre les puissances européennes, mises en avant dans les explications marxistes de la guerre, rivalités qui semblent s'exacerber entre l'Angleterre et l'Allemagne. Pourtant les milieux économiques anglais n'ont pas poussé à la guerre. Les rivalités politiques à l'échelle du XIXe siècle semblent aussi belligènes, en particulier autour de l'Autriche-Hongrie comprenant de fortes minorités slaves attirées et soutenues par la Serbie et la Russie. Enfin les discours nationalistes des uns et des autres (jingoïsme anglais ou pangermanisme) ont contribué à la construction d'un climat tendu. Cela dit, l'influence de ces discours s'exerça plus ou moins sur les gouvernements, et certainement de manière plus immédiate en Allemagne.
À moyen terme, la constitution de systèmes d'alliance opposés, Triple-Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie qui se retourne plus tard) puis Triple-Entente (France, Russie, Grande-Bretagne), participe d'une montée des tensions. Celle-ci se manifeste dans la série de crises que connaît l'Europe à partir de 1905, au Maroc et dans les Balkans et qui s'accompagne, dans tous les camps, d'une course aux armements et aux lois militaires.
Enfin, à court terme, l'assassinat du prince-héritier de l'empire d'Autriche, François-Ferdinand, à Sarajevo le 28 juin 1914 par un Bosniaque proche du nationalisme serbe, offre un prétexte aux Habsbourg pour régler son compte à la Serbie dont l'attrait exercé sur les Slaves du Sud de l'empire inquiétait. Dès lors les décisions graves s'enchaînent, posant les questions qui n'ont cessé de susciter débats et travaux : dans quelle mesure l'Allemagne a-t-elle poussé l'Autriche à la fermeté et donc au conflit ? La Grande-Bretagne aurait-elle dû faire connaître sa décision de soutenir ses alliés au plus tôt ? Poincaré a-t-il trop appuyé la Russie ?
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