Auteur : Michel Figeac
Date de saisie : 12/12/2007
Genre : Dictionnaires, encyclopédies
Editeur : Armand Colin, Paris, France
Prix : 37.00 € / 242.70 F
ISBN : 978-2-200-34545-7
GENCOD : 9782200345457
Sorti le : 14/11/2007
L'ancienne France au quotidien
Bateau, cabinet de curiosités, costume, pharmacopée, jardin, instruments de musique, objets de la sexualité, autant d'objets, familiers ou inattendus, de lieux et de manières qui faisaient la vie quotidienne des Français de l'Ancien Régime.
Pourtant, lorsque nous croisons ces silhouettes du passé au détour d'une promenade, d'une visite, d'une lecture, savons-nous encore les reconnaître, comprendre ce qu'elles furent réellement ?
Retrouver la saveur, l'intimité d'un temps révolu mais encore si proche de nous : c'est à ce voyage que nous invitent les auteurs de ce dictionnaire, démontrant avec brio l'importance prise par la connaissance de la vie matérielle dans l'histoire des peuples.
Extrait de l'avant-propos
Dans les objectifs de la Nouvelle Histoire parue en 1978 sous la direction de Jacques Le Goff, l'histoire de la culture matérielle avait trouvé sa place sous la forme de l'article que lui consacra Jean-Marie Pesez. A l'époque, l'auteur constatait bien volontiers que «si l'histoire n'a pas ignoré la culture matérielle, elle ne lui a longtemps accordé qu'un intérêt limité [...]. Hors des chapitres relatifs aux temps les plus reculés, nos livres d'histoire se bornaient à saluer, comme au passage, le moulin à eau et le collier d'attelage, le gouvernail d'étambot et l'invention de Gutenberg, les émaux de Bernard Palissy [...]. Au total, l'événementiel de l'histoire matérielle des hommes est un événementiel en partie légendaire». En d'autres termes, en dehors d'une succession de clichés qui fixaient des représentations quasi légendaires, l'objet n'avait pas d'histoire, si l'on excepte quelques vies quotidiennes qui puisaient la plupart du temps leur documentation aux seules ressources littéraires et iconographiques.
Depuis, de grands livres ont mis en évidence l'intérêt de la civilisation matérielle, à commencer par Fernand Braudel, pour lequel la vie était faite d'objets, d'outils et de gestes des hommes et c'est cette vie-là qui absorbait leurs pensées et leurs actes et établissait les conditions de la vie économique. En 1981, Daniel Roche sortait son très beau livre sur Le Peuple de Paris où il se transformait à la fois en archéologue et en enquêteur, car il essayait de ressusciter les gestes et les comportements quotidiens à partir des traces matérielles laissées dans une source notariée, l'inventaire après décès. Aussi voyait-on renaître, dans cette chronique des jours ordinaires, la vie de groupes sociaux très hétéroclites, depuis les soirées à la veillée jusqu'à la toilette, en passant par les pratiques alimentaires, l'habillement ou les manières de lire. Suivirent, de la même veine, La culture des apparences sur l'histoire du vêtement et la synthèse finale l'Histoire des choses banales, où l'on assistait à la naissance de la consommation entre le XVIIe et le XXe siècle. De son côté, Annick Pardailhé-Galabrun, en exploitant de manière sérielle trois mille inventaires après décès, a prouvé l'utilité du quantitatif pour ce type d'étude, tout en affirmant aussi que c'est avant tout l'infinie variété des objets accumulés par les défunts qui confère à chaque habitation son caractère personnel et unique. Elle a ainsi éclairé la mentalité des Parisiens au travers des composantes de leur fortune mobilière. La nature de leurs investissements est apparue symptomatique d'un niveau socio-culturel et d'une adhésion aux bouleversements du mode de vie au siècle des Lumières. Cet ensemble de travaux restait cependant très attaché au cadre parisien ; pour les dépasser, pour voir par quels canaux la modernité pouvait se diffuser sur le territoire, il était indispensable d'appliquer les mêmes méthodes à la province. Par ailleurs, ces premiers ouvrages avaient déclenché un effet de mode et l'on vit fleurir, ici ou là, des chapitres sur le cadre de vie, ainsi que des dizaines de mémoires de maîtrise dans les universités françaises. Malheureusement, faute d'aptitudes à la synthèse, par incapacité de passer du sériel au qualitatif, ces études tournaient vite à la simple investigation de fonds d'armoires, au comptage de piles d'assiettes ou de chemises.
En fait, une meilleure connaissance des «choses banales» est bien souvent venue d'études plus vastes qui n'avaient pas forcément la culture matérielle comme objectif premier, car il est rare, désormais, qu'une thèse d'histoire sociale ne consacre pas plusieurs pages au sujet. Dans cette perspective, nous avons par exemple utilisé les méthodes expérimentées à Paris pour notre thèse sur la noblesse bordelaise, ce qui nous a permis de considérer entre autres, l'originalité du décor de la vie nobiliaire à la fin de l'Ancien Régime par rapport aux autres élites urbaines. Nous avons pu faire apparaître à quel moment le luxe et le confort en provenance de la cour qui inondent les hôtels parisiens, ont gagné la province, et particulièrement le grand port bordelais économiquement en plein essor. De même, dans une société où l'on se plaît à souligner les décalages considérables entre les différents types de noblesse, il était très intéressant d'apprécier le caractère effectif des dénivellations culturelles entre noblesse des villes et noblesse des champs. Les membres du second ordre ne vivaient pas du tout, en effet, dans le même espace matériel, comme si le paraître noble avait désormais des contenus bien variables, ce qui n'est pas sans conséquences psychologiques, sociales et politiques.
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