Auteur : Emmanuel Le Roy Ladurie | Anouchka Vasak
Date de saisie : 12/12/2007
Genre : Sciences et Technologies
Editeur : Fayard, Paris, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-213-63542-2
GENCOD : 9782213635422
Sorti le : 21/11/2007
«Le ciel, la terre, les dieux et les hommes, écrit Platon dans le Gorgias, forment ensemble une communauté. [Les uns et les autres] sont liés par l'amitié, l'amour, le respect de la tempérance et le sens de la justice. [Les sages] l'appellent kosmos ou ordre du monde et non pas désordre ou dérèglement.» Équilibre rompu, de nos jours. Les dieux, voici quelque temps, ont pris semble-t-il la poudre d'escampette. Leurs prises de position sont remplacées tant bien que mal depuis une vingtaine d'années par les prévisions pessimistes du GIEC. Les hommes, pour nombre d'entre eux, brillent par l'imprévoyance et la négligence en fait de préservation d'un certain équilibre en ce bas monde. Le ciel est troublé, chauffé, brouillé par les gaz à effet de serre que dispensent à tout vent les processus industriels et apparentés. La terre est quelque peu surexploitée par nos agriculteurs. Le quatuor platonicien Dieux/Terre/Ciel/Hommes paraît ainsi légèrement détraqué. Dans ces conditions, la tâche des historiens professionnels, inquiets pour l'avenir, ne serait-elle pas de prêter leur concours aux scientifiques qui sont effectivement demandeurs d'histoire ? Ils ont besoin de notre profession pour leurs nécessaires enquêtes dans un passé climatologique proche ou lointain. Nous nous devons de répondre à une telle demande, impérieuse, interdisciplinaire.
E.L. K.L.
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1. Comment est née l'histoire du climat ?
L'histoire du climat est liée à des préoccupations actuelles : l'effet de serre et le réchauffement global. Mais elle concerne d'abord, et par définition, le passé, plus exactement une période qui irait des XIIe-XIIIe siècles à nos jours, voire en deçà (et au-delà). J'ai tenté de décrire ce passé une première fois dans l'Histoire du climat depuis l'An mil (1967), et, plus récemment, dans mon Histoire humaine et comparée du climat. Une telle entreprise aurait dû traiter du climat planétaire dans son ensemble, mais je me suis intéressé surtout à l'environnement tempéré de l'Europe occidentale et centrale : la France du Nord, l'Angleterre méridionale et centrale (les bassins de Paris et de Londres «sans rivages» toutefois), le Bénélux, l'Allemagne, la Scandinavie, la Finlande, mais non la Russie, documentairement mal connue de moi pour des raisons linguistiques. Il devrait être possible d'étendre ces recherches à l'espace maritime et océanique grâce aux registres des capitaines de navire, mais je n'étais pas en mesure de le faire, sauf pour le nord et le sud de la Manche, les façades européennes atlantiques et la mer du Nord, ainsi que, à un moindre degré, la Méditerranée.
C'est en 1955, voilà un demi-siècle, que ces recherches ont pris corps, dans les publications que je donnai à la Fédération historique du Languedoc-Roussillon, malgré l'ironie de certains de mes amis et collègues : ils taxaient l'histoire du climat de «fausse science».
J'étais alors influencé par le marxisme et par une forme de scientisme. Les historiens marxistes en général - à l'exception de Guy Bois, Guy Lemarchand, et quelques autres - ne considéraient pas le passé du climat ; ils n'envisageaient que les relations sociales et la production matérielle, appelées, dans le vocabulaire qui leur est propre, «infrastructure». Et pourtant, le climat constitue la base effective de ces «forces de production».
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