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L'apéritif des faibles

Couverture du livre L'apéritif des faibles

Auteur : David Descamps

Date de saisie : 23/01/2008

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : ALLUSIFS, Montréal, Canada

Prix : 12.00 € / 78.71 F

ISBN : 978-2-922868-69-2

GENCOD : 9782922868692

Sorti le : 15/01/2008


  • La présentation de l'éditeur

Un homme encore jeune quitte la lumineuse Marseille et se rend dans les Flandres de son enfance afin de mettre en ordre les papiers de son ami, Dino, qui s'est violemment donné la mort avant d'atteindre la trentaine. Au fil des carnets du suicidé, qu'il lit dans le café où celui-ci a passé ses dernières nuits à boire, il s'efforce de fixer le sombre éclat du souvenir de Dino en évoquant la complicité fraternelle qui les a unis, l'effervescence et les désordres de leurs vingt ans dans les années quatre-vingt-dix. Avec une nostalgie exempte de geignardise, le narrateur dresse le portrait d'une jeunesse féroce et libre. Son récit offre une réflexion, un regard à la fois chaleureux et sans concession sur l'amitié.

Né en 1971 dans les Flandres françaises, DAVID DESCAMPS vit actuellement à Marseille. L'apéritif des faibles est son premier roman.

«Il suffit de coucher son vélo dans l'herbe et de regarder droit devant soi pour se sentir debout et bien vivant dans un grand lit vert. On aimerait que le temps s'emmêle et s'immobilise dans les rangées de peupliers dispersées dans la campagne et que la vie, d'une seule brassée, nous ramène tout l'amour qu'elle a emporté, qui était le nôtre.»





  • Les premières lignes

Je n'avais pas fait les mille kilomètres pour assister à l'enterrement de mon ami Dino, mort par suicide, cependant, dix jours plus tard, après une matinée de terrasses de café et plusieurs allers et retours sur la Canebière avec mon ami Zoran, qui, ce jour-là, m'a encore dit les choses les plus intelligentes, originales et excitantes sur le Coeur mis à nu et les Fusées de Baudelaire, j'ai trouvé dans ma boîte à lettres, vers treize heures, un mot de la mère de Dino. Mon fils était revenu à la maison il y a quelques semaines, il a laissé des papiers plein sa chambre. Vous n'êtes pas venu à son enterrement, vous vous entendiez peut-être plus bien, mais il a laissé un mot pour que vous vous occupiez de sa littérature, comme il disait. Vous seriez bien aimable si vous veniez à la maison pour ça, vous serez logé et nourri le temps que vous voulez. Le mot de la mère de Dino à la main, j'ai ouvert une fenêtre donnant sur la rue et me suis posté sur le balcon, d'où je peux observer à tout moment sous un angle idéal la place Autran et les gens qui discutent sur les bancs, sous les arbres. En me demandant pourquoi les femmes qui marchaient de l'autre côté de la rue étaient, peu importe le jour, toujours plus belles que celles qui passaient sous mon balcon et, réciproquement, pourquoi les femmes qui marchaient sur mon trottoir n'avaient jamais l'allure élégante des passantes d'en face, j'ai pris le temps, adossé au haut volet, de savourer la chaleur du soleil de printemps et de réfléchir calmement, et ce, sans difficulté dans la mesure où la longue conversation avec Zoran, quoique parfaitement détendue, m'avait plongé dans une grande concentration de l'esprit, dont, manifestement, je ne m'étais pas encore extrait. Zoran avait accepté mon invitation à boire un dernier café à la terrasse des Danaïdes; sous les arbres nous avions convenu, avant de nous quitter, de réfléchir à fond pendant une semaine sur la notion de refuge, de ne négliger aucune piste de l'esprit en rapport avec l'idée de refuge, sur quoi Zoran avait lancé dans l'air les mots abandon et aventure, en ajoutant aussitôt que ces deux mots seraient certainement très utiles pour notre approche philosophique du refuge, opinion à laquelle j'avais naturellement souscrit. Les noms Kafka, Pavese et Rhys nous avaient paru évidents. J'ai pensé, tandis que je m'accoudais au balcon, que j'avais dit à Zoran que la France faisait sous elle et, sans lien avec cela, que je n'escomptais pas remonter de sitôt dans le Nord. Et voilà que la mère de celui qui avait été mon ami le plus cher me priait maintenant de me plonger dans les Flandres et dans les papiers de son fils. Tout ça parce que mon ami le plus cher s'est suicidé à vingt-neuf ans en face d'une abbaye, ai-je pensé. J'ai aussitôt pris conscience de la monstruosité de cette phrase, que j'avais failli prononcer à voix haute, mais je ne l'ai pas corrigée et j'ai abandonné mon poste d'observation pour annoncer au téléphone à la mère de Dino que j'avais décidé de prendre le lendemain le premier train au départ de Marseille et qu'il n'était pas nécessaire de venir me chercher à la gare de Bailleul ; un membre de ma famille m'y attendra, ai-je ajouté pour couper court à toute insistance, ce qui était faux mais avait au moins l'avantage de me laisser arranger mon arrivée à Bailleul comme je le souhaitais. Il est hors de question que ma soeur vienne me cueillir à la descente du train, ai-je pensé en fourrant quelques vêtements dans mon sac de voyage, exclu aussi que je séjourne chez elle, chez elle et son mari et ses trois bruyants enfants.


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