Auteur : Jean Rolin
Date de saisie : 07/02/2005
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : POL, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-84682-059-2
GENCOD : 9782846820592
Ayant largement passé le cap de la cinquantaine, un homme qui aurait pu devenir capitaine au long cours, jadis, s'il avait été moins paresseux, entreprend un voyage de plusieurs mois sur le littoral français. Apparemment guidé par sa fantaisie, il séjourne dans la plupart des villes présentant une activité industrielle et portuaire conséquente.
À Saint-Nazaire, c'est l'époque où s'achève la construction du Queen Mary 2, à laquelle ont contribué des hommes venus des quatre coins de la planète.
À Calais, les immigrants vivent clandestinement dans l'attente d'un hypothétique passage vers l'Angleterre.
À Dunkerque, alors que l'on s'apprête à détruire un bâtiment hautement symbolique de son passé, la communauté des dockers ne parvient pas à surmonter les déchirements entraînés dix ans auparavant par la réorganisation de la profession.
Au Havre, la population d'un quartier enclavé dans la zone portuaire se voit peu à peu cernée et menacée d'étouffement par les conteneurs.
Près de Marseille, sous le vent des usines pétrochimiques de Lavera, un hôtel condamné par les règlements de sécurité vit ses derniers jours, tandis que tout autour prolifèrent les chats errants.
Et ainsi de suite.
Chemin faisant, il apparaît que des souvenirs plus ou moins obscurs lient le narrateur à certains des lieux qu'il visite, et ainsi se dessine progressivement, en filigrane, une sorte d'autobiographie subliminale.
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Bonne nouvelle : avec «Terminal Frigo», Jean Rolin poursuit son exploration méthodique des zones incertaines et des terrains capricieux. Après avoir arpenté la frontière belge, les périphériques parisiens, les rails tanzaniens, les chemins de halage français, les villages en ruines de Bosnie,... le topographe des no man's land,... fait aujourd'hui, à pas comptés, le tour des ports.
Oh, pas les ports de plaisance où dorment l'hiver, bercés par la musique des drisses, de beaux voiliers et des yachts blancs. Pas les jolis ports de pêche égayés par les coques multicolores des crevettiers et des sardiniers... Non, c'est dans les zones industrielles du littoral, de Dunkerque à Fos-sur-Mer, que Jean Rolin promène, sous un vieil imperméable à la Columbo, sa mélancolique curiosité... Chroniqueur de l'inconfort, Jean Rolin n'aime rien tant que errer, sous la pluie, au milieu des bassins, des entrepôts, des docks, des darses,... Mieux il les décrit, plus on s'y perd. Mais lui, fils d'un médecin militaire, y trouve ce dont il a secrètement hérité et qu'il ne racontera pas, ou à peine : l'oppressant goût du lointain... Il lui arrive aussi de remonter le temps pour suivre deux remorqueurs de 1940 aux destins opposés, l'«Ursus» et le «Titan», ou pour retrouver la trace de son père mystérieux dans le désert du Mali où des Touareg ne l'ont pas oublié.
«Terminal Frigo», beau livre de solitude et de solidarité, teinté de tristesse et de fantaisie, promenade hasardeuse au milieu des odeurs de gasoil et des fumées d'usines pétrochimiques, reportage clandestin dans l'espace et le temps, prolonge l'incessante circumnavigation que, depuis vingt ans, ce formidable écrivain des pourtours a entreprise...
Jean Rolin ou la solitude. Depuis 1982, avec «Journal de Gand aux Aléoutiennes», ce quinquagénaire publie des récits de voyages. Ses titres disent tout : «La ligne de front», «La frontière belge», «Zones», «Traverses,» «Campagnes». Il peut aussi bien rencontrer les chrétiens qui vivent à Bethléem que les habitants de Sarajevo. Ancien grand reporter, il s'installe assez longtemps dans un lieu, écoute, note, consulte des archives et s'intéresse à des détails qu'un autre aurait laissés de côté. Cette fois, il a visité quelques grands ports du littoral français.
Le livre s'ouvre sur une magique description de l'estuaire de la Loire et du bassin de Saint-Nazaire, «vide à l'exception d'un remorqueur». Il décrit tout : les pluies, le transit d'une barge et de son pousseur, les quais d'armement, le pont suspendu «dont le tablier est ponctué horizontalement de feux blancs». Il plonge aussi volontiers dans le passé de l'endroit. Il évoque l'assaut de soldats britanniques donné sur la jetée du 27 au 28 mars 1942... Une liberté grande traverse cette prose. Rolin le solitaire fuit-il quelque chose ? Pas sûr. Ses errances et ses marches longues relient la mémoire collective à de petits faits vrais stendhaliens, et puis tout ça disparaît dans une flaque de lumière. Tout devient onirique, désoeuvré, dissocié, retapé, bricolé, discontinu, assez formidable... Jean Rolin est exemplaire et escarpé. Heureux éditeur qui compte un auteur de cette dimension dans son catalogue....
Jean Rolin est un écrivain vagabond épris de zones incertaines et de régions frontières, où les hommes semblent toujours un peu détachés d'eux-mêmes, jamais loin de la dérive... Tous ses récits sont des promenades où l'observation des humbles (parias, déjantés, exilés en tout genre) se mêle à une mélancolie sans âge, et Terminal Frigo ne déroge pas à cette règle...
Sa matière chaude, c'est l'instant, les choses vues ou entendues. Dès qu'un épisode du passé prend corps, il est négligé, presque oublié. L'Histoire est là seulement comme preuve à charge des métamorphoses du temps et source de discrets regrets. Elle entre aussi, de façon quasi homéopathique, dans la composition de cette étrange féerie poétique qui fait le charme de chacun de ses textes... Ses amis de rencontre, dockers, marins français, philippins, polonais ou croates, chômeurs et sans-logis de Calais, immigrants africains, irakiens, indiens ou afghans attendant de passer au Royaume-Uni, peuplent les courts chapitres de Terminal Frigo. Tous ont un destin. Jean Rolin nous fait entrer avec délicatesse dans le roman de leurs vies...
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