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La fureur du Gange

Couverture du livre La fureur du Gange

Auteur : Manohar Malgonkar

Traducteur : Patrice Ghirardi

Date de saisie : 07/12/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Serpent à Plumes, Paris, France

Collection : Motifs, n° 299

Prix : 10.00 € / 65.60 F

ISBN : 978-2-268-06365-2

GENCOD : 9782268063652

Sorti le : 08/11/2007


  • La présentation de l'éditeur

En 1939, alors qu'éclate la Seconde Guerre mondiale, deux jeunes étudiants indiens, issus de milieux très différents, voient leurs destins se croiser : Guiann, cadet d'une famille pauvre, partisan de la non-violence prônée par le Congrès natio­nal indien de Gandhi, et Debidayal, le riche héritier qui rejoint un groupe natio­naliste radical organisant des attentats contre l'occupant britannique. Les deux hommes se retrouveront dans un bagne, au large de la Birmanie. Tandis que l'invasion japonaise se précise, chacun devra à nouveau choisir son camp et mêler son destin à l'histoire tourmentée de son pays...
Une fresque historique passionnante sur la guerre, l'indépendance et la partition de l'Inde ainsi qu'un grand roman d'amour et d'aventure, signé par un des auteurs contemporains les plus populaires en Inde.

Traduit de l'anglais (Inde) par Patrice Ghirardi

Né en 1913 sur la côte ouest de l'Inde, Manohar Malgonkar combat durant la Seconde Guerre mondiale dans les troupes alliées comme officier d'infanterie puis à l'état-major. Il se consacre après-guerre à l'écriture. Auteur d'une quinzaine de romans, publiés à partir des années 1950 en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, il est l'un des grands écrivains indiens de langue anglaise. Les éditions du Rocher ont déjà publié dans la même collection La Fureur du Gange (2004 ; rééd. Motifs) et Le Vent du diable (2006).



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  • Les premières lignes

CÉRÉMONIE DE PURIFICATION

ON BRÛLAIT des vêtements britanniques. Le bûcher qui faisait rage au centre de la place du marché n'était qu'un parmi les centaines de milliers de bûchers identiques qui se consumaient à travers le pays. Au bout de la place, avec, pour toile de fond, un immense drapeau tricolore frappé du symbole du rouet, se dressait une estrade. Sur le drap immaculé qui la recouvrait, entouré d'une douzaine d'individus aux visages solennels, coiffés d'un calot blanc, un homme frêle, à la peau bistre, était assis en tailleur. Il était le leader de leur mouvement.
Mais la foule des jours de marché restait prudemment à l'écart. Les badauds regardaient la scène à distance, peu désireux de se faire repérer et de passer pour des partisans de Gandhi, des agitateurs, des opposants au gouvernement. Des piquets de policiers gardaient les voies d'accès en brandissant la menace de leurs lathis à bouts ferrés. Autour du feu se pressaient surtout des jeunes, étudiants pour la plupart.
Les filles paraissaient aussi nombreuses que les garçons.
Ils hurlaient des slogans :
- Boycottez les produits britanniques ! Mahatma Gandhi-ki jai ! Victoire au Mahatma Gandhi !
A l'arrière de la foule, Guiann Talwar observait le bûcher et les occupants de l'estrade. Voici donc le fameux Mahatma Gandhi ! se disait-il. Guiann vivait un grand moment. Depuis tant d'années qu'il entendait répéter ce nom : Gandhi..., l'incarnation de la vraie noblesse aux yeux de chaque Indien, l'apôtre de la vérité et de la non-violence.
Or, voilà que Guiann le contemplait en chair et en os !
Le Mahatma était occupé à filer. De la main droite, il faisait tourner la manivelle d'un rouet, un takli en cuivre, que sa main gauche alimentait de petites mèches de coton brut, en un mouvement montant et descendant selon la tension du fil. Son regard scrutait tour à tour le rouet et la foule ; sa tête était agitée d'un léger tremblement. Il affichait un air moins grave et solennel que celui de ses assistants. Un brin de malice semblait même luire dans ses yeux, dû peut-être au reflet dansant des flammes.
Malheureusement, nous étions un lundi : jour de silence de Gandhi. Sans cela, il n'aurait pas manqué d'adresser une allocution à la foule. Ce fut son porte-parole, un jeune homme mince, aux yeux tristes et au visage fin et intelligent, qui se leva pour parler. Il le fit dans un anglais dont l'accent trahissait son éducation raffinée :
- Mes soeurs et mes frères, permettez-moi de m'adresser à vous comme à des soldats. Car nous sommes des soldats ! Des soldats de l'armée de libération nationale. Notre but est de libérer notre mère patrie, l'Inde, du joug britannique, et nous n'aurons de cesse que la victoire couronne notre combat.


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