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Lectures philosophiques de la Bible : Babel et logos

Couverture du livre Lectures philosophiques de la Bible : Babel et logos

Auteur : Marc de Launay

Date de saisie : 04/12/2007

Genre : Philosophie

Editeur : Hermann, Paris, France

Collection : Le Bel aujourd'hui

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 978-2-7056-6668-2

GENCOD : 9782705666682

Sorti le : 15/11/2007


  • La présentation de l'éditeur

La Bible a maintes fois été convoquée par le discours philosophique qui, quand il ne l'ignore pas complètement, en use souvent de manière insidieuse : il y cherche une illustration ou une confortation de ses propres propos sans lui reconnaître la même dignité qu'aux textes philosophiques. Pourtant, dans le même temps, il en attend une légitimité dérivant de son autorité générale.
Depuis deux siècles, il semble qu'une relecture s'amorce, avec Schelling, et, plus particulièrement, avec Benjamin, Rosenzweig, Levinas et Ricoeur. Mais, là encore, la lecture de l'original est commandée par une interprétation qui exploite le texte en le pliant à des intérêts différents. Le conflit des interprétations et des méthodes est bien une question philosophique ; de même la réflexion sur le statut du langage, sur la source du sens et son rapport au temps. En refusant de comprendre le texte mieux que ne l'ont compris ces auteurs, on peut alors montrer comment lui-même nous indique la manière dont il construit ses significations. La Genèse, la naissance d'Eve, la «ligature» d'Isaac, «Babel», Judith, autant d'exemples dont l'analyse tait apparaître une dimension proprement philosophique à l'arrière-plan de leur composition et de leur agencement, au-delà de leur aspect narratif.

Chercheur au CNRS en philosophie (Archives Husserl de Paris - ENS-Ulm) et traducteur de philosophie allemande, Marc de Launay consacre plus spéciale­ment ses travaux à Nietzsche et aux néokantiens de l'Ecole de Marbourg.



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  • Les premières lignes

Comment lire ?

De quelque manière qu'on se réfère à la Bible, force est de lui reconnaître, parmi toutes les qualités possibles, au moins celle-ci d'être d'abord, sinon essentiellement, un texte si l'on veut ne pas encourir le soupçon de donner dans ce que Valéry appelait «superstition littéraire» : «J'appelle ainsi toutes croyances qui ont de commun l'oubli de la condition verbale de la littérature.» Et ce n'est aucunement «réduire» la Bible à sa condition littéraire que d'en rappeler la priorité pour nous, quel que puisse être, par ailleurs, le statut qu'on lui reconnaît : texte «sacré», texte «inspiré», texte «fondateur», texte «kérygmatique». Nous ne pouvons échapper à notre propre situation de récepteurs; mais nous ne pouvons pas non plus croire naïvement être en mesure de faire table rase de la tradition et de l'histoire, pour imaginer nous retrouver face à un tel «livre» comme s'il ne s'agissait que d'une collection de textes parmi d'autres dont l'efficace historique ne se faisait pas sentir jusqu'à nos jours tout au long de milliers d'années. Certes, l'autorité de la tradition à elle seule n'implique pas une obédience immédiate, car, d'emblée, cette allégeance impliquerait de faire un choix parmi telle ou telle orientation de cette tradition dont l'absence d'unité renvoie, précisément, à des interprétations différentes, divergentes, voire incompatibles d'un «même» texte. On peut néanmoins se risquer à considérer comme une sorte de nécessité l'alternance entre incrémentation interprétative et retour à la lettre, alternance qui n'a cessé de rythmer la réception, telles des diastoles et systoles herméneutiques. Et la prolifération des réceptions dans d'autres domaines que celui qu'on imaginerait proprement religieux est tout autant un fait historique : les textes bibliques ont inspiré et inspirent les arts en général, les arts plastiques, notamment, toujours à partir d'une interprétation du texte, même si, bien évidemment, l'élaboration de telle peinture ou de telle sculpture, voire, au plus près du texte transmis, l'enluminure, obéissent tout autant à des impératifs esthétiques, à une logique de traitement d'un matériau qui n'est plus du tout littéraire, à un contexte historique où d'autres mobiles sont à l'oeuvre ; il en irait ainsi des «mistères» médiévaux, des pièces de théâtre, des nouvelles, récits, romans prenant tel thème ou tel personnage bibliques pour matériau.
Mais prendre la Bible dans la perspective littéraire lato sensu, où c'est d'abord sa nature textuelle qui est presque exclusivement arrêtée comme le cadre de l'interprétation, implique une délimitation par rapport aux grandes options herméneutiques léguées par la tradition et par ses pratiques.

Les quêtes de l'«original»

Tout d'abord, il a bien fallu fixer ce qu'on appelle un canon, et l'on sait que même cette opération a une histoire complexe, qu'elle s'est effectuée à plusieurs reprises, et que ses résultats diffèrent d'une confession à l'autre. Autrement dit, l'étape apparemment initiale est loin d'être contemporaine de l'apparition des textes, la fixation d'un canon a toujours présupposé et mobilisé une décision sur le statut qu'il fallait accorder à chacun des «livres», cette décision ne pouvant être prise que sur la base d'une interprétation des textes, elle-même contrainte à faire valoir des critères à la fois endogènes et exogènes. Une histoire des canons ramènera toujours à l'examen comparatif entre les critères tels qu'ils ont été avancés et les textes auxquels ils se sont appliqués sans qu'on puisse faire fond sur autre chose qu'une réinterprétation contemporaine desdits textes.


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